Le pire n’est pas sûr

Laissons-lui une chance
(Photo AFP)

La composition du gouvernement dirigé par Manuel Valls a donné lieu à des commentaires négatifs. Les uns constatent que la plupart des nouveaux ministres sont ceux du gouvernement Ayrault ; que certains n’ont pas changé de ministère ; que ceux dont les fonctions ont été modifiées ne sont peut-être pas plus compétents que leurs prédécesseurs ; que le président de la République a tout fait pour assurer la continuité, comme M. Valls lui-même l’a reconnu ; et que, dans ces conditions, on ne voit pas ce qui produira une amélioration de la gouvernance du pays.

CRITIQUES, railleries ou sarcasmes font partie du jeu politique. Les oppositions de droite et de gauche sont dans leur rôle quand elles attaquent le pouvoir. La presse elle-même obéit à ses engagements. Mais François Hollande a inclus dans la composition du gouvernement un maximum de paramètres essentiels. Il devait d’abord contrebalancer la nomination de Manuel Valls, homme autoritaire et indépendant, par des personnalités qui lui sont très fidèles, de Michel Sapin à François Rebsamen, de Bernard Cazeneuve à Jean-Yves Le Drian. Il devait ensuite rassurer l’électorat, qui vient de lui infliger un camouflet, en réaffirmant la priorité sociale, notamment par le maintien de Marisol Touraine aux Affaires sociales. Il devait enfin donner de la nouvelle équipe une image diversifiée, avec des socialistes classiques et d’autres, comme Benoît Hamon, qui souhaitent agir davantage en faveur des classes pauvres et moyennes.

Le changement, c’est Valls.

Le choc provoqué par la nomination de M. Valls reste néanmoins la grande nouveauté. Il offre à lui seul l’espoir d’un changement de méthode, l’établissement de l’autorité, la cohérence de la communication, le pragmatisme économique, le fermeté en matière d’immigration. Toutes choses qui sont contenues dans le message adressé au chef de l’État. Pour autant, le président ne risquait pas de composer un gouvernement d’ouverture à la Sarkozy ou annoncer son renoncement à la social-démocratie. Si le nouveau gouvernement est radicalement différent du précédent, c’est parce que le refus des écologistes de travailler avec M. Valls  a suffisamment « dégauchisé » le pouvoir pour que M. Hollande ne songe pas, par exemple, à se séparer de Christiane Taubira, comme le souhaitait l’USM, l’Union des syndicats de la magistrature. Il reste des électeurs de gauche qui votent à gauche.

Le tandem Sapin-Montebourg.

L’inquiétude d’un certain nombre de commentateurs est encore plus grande quand ils se hasardent à prédire l’avenir. M. Valls est chargé d’accélérer la mise en place des programmes de redressement. Le tandem Sapin-Montebourg à l’Économie ne relève pas d’une idée contre nature. Michel Sapin devra assurer les grands équilibres et travailler sur les déficits et la dette, la fiscalité et les rapports avec l’Europe ; la discrétion excessive de son prédécesseur lui laisse une bonne marge de manoeuvre. Arnaud Montebourg défend les entreprises d’une manière tonitruante mais qui a permis quelques succès. Il sera le gestionnaire de la micro-économie. Ce n’est pas une combinaison désastreuse. En tout cas, elle n’interdit pas à M. Valls d’aiguillonner le travail des deux ministres. Sur ce dossier capital, les trois hommes feront tout pour obtenir des résultats.

Le Premier ministre n’est plus en situation conflictuelle avec Mme Taubira. Il est devenu son patron et il peut, désormais, lui donner des instructions. C’est toujours la ligne Hollande, mais ce sera le style Valls. Le chef du gouvernement ne craindra qu’une ministre, Ségolène Royal, qui a son franc parler et semble bénéficier encore d’une certaine influence sur le président. Cependant, Mme Royal a quelquefois d’excellentes idées et il est bon qu’elle en fasse profiter le pays, même si son caractère et celui de M. Valls ne semblent pas très compatibles.

Il y a enfin une question que nous devons tous nous poser. François Hollande a déçu son électorat et a conduit, jusqu’à présent, une politique qui n’a jamais trouvé grâce auprès des diverses oppositions. Chacun, dans son coin, peut toujours rêver à des lendemains qui chantent, à 2017, année où les Français pourront chasser un pouvoir qui, à ce jour, ne leur a présenté aucun résultat tangible de son action. Mais nous sommes en 2014 et nous ne saurions nous croiser les bras pendant trois ans. Donc, il vaut mieux dire que, avec Valls, le verre est à moitié plein.

RICHARD LISCIA

 

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4 Responses to Le pire n’est pas sûr

  1. guinard dit :

    Devrons-nous boire la coupe jusqu’à la lie ?

  2. LECRU JEAN dit :

    Votre analyse est à mon sens juste et attendons de voir ; mais je voudrais ajouter une réflexion sur la personnalité de notre président qui s’est séparé de son Premier ministre (ou sinistre) dans des conditions déplorables, en somme identiques à sa rupture d avec Mme Trierweiler : un goujat, quand on se souvient du fameux « Moi président ,je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur ». Ici, c’est pire, comme si le chef du gouvernement était un un valet ou un larbin.

  3. Atsmi dit :

    La castagnette Valls, attenuée par son violon domestique, fait penser au Gulliver fixé aux pattes par les nains, tant qu’il ne fera que de la figuration, étant trop étroitement controlé et marqué a la culotte par les hollandistes collés à ses basques pour le surveiller de près.
    En résumé, le tonitruant Valls est par avance neutralisé et je ne partage pas votre optimisme, car il fallait lui donner carte blanche. Nous resterons donc au théâtre (« Marchons, marchons », scandait la troupe en faisant du sur place), ou si on veut dans le même cirque.
    Une bonne occasion de ratée? Hélas.

  4. Edrei Yves dit :

    Que d’optimisme malgré une situation politique assez désastreuse ( pour rester optimiste).
    Ce que je trouve important c’est le côté retors de notre président que l’on qualifiait de naïf mais qui en fait, pour se protéger, se sert de ses premiers ministres comme de fusibles.
    Mais quelles sont ses idées et où est son programme ?

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