Pénible exercice de com’

Des questions ? Non, des jugements.
(Photo S. Toubon)

Français Hollande s’est livré ce matin, sur BFM-TV et RMC, à un pénible exercice de communication. Il avait promis depuis longtemps à Jean-Jacques Bourdin,  interlocuteur quelque peu effrayant , de venir sur son plateau. Il a dû répondre à des questions qui, toutes, portaient sur son sinistre bilan. Impopularité, absence de résultats, sombres perspectives, promesses non tenues, le risque est grand que les téléspectateurs et auditeurs aient retenu les questions plus que les réponses.

SANS DOUTE le président de la République n’avait-il pas le choix. Maintenant qu’il a nommé Manuel Valls à la tête du gouvernement et qu’il lui a confié une feuille de route claire et précise, il espère que ses décisions relativement audacieuses lui profitent plus qu’à son nouveau Premier ministre. Mais le jeu de l’interview est périlleux. Avec M. Bourdin, les questions avaient toutes la forme de jugements négatifs sur l’insondable impopularité  du président, sur l’échec des deux premières années du quinquennat, sur les difficultés énormes qu’il aura dans la recherche de résultats et dans la quête d’un second mandat.

La colère et la rage.

Bien sûr, il y a toujours une réponse à n’importe quelle question, si accablante soit-elle. Et, d’une certaine manière, M. Hollande a su dire de nouveau que le second mandat est moins important que le redressement du pays, que la gravité de la crise explique la désaffection de l’électorat, qu’il souhaite être jugé non sur 2012 et 2013 mais sur la durée complète du quinquennat. Il reste que la petite campagne médiatique qu’il a déclenchée depuis quelques jours peut se retourner contre lui. La colère et la rage du public ont atteint un niveau qui a détruit l’enveloppe naturelle protégeant la fonction présidentielle des irrévérencieux : les journalistes assènent au président d’épouvantables vérités et les téléspectateurs lui présentent des cas personnels pour lesquels il ne peut rien. Aux gens qui n’ont plus pour vivre que le minimum social, que voulez-vous qu’il dise? Il énumère les recours possibles. Mais la vérité est toute différente : si l’État doit faire des économies, il faut qu’il raréfie les largesses. Mme Dupont, qui vit avec 660 euros par mois mérite deux ou trois fois plus, mais coûte déjà trop cher. Quel président pourrait prononcer une sentence aussi inhumaine ?

Plusieurs pensées uniques.

Ce devrait être l’occasion, pour le président,  de mesurer la gravité des erreurs qu’il a commises quand il a lancé une campagne électorale foisonnant de promesses irréalistes et quand, une fois parvenu au pouvoir, il a voulu, par une sorte de coupable honnêteté, tenir les mêmes promesses. Il n’y avait pas d’autre voie que celle de la rigueur, de la contraction de la dépense publique, de l’encouragement fiscal aux entreprises. Pensée unique ? Sous la crise économique et sociale, pointe une crise politique qui va peser sur l’avenir. Il y a en France beaucoup de pensées uniques et la moins destructrice n’est pas celle que continuent à dicter des rêves idéologiques qui n’ont plus aucun rapport avec la mondialisation que les Français veulent ignorer ou avec l’Europe qu’ils soupçonnent de les appauvrir.

Mais on veut bien accepter la thèse de M. Hollande, à savoir qu’il a donné un coup d’accélérateur à son programme et que, maintenant qu’il fait ce que beaucoup lui réclamaient, la moindre des choses est d’attendre que sa politique fournisse des résultats. Dès l’instant où les institutions ne nous laissent pas le loisir de changer de président à volonté, le chef de l’État a tout à fait raison d’exiger qu’on le juge non sur les deux premières années de son mandat mais sur la totalité du quinquennat. C’est pourquoi je persiste à croire qu’il faut donner encore une chance au pouvoir, et qu’il n’est pas logique de se situer dans une position telle qu’il serait incapable de s’amender et de sortir le pays du piège économique où il est enlisé. De toute façon, M. Hollande ne partira pas avant l’heure et, s’il partait, nous aurions à encore de longs mois de confusion, une confusion que nous ne pouvons plus nous offrir.

RICHARD LISCIA

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One Response to Pénible exercice de com’

  1. Yves Edrei dit :

    Cet exercice de com’,si difficile soit-il, ne pouvait en rien améliorer l’image de notre président car il n’était pas en mesure de répondre à l’attente de ses interlocuteurs qui ne parlaient que de leur problèmes à l’échelon individuel.
    Mais c’était courageux quand même..
    Par contre, ses réponses au journaliste ne révélaient rien de nouveau si ce n’est que l’on tourne toujours en rond !

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