La trahison se porte bien

Et la loyauté ?
(Photo AFP)

Ancienne ministre du Logement dans le gouvernement Ayrault, Cécile Duflot n’est pas la première à publier un livre (« De l’intérieur. Voyage au bout de la désillusion », Fayard) pour dénoncer la politique à laquelle elle fut associée. Roselyne Bachelot, il y a deux ans, avait ouvert la voie à un genre littéraire qui consiste à provoquer le scandale grâce à des « révélations » dont l’unique mérite consiste à assassiner ceux avec qui on avait travaillé. 

CELA S’APPELLE trahison ou, s’il faut rester dans la modération, déloyauté. Il fut un temps où le devoir de réserve s’imposait au moins pendant quelques années, jusqu’à ce qu’il y eût prescription ou publication des archives. Aujourd’hui, tout va très vite, pour une simple raison : nommez un nouveau ministre et vous pouvez être certain que, s’il est mécontent de son passage au pouvoir, il vous le fera payer cher. Ne cherchez surtout pas la morale dans cette affaire. Nous vivons une époque où les comportements les moins vertueux sont également ceux que l’on applaudit. D’autant que Mme Duflot s’y entend en matière d’hypocrisie: elle attribue son coup d’éclat à un « devoir de sincérité ». À l’entendre, c’est elle qui a été trahie par François Hollande, quelle traite de « potiron » ou qu’elle appelle le « président de personne ». Car, affirme-t-elle, il a fait le contraire de ce qu’il avait promis, alors que d’autres lui reprochent justement de l’avoir fait, notamment dans les domaines, comme le mariage pour tous ou la justice, où Mme Duflot aurait dû puiser quelques motifs de satisfaction.

Un plan de carrière.

Alors que se poursuit l’université d’été d’Europe Écologie les Verts, l’égérie des écologistes déploie une stratégie qui ressemble davantage à un plan de carrière qu’à un programme de gouvernement. Il est préférable d’ailleurs qu’elle s’occupe d’elle-même plutôt de la France car, si elle avait une chance de s’emparer du pouvoir, elle achèverait avec délices notre pays moribond. Sa brillante intelligence, épicée de cynisme, lui dicte de rechercher principalement la hausse de sa popularité, celle qu’elle trouve auprès des gens qui aiment davantage ses allers-retours entre pouvoir et dissidence que la cohérence de son discours et de ses actes.

En revanche, fidèle aux circonvolutions intellectuelles qui caractérisent les écologistes, Mme Duflot a eu le temps, avant de quitter le pouvoir sous le prétexte que Manuel Valls l’insupportait, de faire, au nom du perfectionnisme, des dégâts dans une économie nationale qui, déjà, se portait mal. Sa loi sur le logement est un désastre qui risque de se traduire par des milliers de licenciements dans le bâtiment et de réduire encore le lancement de chantiers nouveaux dans un pays dont le déficit en logements serait de un million.

L’écologie sans les écologistes.

Dans les déclarations diverses que Mme Duflot, soudain au centre de tous les débats nationaux, a pu faire, les auto-justifications sont innombrables : l’ancienne ministre n’a pas agi seule, bien sûr, et elle a veillé à faire respecter des centaines de normes environnementales, tant et si bien que les entreprises sont tentées de renoncer à construire. Que dans une période de crise sans précédent, une telle aberration ait été commise par Mme Duflot sans qu’elle y voie un frein à ses élans divers, critique acerbe du pouvoir, ambition irrésistible, machiavélisme qui, pour être de gauche, n’en est pas moins nourri de calculs pervers, voilà qui est surprenant. L’arrogance, chez elle, le dispute donc à l’incompétence.

Les écologistes se sont réunis à Bordeaux sans ceux qui représentent vraiment l’écologie en France, les Hulot, les Cohn-Bendit, les Voynet et d’autres qui ne sont pas moins sectaires que Mme Duflot, mais qu’elle a su écarter de son chemin. À quoi servent-ils, sinon à se demander à chaque instant le prix qu’ils vont faire payer au PS pour leur collaboration électorale ou, inversement, comment ils vont conquérir la gauche en affaiblissant durablement le PS, ou encore à se quereller comme des palefreniers ? On a souvent dit que l’écologie n’est pas réservée aux écologistes et que tous les partis peuvent en faire. On en vient maintenant à se poser la question : pour défendre l’environnement, et pour conjurer le sort qu’ils nous réservent, ne vaut-il pas mieux se passer des écologistes ?

RICHARD LISCIA

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