Valls libéré

Macron, carte maîtresse
(Photo AFP)

La refonte du gouvernement (16 ministres et 17 secrétaires d’État, dont 16 femmes) ne suffit certes pas à nous garantir un meilleur avenir économique et social. Elle n’est pas négligeable pour autant car elle permet, en principe, au Premier ministre, Manuel Valls, de gouverner sans avoir besoin de convaincre ou de se dresser contre ceux de ses ministres qui, naguère, s’opposaient à sa ligne. Plus question de transiger. Incontestablement, il a obtenu du président un geste enfin autoritaire qui clarifie les intentions du pouvoir mais risque d’accroître le nombre des dissidences à gauche.

CE N’EST PAS un hasard si, au lieu de limoger Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, le chef de l’État a exigé la démission du gouvernement. Il l’a fait pour dramatiser le conflit qui l’oppose à la gauche de la gauche et pour lui adresser un avertissement. Il en profité pour asséner un coup sévère aux détracteurs qui sévissent dans son propre camp en plaçant Emmanuel Macron à l’économie. Ce jeune homme de 36 ans, énarque et banquier, a été son conseiller personnel à l’Élysée. L’extrême gauche en fait un  épouvantail sous le prétexte qu’il vient de la banque Rothschild, mais c’est lui qui aurait suggéré la taxe à 75%  des revenus supérieurs à un million d’euros. Donc non, il n’est pas de droite. Il a contribué au virage hollandais qui a abouti au crédit impôt compétitivité emploi (CICE),  au pacte de stabilité, au choc de simplification. Bref, il s’inscrit dans la politique de l’offre et, en lui donnant le portefeuille d’Arnaud Montebourg, François Hollande indique, non sans ironie,  que la gauche doit perdre tout espoir d’un retour à la politique de la demande.

Un besoin de résultats.

Il ne fait aucun doute que, dans les mois qui viennent, Manuel Valls va accélérer la diminution de la pression fiscale et la réduction de la dépense publique. Si on est dans l’opposition, celle-là même qui semble s’être prononcée contre toute cohabitation, on doit avoir au moins le courage et la sincérité de le reconnaître. Dès lors qu’aucune alternative à la donne politique actuelle ne semble exister, nous n’avons pas d’autre choix que de placer nos espoirs dans le succès de M. Valls. Ce qui compte, ce n’est pas la victoire ou la défaite du pouvoir, c’est l’intérêt général. Le Premier ministre aborde une phase particulièrement ardue de son action : il ne pourra plus expliquer ses éventuels échecs par la cacophonie de son camp puisqu’il y a mis bon ordre ; il devra en outre exciper de quelques résultats sur le plan de l’emploi et de la dette.

Le danger de la « charité ».

L’exécutif explique son entêtement à poursuivre la même politique par le temps que prennent des mesures nouvelles pour produire leurs effets. Ce discours n’est plus supportable pour l’opinion. En réalité, l’ennemi de M. Valls n’est pas M. Montebourg, qui ne peut plus le gêner, c’est le président lui-même, toujours hésitant, toujours tenté d’emprunter plusieurs voies à la fois, toujours enclin à atténuer une décision courageuse par une autre en contradiction avec la précédente. Il faut, en vérité, que le pouvoir cesse de nous conter tous les jours la même histoire pour enfants, à savoir que l’humanisme, chez les socialistes, l’emportera toujours sur l’urgence ou la nécessité. Cette grande charité partagée par toute la gauche est l’ennemie de dispositions peut-être froides et rigoureuses, mais susceptibles, à terme, d’enrayer la poussée du chômage. On n’aide pas les chômeurs en créant des emplois factices qui aggravent un peu plus les dépenses publiques, mais en donnant aux entreprises la capacité d’embaucher.

Manuel Valls semble savoir tout cela. Le gouvernement, désormais, produira un son plus harmonieux. La gauche, admonestée par un président qui a enfin renoncé à la synthèse, s’agitera beaucoup et risque de renverser le train de l’État, en diffamant les idées sérieuses et en préconisant des remèdes dangereux. Le Premier ministre est seul. Il subit les conséquences des promesses électorales que François Hollande a faites en 2012 et qu’il ne peut pas tenir. Et il doit engager la seule politique qui vaille,  mais qui est diamétralement opposée à celle que le candidat socialiste avait annoncée.

RICHARD LISCIA 

 

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