PS : la troisième défaite

Jean-Pierre Bel, président sortant du Sénat
(Photo AFP)

Les fameux « éléments de langage », d’ailleurs remarquablement coordonnés par le gouvernement, n’y feront rien : la gauche enregistre sa troisième défaite électorale cette année. Après les municipales et les européennes, elle a bel et bien perdu les sénatoriales. Que ce soit une « débâcle » ou qu’elle ait « résisté » n’empêche pas l’UMP d’avoir au Sénat la majorité. Que, en outre, les sénatoriales ne soient que le « second tour » des municipales n’enlève rien au fait que, sur tous les fronts, le recul du PS est considérable et prépare sa probable déroute en 2017.

LA DROITE totalise 190 sièges, soit 15 de plus que la majorité absolue (le Sénat compte 348 sièges). La gauche, qui disposait de 189 sièges avant la consultation, n’en a plus que 156. Le FN, pour la première fois, entre au Sénat avec deux sièges, ceux de Stéphane Ravier (Marseille) et de David Rachline (Fréjus). Quelques socialistes ont cru bon de dire que l’irruption du Front national résultait des manoeuvres de la droite. Ce n’est pas vrai. MM. Ravier et Rachline étaient naturellement en position de force. Il est vrai, en revanche, que le PS a mieux résisté que les radicaux de gauche (Jean-Michel Baylet, président du PRG, a été battu), que les communistes et que le Parti de gauche.

Quand on perd le Sénat, on veut le supprimer.

Avec 31 sièges, l’UDI se voit pousser des ailes. Effectivement, elle pourra monnayer avec l’UMP son apport à la droite classique. Mais les enjeux politiques ne sont pas les mêmes au Sénat qu’à l’Assemblée, dès lors que celle-ci a le dernier mot en toute occasion. On remarque, à cet égard, que ce sont toujours les perdants qui posent le problème de l’utilité du Sénat. Minoritaire, la gauche relance l’idée de sa suppression. Majoritaire, l’UMP veut au contraire, comme le dit Jean-Pierre Raffarin, candidat à la présidence de la chambre haute, renforcer ses pouvoirs pour la rendre efficace.

Cependant, que le Sénat existe, soit utile ou non, ou qu’il soit supprimé, la leçon du scrutin de dimanche est très claire : le niveau de la gauche tous partis confondus est si bas qu’elle représente peut-être moins d’un tiers de l’électorat et que, si des élections législatives avaient lieu aujourd’hui, elle passerait dans l’opposition. L’UMP et le centre réunissent à eux deux une majorité absolue et sont en position de gouverner. Le Front national, qui a deux sièges à l’Assemblée et maintenant deux sièges au Sénat, est très loin de réunir une majorité parlementaire, contrairement à ce que ne cessent d’affirmer ses leaders. Certes, dans le cadre de l’élection présidentielle, les sondages accordent à Marine Le Pen un score si élevé qu’elle pourrait arriver en tête au premier tour. Elle obtiendrait un meilleur résultat que son père en 2002, mais elle serait quand même balayée au second tour.

Mais l’autre leçon politique de la terrible année que nous vivons, c’est que l’UMP, pourtant divisée et percluse d’affaires, représente le premier parti de France, celui vers lequel se dirigent les suffrages d’une population dont on nous dit sans cesse qu’elle a le comportement électoral que lui dicte son désespoir. Sans minimiser la marche triomphale du Front, on peut avancer ici l’idée que l’UMP ne semble discréditée ni par les « affaires » ni par la confusion qui règne à son sommet. Elle a besoin de deux choses : de se trouver un chef pour rassurer son électorat ; et de définir le genre de coopération qu’elle  doit établir avec l’UDI.

RICHARD LISCIA

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One Response to PS : la troisième défaite

  1. JMB dit :

    Sous le quinquennat précédent furent perdues par la majorité en place: les élections municipales de 2008, les cantonales de 2008 et 2011, les régionales de 2010 où la majorité d’alors fit son plus mauvais score depuis le début de la Vème République (27%). Et pour la première fois aussi, le Sénat eut une majorité de gauche à partir de 2011. Finalement, présidentielle et législatives furent perdues.
    De brillants résultats qui méritaient bien un retour.

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