Palestine : une résolution sans effet

Guigou : des raisons électoralistes ?
(Photo AFP)

J’ai déjà dit hier, dans ma chronique du « Quotidien » ce que je pense de la résolution des députés sur la reconnaissance de l´Etat palestinien. Le vote a eu lieu : il y a une majorité d’élus français en faveur de cette reconnaissance. On peut dire que ce texte ne change rien au conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens, et c’est vrai. Mais le scrutin aura des conséquences politiques.

JE NOTE d’abord que le tohu-bohu français qui a passionné nombre d’entre nous n’a pratiquement aucun impact chez les Israéliens qui se préparent à une dissolution de la Knesset (l’Assemblée nationale) et à la recherche d’une nouvelle majorité par le Premier ministre, Benjamin Netanyahu. Façon de dire qu’Israël a d’autres chats à fouetter. C’est néanmoins un revers important pour l’Etat juif dont l’isolement diplomatique va croissant, et qui constate que, décidément, les Européens en général et les Français en particulier lui sont de plus en plus hostiles. Pour Israël, donc, le vote de l’Assemblée est  un événement négatif.

Pour et contre.

Il l’est encore plus pour la France et je ne doute pas que François Hollande s’est empressé de rassurer M. Netanyahu au téléphone en soulignant l’aspect cosmétique de la résolution. Le premier soin du président sera d’ignorer un texte, dont il était convenu dès le départ qu’il n’aurait aucun caractère contraignant, mais qui empiète dangereusement dans le domaine réservé du chef de l’Etat. Cependant, comme chacun des votants a voulu revendiquer son acte, on sait maintenant qui, à l’Assemblée, est pour Israël et qui est contre, en quelque sorte qui est perçu comme l’ennemi (des Israéliens ou des Palestiniens). Etait-ce bien utile ? On sait donc pour quels élus le sort des Israéliens est moins important que celui des Palestiniens. On sait comment communistes ou mélenchonistes se sont retrouvés, avec la plupart des socialistes, pour rejoindre les souverainistes de la droite.  Là, le vote du Front national (deux sièges à l’Assemblée moins un, car Gilbert Collard est farouchement pro-israélien) ne compte pas. Un jour, toutefois, vous verrez l’extrême gauche et l’extrême droite voter allègrement ensemble, par exemple pour le retour au franc. On aurait voulu « importer » le conflit israélo-palestinien qu’on n’aurait pas mieux fait.

Un aveu d’impuissance.

Il y a donc des sujets fédérateurs des extrêmes et d’une partie de la gauche plus classique et Israël fait partie de ces sujets. La résolution ne prouve vraiment qu’une chose, à savoir que la France a été incapable d’avoir à ce jour la moindre influence sur le gouvernement israélien, quel qu’il soit. Vous me direz que les Etats-Unis non plus, mais c’est pour la raison inverse : le Congrès refuse de peser diplomatiquement en faveur des Palestiniens. Enfin, la résolution a été présentée par Elisabeth Guigou, qu’on a connue mieux inspirée, mais qui, députée de la Seine Saint Denis, est soupçonnée d’avoir cédé aux pressions de ses mandants musulmans. Même si ce n’est pas vrai, c’est très vraisemblable. Dans ces conditions, la résolution a pour principal effet de raviver le communautarisme en France. Ce sont des Français juifs qui sont allés manifester devant le siège de l’Assemblée pendant le vote. Ce sont les musulmans de France qui s’en réjouissent.

RICHARD LISCIA

 

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