Un accès d’anti-germanisme

« Fermez-là ! »
(Photo AFP)

La chancelière Angela Merkel, au faîte de sa popularité dans son pays, ne se prive guère de nous tancer au sujet de la réduction de nos dépenses publiques et de nos réformes qu’elle juge fort insuffisantes. Elle n’est pas seule à le penser et à le dire, mais ses propos sont accueillis en France avec irritation.

JE NE CROIS pas du tout que Mme Merkel dépasse les bornes de la prudence diplomatique lorsqu’elle nous rappelle les engagements que nous avons pris. Il est certes très difficile de faire des économies quand la croissance est inexistante. Il n’en demeure pas moins que, pour n’avoir plus à emprunter sur les marchés, nous devons viser à l’équilibre budgétaire. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait : nous avons visé, nous n’avons pas tiré. Mme Merkel pourrait être totalement indifférente à nos difficultés. Si elle s’y intéresse, c’est principalement parce que ce qui affecte la France affecte aussi l’Union européenne et donc l’Allemagne. Je veux bien admettre que, dans ses jugements, Mme Merkel mette un soupçon de sévérité, mais il faut reconnaître que, depuis des années que nous promettons sans tenir, nous l’agaçons prodigieusement.

Un camp anti-allemand.

Ce qui a entraîné l’émergence en France d’une sorte de « camp anti-allemand » composé de tous ceux qui, face à la crise qui nous accable, prônent le laxisme et un surcroît de dépenses. Parmi eux, Jean-Luc Mélenchon, jamais à court d’une provocation, qui a tweeté, en allemand, quelques mots à destination de la chancelière pour lui demander « de la fermer » et pour lui rappeler que « la France est libre ».  Cette belle manifestation d’indépendance fait bon marché des traités que nous avons signés mais que nous persistons à ne pas honorer. La souveraineté commence par se respecter soi-même, ce que les faiblards qui nous ont gouvernés ou qui nous gouvernent, ne savent pas faire, parce que la moindre des difficultés les plonge dans la panique. Prendre des engagements, oui, souffrir à cause de ces engagements, jamais.

La colère de Rugy.

Le plus drôle, c’est que François de Rugy, co-président du groupe écologiste à l’Assemblée, qui pourrait, en d’autres circonstances, se trouver des atomes crochus avec M. Mélenchon, s’est fâché contre ce qu’il considère, semble-t-il, comme un accès d’anti-germanisme primaire. Sa réaction n’est pas piquée des Verts. Le tweet de Mélenchon, dit-il, c’est du « racisme anti-boche ». Allons, bon. Laissons de côté l’idée que recourir au mot « boche » est en soi fort peu amène. M. Rugy n’a pas été très adroit. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une figure de la politique française s’en prend à l’Allemagne. Arnaud Montebourg, quand il était ministre, avait puisé dans ses manuels d’histoire de quoi retrouver tout ce que les Allemands nous ont fait depuis 1870, et effectivement, cela correspond à une montagne d’avanies. Pauvre Angela ! La voilà réduite à un sous-produit de la Prusse et de l’hitlérisme.

Rien de tout cela n’est sérieux, et, comme toute polémique, celle-ci contient ses excès. Je ne connais rien à la psychanalyse, mais je me demande comment nous parvenons à transformer nos insuffisances en motifs de triomphe. Nous avons prouvé notre incapacité à réduire les déficits et la dette et nous en tirons la satisfaction qu’éprouverait un malade mental, content d’être couvert de plaies. Ce qui compte n’est plus l’équilibre budgétaire, c’est de ne pas céder face aux Allemands. Nous avons reconstruit la ligne Maginot, elle est faite de mots : s’offrir le luxe de dire « Fermez-là » à une chancelière, voilà le fin du fin. Sauf que c’est irrespectueux, vulgaire et totalement irresponsable quand on prétend savoir comment la France doit être gouvernée.

RICHARD LISCIA

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