Massacre au Pakistan

Obsèques à Peshawar
(Photo AFP)

Le bilan de l’attentat taliban dans une école réservée aux enfants des militaires pakistanais à Peshawar est accablant : sur les 145 victimes, 132 au moins sont des enfants ou des adolescents. La guerre entre l’armée pakistanaise et les intégristes prend donc une tournure d’une violence extrême qui ne respecte plus rien. Les taliban estiment qu’ils viennent de se venger de crimes commis par le Pakistan au Waziristan, région montagneuse et isolée de l’Afghanistan, mais on peut craindre que les Pakistanais se vengent à leur tour.

LES RELATIONS entre le gouvernement pakistanais et les taliban n’ont pas toujours été celles d’ennemis. Il y a eu une époque où les généraux américains se plaignaient des connivences de l’armée et des services secrets pakistanais avec les terroristes, auxquels ils ont souvent offert une protection et des renseignements. Il y a eu une époque, encore toute récente, où l’opinion pakistanaise haïssait les États-Unis à cause des attaques lancées à partir de drones, qui causaient des pertes civiles. Mais la violence toujours plus grande des taliban est aveugle. Ils ont causé à l’armée des pertes insupportables, elle riposte avec des moyens lourds et, à son tour, elle tue des femmes et des enfants. C’est par représailles que les taliban ont attaqué à Peshawar une école fréquentée par les enfants de militaires. La sauvagerie n’a pas de limites, mais l’attentat contient sa part de logique infernale.

Les Pakistanais dans la guerre asymétrique.

Voilà donc l’opinion pakistanaise confrontée aux complexités de la lutte contre le terrorisme. Les taliban conduisent au Pakistan, et souvent à partir de leur base au Waziristan, une guerre « asymétrique » comparable à celle qu’ils livrent aux Américains. Du coup, le gouvernement pakistanais, qui croyait avoir une analyse de la situation plus subtile que celle de Washington, au point de ménager les très dangereux taliban, se retrouve dans la situation exacte de la superpuissance qu’il réprouve, en dépit des largesses américaines dont il bénéficie. En réalité, il n’y a pas de traitement salutaire d’un terrorisme guidé par la volonté de créer partout dans le monde une ordre basé sur une religion dont il donne sa propre interprétation. Le mouvement des taliban en Afghanistan et au Pakistan est l’exacte réplique de l’État islamique en Syrie et en Irak : on associe deux pays dans le même malheur, on y combat l’ordre établi par les moyens les plus barbares, on se sacrifie à la première occasion, on attend patiemment que l’adversaire perde une à une ses dernières défenses.

La chute programmée de l’Afghanistan.

On frémit à l’idée que le Pakistan nucléaire puisse tomber aux mains d’un mouvement aussi impitoyable et irresponsable. Mais le pays le plus menacé dans l’immédiat, c’est l’Afghanistan que les forces de l’OTAN sont en train d’évacuer et n’a plus, pour se défendre, qu’une armée afghane insuffisamment préparée. N’hésitons pas à dire ce que l’OTAN refuse de croire, à savoir que l’Afghanistan pourrait rapidement tomber comme un fruit mûr aux mains des taliban et des mollahs, ceux-là même que les Américains avaient évincés en 2001. Après 13 années de violence et des dépenses colossales, les États-Unis n’ont pas grand-chose pour leur argent et pour leurs soldats tués au combat. Le récent attentat taliban dans un théâtre au coeur de Kaboul suffit à démontrer que les taliban ne laisseront la sécurité s’installer nulle part.

Dans ces conditions, les déclarations consternées mais fermes des chefs d’État occidentaux ne suffisent pas à nous rassurer sur l’avenir du Proche-Orient, de la région Afghanistan et Pakistan, du Nigeria et même du Sahel où la présence militaire française est requise pour quelques années encore, parce que les États africains sont incapables d’aligner une armée inter-africaine en mesure de vaincre les djihadistes. Un constat pessimiste ne présente qu’un avantage : celui de ne pas nous bercer d’illusions.

RICHARD LISCIA

 

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