UMP : sérieux revers

Bruno Le Maire opposé au front républicain (Photo S. Toubon)

Bruno Le Maire opposé au front républicain
(Photo S. Toubon)

Le candidat de l’UMP, Charles Demouge, est arrivé en troisième position lors du premier tour de l’élection partielle dans la quatrième circonscription du Doubs, où le poste de Pierre Moscovici, nommé commissaire européen, était à pourvoir. L’UMP n’est donc pas qualifiée pour le second tour, qui opposera la candidate du Front national, Sophie Montel, laquelle fait une percée, avec plus de 33 % des voix, au candidat socialiste, Frédéric Barbier, qui a obtenu 29 % des suffrages.

C’EST UN COUP de semonce à l’UMP qui subit une déception d’autant plus forte qu’elle avait réussi à remporter douze des treize élections partielles qui ont eu lieu depuis 2012 ; elle est maintenant largement devancée par le Front national. Le FN a plutôt mal réagi aux attentats de janvier et on pouvait croire qu’il était affaibli. Il n’en est rien. Dans le Doubs, il semble bien que les électeurs de l’UMP ne se sont pas rendus aux urnes où qu’ils ont voté en faveur du Front. Deux sondages publiés récemment donnent Marine Le Pen gagnante au premier tour devant le candidat de l’UMP et devant François Hollande.

Consolation à Ajaccio.

L’ancienne circonscription de M. Moscovici était certes un fief du PS et il est logique que le score de son remplaçant soit élevé. D’ailleurs, dans l’élection municipale partielle d’Ajaccio, qui a eu lieu dimanche également, le candidat UMP l’a emporté. De ce point de vue, l’élimination du candidat de l’UMP dans le Doubs correspond à la logique. Ce qui est plus inquiétant pour le parti que préside Nicolas Sarkozy, c’est l’étiage général du Front : il dépasse les 30 % dans toutes les enquêtes d’opinion. Les adversaires de Nicolas Sarkozy au sein de l’UMP constatent que l’ancien chef de l’État n’a pas réussi à faire reculer le FN depuis qu’il a été élu à la tête de l’UMP, et que, de surcroît, il semble incapable de réunir son parti autour d’une position commune vis-à-vis du Front. Alors que Nathalie Kosciusko-Morizet souhaite que l’électorat UMP apporte ses suffrages au candidat socialiste dimanche prochain, Bruno Le Maire se déclare hostile au front républicain et s’en tient au « ni, ni », ni PS ni FN. La direction de l’UMP doit prendre une position officielle demain. Il est probable qu’elle se prononcera en faveur de la neutralité en laissant ses électeurs voter au second tour selon leur conviction.

Un malaise profond.

Les socialistes ne manqueraient pas, alors, de dénoncer cette attitude et rappelleraient, comme ils le font chaque fois en pareille circonstance, que c’est le soutien massif de la gauche qui, en 2002, a permis à Jacques Chirac de battre Jean-Marie Le Pen. Le PS sait déjà qu’il peut compter sur les centristes dans le Doubs, mais, de toute façon, l’UMP prendrait une grosse responsabilité si sa position se traduisait par la victoire de la candidate frontiste, qui deviendrait la troisième élue du FN à l’Assemblée. Mais le malaise à l’UMP est bien plus sérieux que son dilemme dans une législative partielle. L’avenir immédiat est plutôt sombre : M. Sarkozy a visiblement perdu de son entrain naturel et peine à trouver ses marques ; il y a peu de progrès dans la mise en place d’un programme de gouvernement qui serait soutenu par la totalité des candidats potentiels à la présidence et convaincrait les militants (ou les électeurs) ; la présence de plusieurs candidats ne contribue pas à unifier le parti. En outre, le redressement de François Hollande et de Manuel Valls à la suite des attentats semble avoir coûté moins cher, en termes de popularité, au FN qu’à l’UMP. La popularité croissante du Front fait donc boule de neige. Scrutin après scrutin, on le trouve dans une forme toujours meilleure. Les élections départementales du printemps serviront de test grandeur nature à sa progression. Il a gagné en voix, en stature, en crédibilité, ce qui, à mon sens, le rend encore plus dangereux. Pour la gauche, la tentation est grande est de laisser l’extrême droite se nourrir des forces de l’UMP. Pour la droite et le centre, le sursaut passe par un rassemblement.

RICHARD LISCIA

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