Débats politiques dérisoires

FNPS ? (Photo AFP)

FNPS ?
(Photo AFP)

À moins d’un mois des élections départementales, les débats entre l’UMP, le PS et le FN ont pris un tour dérisoire dont on dirait qu’il n’est pas à la hauteur des enjeux si l’opinion, de toute évidence, ne traitait ce scrutin par l’indifférence. La classe politique a consacré 24 de ses précieuses heures à jongler avec trois sigles imaginaires, FNPS, création « originale », comme dirait Canal +, et propriété exclusive de Nicolas Sarkozy, UMPFN, autre produit de l’imagination galopante des socialistes et UMPS, valeur sûre inventée par le FN.

CES SIGLES n’ont pour objet que de diffamer les deux partis auxquels un troisième est également hostile. Ils ne signifient rien, sinon qu’ils traduisent les craintes de chacun des trois grands mouvements (puisque le Front national a acquis en quelques semaines le statut de premier parti français). Il est vrai que le FN n’a produit son slogan UMPS que pour enfermer dans la même image deux partis censés représenter la majorité et l’opposition et pour dénoncer la collusion qu’il croit déceler entre eux. Quand M. Sarkozy parle de FNPS, il veut simplement dire que les erreurs de gestion commises par les socialistes favorisent l’ascension du Front, et faire admettre à l’opinion qu’il y a entre la gauche et l’extrême droite des intérêts communs, par exemple l’affaiblissement de la droite classique. Je ne suis pas sûr du tout que c’est ce que les socialistes souhaitent, surtout quand Marine Le Pen envisage sans vergogne de se retrouver à Matignon dans un gouvernement de cohabitation avec le président Hollande. Il me semble que, pour tous ceux qui se situent à gauche dans ce pays, et notamment le principal intéressé, le partage du pouvoir avec le FN est un épouvantable cauchemar.

Réduire l’influence du FN.

Cependant, la gauche et la droite, littéralement paniquées par la montée du Front, parent au plus pressé en se rejetant réciproquement la responsabilité de cette percée. Cette partie de tennis entre les deux mouvements ne les grandit nullement et obère la discussion sur le fond, que les entretiens avec des médias pressés ne favorisent guère. La réalité est terrifiante : le Front monte et personne, chez les 70 % de Français qui ne votent pas pour lui, ne sait comment il est possible de réduire son influence. Il suffirait pourtant de ne pas être dupe de ce qu’il présente comme une normalisation de ses idées et de ses troupes et qui le rendrait moralement, idéologiquement et politiquement acceptable. Il suffirait de le renvoyer à ses origines et à ceux qui, encore en son sein et en dépit de la présence de personnages « éclairés » comme Florian Philippot, représente tout ce qu’il peut y avoir d’intolérance en France. Il suffirait de démonter, preuves à l’appui, une option économique, financière et sociale qui plongerait le pays dans une irrésistible décadence.

Un parti à 33 %.

Quelques hommes politiques, de droite et de gauche, s’y emploient parfois, mais on ne peut pas dire qu’il y ait une coalition des humanistes assez forte et déterminée pour le repousser dans les marais idéologiques où il se complaisait naguère et pour le rendre de nouveau assez inacceptable, pour qu’il redevienne honteux que l’on vote pour lui. Il a, en effet, gagné énormément en crédibilité et en honorabilité et il est devenu un parti à 33 %. Je ne crois pas pour ma part qu’il y ait aujourd’hui une force, de droite ou de gauche, assez solide, indépendante et crédible pour dire à voix haute ce qu’est le Front, le danger qu’il représente, la vanité périlleuse de ses solutions. Et capable en outre de le faire reculer. En revanche, il n’est pas sûr que, malgré sa formidable ascension, il soit déjà en mesure de conquérir le pouvoir. On verra aux élections des 22 et 29 mars combien de départements il est capable d’emporter. On verra peut-être Marine Le Pen faire un score aux régionales, sans pour autant phagocyter des présidences de région. On verra peut-être la même Marine arriver en tête au premier tour de la présidentielle de 2017 et, comme son père en 2002, perdre largement au second.

RICHARD LISCIA

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