Gauche : la fracture

Valls constamment attaqué (Photo AFP)

Valls constamment attaqué
(Photo AFP)

L’interpellation de six des employés d’Air France qui ont participé à l’agression contre deux cadres supérieurs est devenue la nouvelle pomme de discorde de la gauche. À moins d’un mois des élections régionales, cette mini-crise ne laisse pas augurer du succès du référendum du PS en faveur de l’unité électorale.

LES POLICIERS, lundi matin, sont allés chercher cinq des salariés d’Air France dès potron-minet. Mardi, leur garde à vue a été prolongée. Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent (PC) ont aussitôt exprimé leur indignation. Non seulement ils estiment que la vraie violence est celle qu’exerce la direction de la compagnie en prévoyant près de trois mille licenciements, mais ils pensent que la maréchaussée a réservé aux suspects un sort humiliant, un peu comme si elle s’était conduite avec eux à la façon de la police américaine, qui a traîné DSK menotté dans les rues. Le gouvernement a certainement fait passer un message de sévérité aux policiers qui n’ont pas traité les suspects avec ménagement. Mais les gardés à vue, si leur culpabilité est confirmée, n’ont pas eu, pour les cadres d’Air France, des manières particulièrement courtoises. On peut même se demander ce qui se serait produit si les deux hommes n’avaient pas été soustraits par des vigiles à la violence dont ils faisaient l’objet.

L’image de la France.

Le souci du gouvernement est moins le sort personnel des deux cadres, auxquels Manuel Valls a néanmoins montré sa compassion, que les dommages causés à la réputation de la France par la vidéo qui donnait de notre pays une image où le syndicalisme prend un tour peu favorable aux affaires. Aussi bien Manuel Valls, en visite en Arabie saoudite, s’est-il efforcé de minimiser l’incident dans l’espoir d’améliorer l’idée que l’on se fait de notre pays à l’étranger. Pierre Laurent a jugé « hallucinante » l’attitude du Premier ministre, qui est allé, selon M. Laurent, s’excuser d’un incident syndical auprès d’un pays qui ne respecte guère les droits de l’homme. Polémique infinie, car le PC, toujours prêt à plaider la cause des prolétaires et des chômeurs, devrait admettre que la France ne créera des emplois que si elle exporte davantage à l’étranger et, si possible, vers des pays capables de payer leurs factures. Enfin, le communisme et les droits de l’homme n’ont pas, historiquement, fait bon ménage.

Une gauche d’opposition.

Mais ce que montrent ces échauffourées (qui seront vite oubliées), c’est que la gauche non-PS se comporte comme si elle était dans l’opposition, et même comme si elle voulait la perte de ce gouvernement. M. Valls et Emmanuel Macron sont devenus ses bêtes noires et, dans la hiérarchie de ses ressentiments, on commence à se demander si c’est le Front national qui occupe la première place et la droite la deuxième. Le climat est tel que tout espoir de reconstituer l’unité de la gauche dans la perspective des prochaines échéances électorales paraît très compromis. Les frondeurs, les mélenchonistes, le PC et les Verts ont fait de la politique économique et sociale du gouvernement un abcès de fixation et ils n’accepteront de coopérer avec François Hollande que s’il limoge son Premier ministre et son ministre de l’Économie. Pendant ce temps, Jean-Marc Ayrault, ancien chef du gouvernement, qui a besoin d’exister, insiste pour que le président de la République procède à la réforme fiscale qu’il avait promise mais qu’il n’a pas faite. Une telle réforme impliquerait la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, ce qui se traduirait par une hausse sensible de l’impôt payé par les familles possédant un patrimoine. Alors qu’une bonne réforme devrait poser le principe d’une fiscalité identique. Bref, le bateau prend eaux de toutes parts.
RICHARD LISCIA

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