La mort d’André Glucksmann

Toujours sincère (Photo AFP)

Toujours sincère
(Photo AFP)

André Glucksmann est mort dans la nuit de lundi à mardi, à l’âge de 78 ans. Venu du maoïsme et de mai 68, il s’est engagé dans la lutte contre le totalitarisme en publiant en 1975 « la Cuisinière et le mangeur d’hommes » (Seuil), qui établit les nombreux points communs entre le communisme et le nazisme.

ANDRÉ GLUCKSMANN, qui fut l’assistant de Raymond Aron, est devenu célèbre quand il a été classé parmi les « nouveaux philosophes », au même titre que Bernard-Henry Lévy et Pascal Bruckner. Toute sa vie, il aura été un modèle formidable pour un pays dont les intellectuels ont souvent préféré la rigidité du dogme à la recherche passionnée de la vérité. Tous ceux qui l’ont connu savent que sa motivation principale était le souci de l’autre. Enfant juif que sa mère réussit à sortir d’un train de la déportation, il a refusé, après la guerre, de quitter la France, pays des libertés et des droits de l’homme qu’il a défendus jusqu’à son dernier souffle en livrant des combats multiples contre toutes les formes d’oppression. Il a contribué au rapprochement entre Aron et Sartre lorsque les intellectuels français ont pris la défense des « boat people », ces Vietnamiens qui avaient choisi l’exil après la guerre dans leur pays. Avec constance, il a pris la défense des Tchétchènes, persécutés par Moscou, et il n’a cessé de se dresser contre Vladimir Poutine en qui il voyait le descendant de Lénine et de Staline.

Un engagement sincère.

Moins médiatique que BHL, il s’exprimait avec la sincérité de ses tout premiers engagements de 1968. On l’a accusé d’atlantisme parce qu’il préférait la démocratie américaine au joug soviétique. Plus tard, il est allé jusqu’à appeler à voter pour Nicolas Sarkozy (en 2007), n’hésitant pas à préférer la droite à une gauche encombrée de sa « doxa » et encore nostalgique du socialisme pur et dur. Puis, avec la même liberté, il a pris ses distances avec M. Sarkozy. Bien qu’il ait toujours choisi ses propres batailles, M. Glucksmann appartenait à ce vaste groupe de soixante-huitards qui, après avoir vénéré Mao, ont reconsidéré leur position et adopté des attitudes plus pragmatiques, conscients qu’ils étaient que les libertés étaient un critère essentiel de validation d’une société. Ils ont donc dénoncé des régimes qui, sous le prétexte de savoir mieux que personne ce qu’il fallait au peuple, l’ont placé sous une domination sanguinaire.

Le communisme démystifié.

D’un côté, on peut s’interroger sur ce parcours : les jeunes gens de 1968 ont préconisé une révolution des idées et des moeurs et ont ensuite épousé des concepts beaucoup plus centristes. La plupart d’entre eux ont tiré de la société qu’ils dénonçaient tous les bienfaits qu’elle est capable de prodiguer à ses meilleurs éléments, alors que d’autres se sont toujours rangés dans le camp anti-totalitariste sans percevoir le moindre dividende de leur comportement. D’un autre côté, ils ont géré leurs contradictions avec tant de passion et de fraîcheur qu’ils ont réussi à montrer aux Français qu’il y a une nécessité de réclamer en toute circonstance l’égalité, puis qu’il y en a une autre à exiger la liberté. Le fait même qu’ils se soient dressés contre le communisme après en avoir soutenu la forme la plus absolue a permis de démystifier définitivement les croyances d’une gauche française tellement acquise au dogme qu’elle n’en discernait pas les terribles effets. Le rôle personnel d’André Glucksmann a donc été d’autant plus utile qu’il n’a jamais abusé des médias et que, vers la fin de sa vie, il a passé à son fils Raphaël le flambeau du combat politique.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to La mort d’André Glucksmann

  1. phban dit :

    Bel article en hommage à un homme juste.

  2. Alan dit :

    Merci pour ce portrait intelligent et juste.

  3. GLADY dit :

    Être capable de remettre en cause ses convictions les plus ancrées est en général la marque d’un esprit ouvert, d’une « vieille âme »; souhaitons-lui de poursuivre son cheminement pour le plus grand bien de l’humanité.

  4. Docteur Alain DUBOST dit :

    Merci pour cet article.
    Il représentait toutes les illusions et les contradictions de notre génération de 68

  5. Jack40 dit :

    Un homme « brave » à qui on pardonne ses erreurs de jeunesse.
    Je ne les ai pas commises (presque le même âge!) mais je ne lui en veux pas
    grâce à ce « caractère » et son évolution courageuse et sérieuse. Idem pour Finkielkraut.
    J’en veux par contre à tous les autres. Vous avez le choix.

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