Ambiance de fin de règne

Royal en désaccord avec Valls (Photo AFP)

Royal en désaccord avec Valls
(Photo AFP)

On peut se poser des questions sur un peuple qui, depuis 50 ans, a formé le projet de construire un nouvel aéroport et dont diverses factions continuent à se déchirer à ce sujet sans que la moindre décision ait été prise.

IL S’AGIT, bien sûr, de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui vient de faire l’objet d’un énième rapport, lequel, comme les textes les plus abscons, entraîne des interprétations contradictoires, par exemple celle de Ségolène Royal, qui propose un projet aux dimensions réduites, et celle de Manuel Valls qui, au contraire, en déduit qu’il faut construire un aéroport flambant neuf. Le nouvel aéroport de Nantes incarne à lui seul l’immobilisme national auquel conduit l’exercice de la démocratie directe, lequel permet à tous les avis de s’exprimer, ce qui semble louable de prime abord mais devient insupportable au bout d’un demi-siècle. Un immobilisme qui gagne l’ensemble de la société française. À ce jour, le gouvernement n’a pu accomplir qu’une réforme économique, la loi Macron, non sans s’être servi, au préalable, de l’article 49-3 de la Constitution. Ce qui n’empêche pas le président de la République de se présenter comme un grand réformiste, sous le prétexte qu’il a réussi à faire adopter le mariage pour tous et que Michel Sapin est parvenu à réduire le déficit budgétaire.

Les cauchemars du président.

Tout le monde sait pourtant que le pays a besoin d’un coup de fouet, qu’il est englué dans le chômage et que la détresse d’une forte fraction de la population, les jeunes et les vieux notamment, conduit à un désarroi qui est en train de créer une vie politique parallèle, manifestations incessantes contre une loi Travail qu’on n’a pas fini d’examiner et d’édulcorer pour qu’elle perde toute efficacité, ou encore le phénomène « Nuit debout », série de rassemblements pacifiques dans les grandes villes où les gens sont autorisés à exprimer leurs doléances, comme s’il y avait un décideur pour les écouter et appliquer leurs idées. Que la révolte de la jeunesse, pour le moment contrôlée, mais qui sait pour combien de temps encore ?, et « Nuit debout » alimentent les cauchemars du président de la République et du Premier ministre suffit à décrire l’état réel du pays et la fragilité du pouvoir : on ne fait plus que de la politique, à défaut de résoudre les problèmes. On n’a vraiment rien à dire aux jeunes parce qu’on est incapable de leur donner un job et un salaire, ni aux victimes de la crise du logement, ni à ceux qui travaillent mais ne parviennent pas à joindre les deux bouts.

La dure réalité.

Et comme on n’a pas grand-chose à leur proposer, on cherche chaque jour à réinventer la politique, comme si le salut du chef de l’État pouvait provenir non pas de ces créations d’emplois auxquelles plus personne ne croit mais d’un rassemblement de forces périphériques autour de sa personne, projet auquel quelques-uns de ses meilleurs amis se consacrent en sondant les reins et les coeurs de l’opposition, alors que la dure réalité a toujours reposé sur le simple rapport de forces qui veut que le meilleur gagne et que perde le moins bon. Entre ces deux périls que sont la résignation et la révolte, le peuple hésite. Les uns croient arriver, dans la déliquescence généralisée du gouvernement et des institutions, au moment tant attendu du grand soir ; les autres craignent cette éventualité, soit qu’ils voient le pouvoir à leur portée et ne souhaitent pas en être dessaisis par un effondrement du système, soit qu’ils n’ont que le choix de le perdre, au terme des élections ou d’une manière moins démocratique.
Dans ce tableau plutôt sinistre s’inscrit la démarche d’Emmanuel Macron qui tient absolument à apporter une note optimiste, ce dont on ne saurait le blâmer, tout en observant la création de son mouvement « En marche » avec quelques réserves. Non que l’on parie sur son échec, mais parce que même M. Macron n’est pas innocent de sa connivence avec le président auquel il a fait une proposition irrésistible, celle de servir son intérêt en attendant que lui-même, un jour, se présente comme celui qui va régler tous nos problèmes.

RICHARD LISCIA

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One Response to Ambiance de fin de règne

  1. Dr Legroux dit :

    N’avez vous pas remarqué la ressemblance physique de profil entre notre bon président, et celle de notre regretté Louis le XVI ème
    et aussi la forte pression fiscale. Il ne manque plus qu’une éruption volcanique majeure pour développer un nouvel petit air glaciaire et un renouveau historique.

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