Macron libéré… et candidat

Enfin libre (Photo S. Toubon)

Enfin libre
(Photo S. Toubon)

L’opinion est moins surprise par la démission d’Emmanuel Macron que soudainement consciente de ce qu’elle implique dans un jeu électoral déjà très compliqué. C’est toute l’architecture des primaires et des deux tours de la présidentielle qui est changée.

M. MACRON a choisi sans trop de mauvaise conscience entre l’immense avantage de recouvrer sa liberté et l’embarrassant inconvénient d’avoir à trahir le président Hollande qui, non content de lui avoir donné à deux reprises des fonctions importantes, a cru utile de souligner ce que le jeune homme lui devait quand celui-ci a commencé à ruer dans les brancards. Avec un sens aigu du tragique et du spectaculaire, l’ancien ministre de l’Economie a laissé une crise de palais s’amplifier jusqu’à son point critique pour mieux présenter sa démission comme une sorte d’inéluctable aboutissement. De sorte que François Hollande, qui, à tort, a peut-être cru qu’il contrôlait son ministre, a découvert hier que son pouvoir, déjà si diminué, n’allait pas jusqu’à empêcher M. Macron de partir. Et, avec une indulgence qui a lui a déjà joué tant de tours, il lui a donné sa bénédiction.

Ni de droite, ni de gauche.

Poussé par ses amis, dont le sénateur-maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb, est sans doute le plus influent, et par son épouse, Brigitte, qui s’est arrogé les fonctions de conseillère en communication, M. Macron n’aura démissionné que pour une raison unique : se présenter l’an prochain à l’élection présidentielle. Si c’est pour un autre objectif, en effet, il n’était pas obligé d’abandonner ses fonctions de ministre de l’Economie. C’est en quoi le coup de théâtre d’hier, suivi avec passion par les médias, a une influence considérable sur le déroulement du processus électoral. M. Macron, en effet, ne s’adresse pas qu’à la gauche, encalminée dans un conflit idéologique largement dépassé, mais à l’ensemble de l’électorat. Son message est le suivant : « Si vous voulez le changement politique et économique que vous semblez appeler de vos voeux, élisez-moi. Non seulement j’ai le bon diagnostic de la crise nationale, mais j’ai une panoplie de remèdes qui n’ont pas encore été administrés ».

Un coup porté au président.

On le voyait venir, cet homme pour toutes les saisons, que rien ne contraindrait à abjurer sa foi. Son mouvement « En marche ! » a pris un bon départ et il est mû par un optimisme à toute épreuve, convaincu qu’il est qu’il va glaner des moissons de suffrages quand il se lancera dans la campagne et que, à sa fraîcheur et à son sourire, il ajoutera ces propositions qu’il n’a pu imposer à M. Hollande et encore moins à Manuel Valls, dont les idées relèvent pourtant de la même philosophie mais qui a trouvé sur son chemin un concurrent inattendu et donc un rival politique. M. Valls se présentera si François Hollande se désiste. M. Macron ira au combat quelles que soient les circonstances. Il porte, de cette manière, un coup terrible au président, lâché par sa gauche, puis par sa droite, terriblement isolé en son palais de l’Elysée, avec seulement pour le protéger, une poignée de grognards dévoués mais de moins en moins nombreux. Il était l’homme qui ne pouvait finir une réforme, il devient celui qui ne peut garder auprès de lui les plus grands talents.
Que la droite ne se réjouisse pas pour autant ! Dans le brouhaha étourdissant d’une campagne à peine commencée mais violente, elle n’a pas eu un mot de compréhension pour M. Macron en qui, forcément, elle voit l’homme qu’il dit être, ni de droite ni de gauche, en tout cas pas socialiste, et donc, forcément un peu à droite et même beaucoup. Un homme qui séduit le patronat encore plus que M. Valls, un homme qui ne tente pas d’envelopper ses projets iconoclastes dans la modestie ou la prudence, un homme qui a les mots et accomplira les actes susceptibles de mettre d’accord une pluralité de Français. Un homme providentiel ? Le mot est haïssable pour tout démocrate et on ne voit pas M. Macron, celui de la crise économique et sociale, revêtir les habits d’un général, celui qui a sauvé la France de la honte, il y a 76 ans. Y a-t-il, chez ce jeune homme aux manières simples, que l’on encouragerait bien par quelques tapes dans le dos, dont le bilan au gouvernement est appréciable mais pas éblouissant, qui a eu l’occasion de commettre quelques bévues verbales, le potentiel d’un raz-de-marée ? Si l’on a un peu de jugeote, on est bien obligé d’exprimer un minimum de scepticisme. Il faut à Macron des soutiens, de l’argent, une campagne fulgurante, capable de faire oublier les vieux routiers de la politique et une sorte de parcours à la Rodrigue (« Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille mille en arrivant au port »). Vous pouvez compter sur tous les candidats pour lui barrer le chemin.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Macron libéré… et candidat

  1. liberty8 dit :

    Tout cela est vraiment une pièce de théâtre … a la limite du Vaudeville.
    On pourrait rajouter :  » Macron, Macron, as-tu du cœur ?  »
    Et comme dirait Canteloup ce matin : bientôt le nouveau bouquin de Macron :
     » Bercy pour ce moment « 

  2. L’évolution du monde planétaire est beaucoup trop rapide pour imaginer la viabilité d’un changement drastique de type grec ou espagnol récent. Hollande ne verrait aucun inconvénient à se couler dans le moule de René Coty dont Mendès-France avait apprécié l’attitude à son égard quand il gouvernait la France en 1954. Il aura retenu la leçon de François Mitterrand qui se réservait le droit de ne pas signer les lois qui lui déplaisaient.

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