Calais : tâche de Sisyphe

La "jungle" vue du ciel (Photo AFP)

La « jungle » vue du ciel
(Photo AFP)

La « jungle » de Calais, c’est une feuilleton permanent. Tous les efforts du gouvernement pour limiter le nombre des proscrits qui convergent vers la ville et se retrouvent dans un campement où l’on compte aujourd’hui 9 000 personnes entassées sur 8 hectares sont restés vains.

LE MINISTRE de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, n’a jamais été inerte. Aujourd’hui, c’est la septième fois qu’il se rend à Calais, ce qui témoigne à la fois de l’intensité de ses efforts et de son impuissance. En même temps, il est plus facile de lui donner des conseils que de trouver la solution d’un problème lancinant qui perturbe la vie des Calaisiens sans que l’on ait apporté un soulagement aux migrants confinés dans la jungle. Contrairement à ce que tout le monde croit savoir, nous ne progresserons jamais dans cette affaire si nous nous contentons de traiter judiciairement un afflux de populations certes illégal mais qu’il est impossible d’enfermer dans des prisons, d’expulser ou de renvoyer chez eux. Les bonnes solutions ne sont pas celles que nous sommes incapables d’organiser ou de financer ou qui exigeraient des autorités françaises un comportement si cruel qu’elles feraient de notre pays un paria en Europe.

Le débat juridique est nul et non avenu.

Était-il raisonnable de passer un accord avec la Grande-Bretagne qui fixe sa frontière à Calais alors que, de toute évidence, elle se situe à Douvres ? Il y a une logique indiscutable dans une analyse du Brexit qui renverrait les Anglais à des responsabilités qu’ils ont su ignorer jusqu’à présent moyennant une somme dérisoire. Mais ce genre de discussion n’est pas digne. Les migrants ont certes toutes les audaces, ils bafouent les lois les plus élémentaires en voyageant sans visa, mais leur comportement ne fait que traduire leur désespoir : ils nous ont prouvé des milliers de fois qu’ils n’ont pas peur de mourir pour échapper à leur sort funeste en Afrique ou au Proche-Orient. Le débat juridique, dans ces conditions, est nul et non avenu. L’époque (celle de la Seconde guerre mondiale) où l’on laissait les juifs exilés d’Europe errer dans leurs bateaux, est révolue. En dehors des partis d’extrême droite, personne ne suggère que l’on puisse abandonner à leur sort les immigrants dits clandestins.
Cette prise de conscience est d’autant plus indispensable que la compassion n’est pas la dimension unique de la crise migratoire. Une concentration excessive de personnes dans un lieu qui n’est pas conçu pour les abriter les condamne certes à une existence abjecte. Mais leur détresse a vite fait de détériorer la qualité de vie des populations alentour. S’il faut créer un accueil pour les migrants, c’est pour ne pas les voir sombrer dans la misère, la maladie, le crime. C’est aussi parce que les Calaisiens ont le droit de vivre normalement, comme les autres Français, ce qui n’est pas vraiment le cas. M. Cazeneuve a fait évacuer cette année le moitié de la jungle. Le résultat est que l’autre moitié est surpeuplée, d’une part parce que tous les migrants n’ont pas pu être relogés ailleurs et d’autre part parce que des milliers de nouveaux venus sont arrivés dans l’espace déjà occupé et réduit.

Une question d’argent.

On voit bien qu’il s’agit, en définitive, d’une question d’argent. Il faut un budget pour construire des centres d’accueil répartis sur tout le territoire et non concentrés à Calais. Il faut aussi se donner les moyens de mieux contrôler les frontières. Il faut embaucher du personnel pour régler les problèmes administratifs que pose chaque migrant. On peut considérer la crise migratoire comme une calamité, mais on ferait mieux d’admettre que, si Calais est une sorte de foyer jamais éteint, nous sommes moins touchés par l’immigration que des pays comme l’Italie, première frontière des migrants venus du sud de la Méditerranée ou que l’Allemagne qui, dans un élan qui nous a stupéfaits, a décidé d’accueillir cette année un million d’immigrés venus principalement des zones de guerre syro-irakiennes. À n’en pas douter, les Allemands mettent en oeuvre des moyens financiers et, parfois, des infrastructures, que nous n’avons pas. L’Allemagne n’est pas encore le paradis des migrants, mais le constat est clair : elle est parvenue à recevoir, et souvent dans de bonnes conditions, des centaines de milliers de personnes.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Calais : tâche de Sisyphe

  1. Michel de Guibert dit :

    Le Liban ou la Jordanie accueillent un nombre de réfugiés autrement plus important…

  2. JMB dit :

    La revue L’Histoire a publié en juillet un numéro sur les découvertes et expansions européennes au XIXè s. Il est intitulé: « Le monde est à nous », et l’on comptabilise une émigration de 55 millions d’Européens à travers le monde durant cette période.

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