Chômage : divine surprise

Une carte pour Hollande ? (Photo AFP)

Une carte pour Hollande ?
(Photo AFP)

Le nombre de chômeurs a diminué de 66 000 en septembre, soit une baisse du taux de chômage de 1,9 %, ce qui ne s’était pas produit depuis quinze ans. Le gouvernement en tire une satisfaction tardive mais intense. Il n’est pas sûr cependant que cette bonne nouvelle suffise à sauver la majorité.

LA BAISSE de septembre se produit après une vive hausse (50 200 chômeurs de plus) en août. Techniquement, tout le monde est d’accord pour dire que, depuis le début de l’année, la tendance est à la diminution du chômage. Certes, un bon chiffre est préférable à un mauvais, mais le tableau de l’emploi en France reste décourageant. Jusqu’à présent, le quinquennat a détruit plus d’un demi-million d’emplois. En outre, François Hollande avait annoncé la fameuse inversion de la courbe du chômage pour 2013, puis 2014, puis 2015. Si cette inversion semble se dessiner, elle arrive bien tard par rapport aux promesses du pouvoir. Elle résulte en partie de la mise en place de contrats aidés qui coûtent cher et ne créent pas d’emplois définitifs ni même durables. Sur le plan de la gestion économique, le brillant résultat de septembre peut même paraître insuffisant au regard de ce qu’il est convenu d’appeler « l’alignement des planètes », c’est-à-dire, l’addition de facteurs favorables, baisse de l’euro, prix bas de l’énergie, taux d’intérêt à zéro. Nous n’avons pas autant profité de ces avantages que les économies voisines, celles de l’Espagne ou de l’Italie, par exemple, où le chômage diminue depuis au moins deux ans.

L’instrument du comeback ?

Ces 66 000 emplois de plus annoncent-ils un regain de popularité pour le président de la République? On le saura très vite, mais l’ensemble des sondages réalisés avant la publication du nouveau taux de chômage montrent que sa cote continue à baisser et que, même s’il passait le relais à Manuel Valls, celui-ci ne serait pas en mesure de franchir le cap du premier tour à l’élection présidentielle de l’an prochain. On peut retenir l’hypothèse d’une diminution régulière du taux de chômage dans les mois qui viennent : elle ramènerait une partie de l’électorat socialiste dans son camp, elle améliorerait les chances de M. Hollande, elle ne lui permettrait pas de faire un comeback si prodigieux qu’il passerait le premier tour. En revanche, elle va l’encourager dans l’idée qu’il doit se présenter, alors que, parmi ses proches, beaucoup pensent déjà qu’il devrait abandonner la partie et tenter de désigner un candidat de la gauche, M. Valls par exemple, susceptible de rassembler un PS en perdition.

Une cure de remis en forme.

Une persistance de la réduction du taux de chômage dans les mois à venir ne suffirait sans doute pas à sauver le soldat Hollande, mais elle pourrait améliorer la réputation de la gauche, en tant que gestionnaire du pays. Cela n’est pas négligeable pour la suite des événements. Ce qui apparaît clairement, c’est que la gauche doit quitter le pouvoir, pour faire une cure de remise en forme dans l’opposition, pour tenter de soigner ses fractures, pour élaborer un programme de gouvernement sérieux, adapté à la situation et capable de faire sauter les verrous qui asphyxient notre économie. Tant que nous n’aurons pas compris collectivement qu’il existe dans notre pays des blocages spécifiques que l’on ne voit pas ou qui ont été surmontés chez nos voisins, nous ne retrouverons pas la place qui nous revient en Europe. Nous n’avons besoin ni de changer de Constitution, ni de prendre des mesures révolutionnaires, comme nous le proposent les extrêmes. Nous devons seulement adopter sincèrement une politique de l’offre, réduire l’obésité de l’État, développer la compétitivité de nos entreprises, admettre que notre « modèle social » est à la fois un atout et un handicap. C’est ainsi que nous créerons des emplois.

RICHARD LISCIA

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