Droite : la donne change

Fillon : la surprise (Photo AFP)

Fillon : la surprise
(Photo AFP)

La brusque remontée de François Fillon dans les sondages, qui lui accordent entre 18 et 20 % des voix à la primaire de la droite, modifie sensiblement le rapport de forces entre les trois principaux candidats, au profit de Nicolas Sarkozy.

POUR M. FILLON, l’embellie confirme ce qu’il a toujours dit, à savoir qu’il sera au second tour. Ce n’est vrai que si sa progression se poursuit, alors que nous sommes à six jours du premier tour. L’inattendue victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine doit nous rendre désormais extrêmement prudents quant à la véracité des enquêtes d’opinion. Il n’est pas impossible que M. Fillon recueille en réalité plus de suffrages que ne le disent les sondages. La principale remarque, c’est que son ascension se fait au détriment d’Alain Juppé qui, tout en restant en tête, perd environ six points, ce qui réduit l’écart avec M. Sarkozy. Alain Juppé, réaliste, déclare d’ailleurs que « rien n’est joué » et que c’est la raison pour laquelle il continuera à faire une campagne intense jusqu’à la dernière minute.

Trump a sanctifié la droite.

Le phénomène auquel nous assistons est dans l’air du temps. Il semble qu’il y ait une poussée de la droite la plus dure, qui s’estime sanctifiée par le succès de M. Trump et pense qu’elle apportera les remèdes aux maux dont souffrent les sociétés occidentales. M. Juppé se dresse comme un barrage contre la xénophobie, le protectionnisme (qui serait un effectivement un vecteur de la récession), et le creusement des inégalités. Il le fait cependant à sa manière, qui est toujours calme et apaisante, mais qui n’est peut-être pas adaptée au monde de brutes où nous vivons. Le triomphe de Trump n’a pas seulement chamboulé les États-Unis, soudain confortés dans le port des armes et le rejet de l’IVG. Il annonce peut-être le tsunami qui risque d’accompagner le séisme américain et gagner nos rivages.
Le maire de Bordeaux, pour autant qu’il lui reste du temps, doit durcir son discours. On peut être modéré avec vigueur et passion. Jamais la défense de l’humanisme n’a été aussi indispensable. Jamais une élection américaine n’a tant foulé aux pieds les attributs essentiels de la démocratie : le respect de l’adversaire, la subtilité du langage (abolie par les vomissures verbales des réseaux sociaux), l’exposé de dossiers complexes qu’on ne peut pas décrire en trois injures et quatre grossièretés. Enfin, il doit, quoi qu’il en dise, prendre ses distances avec François Bayrou, dont M. Sarkozy s’est servi pour bien marquer ce qui le différencie de M. Juppé, sans se douter que M. Fillon en profiterait.

Bon parcours de Fillon.

De ce point de vue, M. Fillon a fait un excellent parcours électoral, ne serait-ce que parce qu’il a le programme le plus élaboré et le plus « révolutionnaire ». Mais, quoi qu’il en dise et, si l’on en juge par les tentatives de réformes lancées par François Hollande, il y a loin de la coupe aux lèvres et du concept à l’application dans une société française affreusement attachée à ses acquis sociaux et à des structures qui font des syndicats, sauf la CFDT, des freins puissants à l’indispensable changement. L’ancien premier ministre ne doit pas détester Trump, lui qui a des faiblesses pour Poutine. On peut le suivre un moment sur ses réformes économiques et sociales, on peut douter de l’efficacité de la diplomatie qu’il entend mettre en oeuvre.
Il ne reste plus aux électeurs non encartés au parti Les Républicains qu’à aller voter pour empêcher que le second tour de la présidentielle oppose Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy, ce qui serait, pour beaucoup d’entre nous, un choix plus que médiocre. Au lendemain du 21 avril 2002, des millions de Français ont manifesté contre le danger représenté par Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Aux États-Unis, des dizaines de milliers de citoyens ne cessent de manifester après l’élection de Trump. Mais une manifestation, si sincère soit-elle, ne remplace pas un scrutin. C’est au moment du vote qu’il faut s’exprimer et, puisque la primaire de la droite est ouverte, les citoyens ont le droit de peser sur le résultat.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Droite : la donne change

  1. Andre MAMOU dit :

    La victoire de Trump ne peut profiter qu’à Sarkozy qui avait choisi de faire campagne sur l’identité de la France tout en faisant sien le programme de la droite républicaine sur l’économie : 35 heures, âge de départ à la retraite, ISF, dépenses publiques, baisse des impôts pour les entreprises et les classes moyennes, etc…
    Or il semblerait que Fillon soit le premier bénéficiaire du coup de théâtre américain. On peut risquer une hypothèse : les électeurs français ont enregistré la défaite de Clinton comme celle de l’establishment et certains se sont détournés d’un candidat clintonien comme apparaît Juppé. Et ils ont commencé à glisser vers Sarkozy mais ils n’osent pas encore le dire et ils avancent le nom de Fillon pour évacuer l’abandon de Juppé.
    Psychologiquement, ça tient la route !

  2. PSY TCC dit :

    Fillion n’a jamais dit qu’il avait de la sympathie pour Poutine (que je sache)…
    Il a dit qu’il fallait parler avec lui …la Russie .

    Réponse.
    Vous sachez mal.Il s’est rendu en Russie et il a eu des mots élogieux pour Poutine.
    R.L.

  3. yvan sobolewski dit :

    Dommage qu’il faille signer une profession de foi pour aller voter aux primaires, de droite ou de gauche, et ainsi ne pas être forcément honnête.

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