Pauvreté : à qui la faute ?

Un dîner de Noël des Petits frères des pauvres (Photo AFP)

Un dîner de Noël des Petits frères des pauvres
(Photo AFP)

Le Secours catholique a adressé une lettre aux candidats de la droite à la primaire pour qu’ils discutent des moyens de réduire le taux de pauvreté en France.

L’ORGANISATION caritative insiste sur une plaie sociale qui mine la cohésion de la société française. Le taux de pauvreté en France se situe à 14 % de la population. Il n’a pas diminué depuis 2000, sauf en 2004, où il est tombé à 12,6 %. La mesure de la pauvreté consiste à dire qu’un individu qui gagne moins de 840 euros par mois, soit seulement 60 % du revenu médian, ne peut décemment faire face à ses besoins essentiels. La barre est-elle trop haute ou trop basse ? Il est bien difficile de se prononcer. Si l’on retient la méthode de calcul, une famille de quatre personnes disposant de 3 300 euros par mois serait dans la pauvreté.

Une réalité douloureuse.

On peut se méfier des chiffres, pas d’une réalité douloureuse qui affiche de terribles inégalités de revenus. De plus, il est utile et efficace de situer la barre à un niveau élevé car, en dépit de la crise économique et sociale qu’elle ne parvient pas à surmonter, la France est un pays riche où tout le monde devrait bénéficier d’une vie décente. L’initiative du Secours catholique semble d’autant plus nécessaire qu’elle ramène la politique à ce qui devrait être son débat essentiel : comment faire de notre société un monde solidaire. Cependant, il est curieux que le Secours catholique ne s’adresse qu’aux candidats de la droite. La droite et la gauche sont également responsables des inégalités puisqu’elles n’ont cessé de gouverner alternativement ou ensemble depuis 35 ans. Le scandale ne réside pas uniquement dans le fait qu’il y ait tant de pauvres dans un pays riche, il se situe dans un système qui paie 600 milliards d’euros par an en prestations sociales, mais n’arrive pas, avec de telles sommes, à sortir neuf millions de personnes de la précarité.
Comment ne pas tirer de cette énorme contradiction la déduction que plus on aide les démunis, moins on les arrache à la misère ? Comment ne pas comprendre que ce dont ils ont besoin, ce n’est pas la charité mais un bon travail qui assure une vie correcte ? Pour prendre le chemin d’une société plus égalitaire, peut-être ne faut-il pas augmenter les aides sociales à l’infini. Si on peut tirer une leçon des hausses d’impôts censées financer les besoins de la population défavorisée, c’est que l’obésité de notre protection sociale a pour corollaire la précarité, aussi paradoxal que cela puisse paraître. En effet, plus les taxes sont élevées, moins il reste d’argent pour la consommation et pour les investissements. Si, au contraire on dégage assez d’épargne pour investir, on montera des structures de production qui créeront de l’emploi, payeront des taxes et embaucheront du personnel.

La dignité passe par le travail.

L’erreur consiste à croire que la générosité publique est l’alpha et l’oméga du bonheur français. C’est faux. Les gens ne veulent pas que de l’argent, ils veulent de la dignité. Beaucoup d’entreprises, obsédées par leurs profits, ne souhaitent pas, j’en conviens, jouer ce jeu-là. La réforme ne doit donc pas se limiter à un transfert des fonds publics vers les dépenses utiles. Elle doit concerner le fonctionnement des entreprises, qui n’ont toujours pas compris que, si les gens sont prospères, leur marché se développera. Il leur appartient d’investir davantage. Le problème crucial posé par le Secours catholique dépasse les convictions partisanes. Nous n’établirons jamais la justice sociale si nous augmentons complaisamment le nombre d’assistés. Certes le changement est difficile à opérer. Beaucoup de postes de travail ne sont pas occupés parce que les citoyens ne sont pas tous qualifiés. Il faut, en conséquence, faire un effort essentiel en direction de l’éducation et de la formation, ce qui implique une hausse du budget de l’Éducation nationale. En outre, le passage au plein emploi est d’autant plus compliqué que, en attendant que tout le monde ou presque, dispose d’un travail, il n’est pas question d’abandonner les déshérités à plus de misère. Cela montre que l’appel du Secours catholique porte sur l’unique enjeu de ces élections : ceux qui affirment que le scrutin de 2017 offre au pays une chance ultime de redressement n’ont pas tort.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Pauvreté : à qui la faute ?

  1. Andre MAMOU dit :

    « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain  » disait Ludwig Erhard , Chancelier de la RFA .
    La pauvreté en France est provoquée par la politique absurde qui consiste à élargir la protection sociale , à alourdir les charges sur les salaires, les taxes sur les entreprises, à décourager les entrepreneurs , surtout les petits patrons et les artisans , à inciter les chômeurs à  » profiter de leur chômage » , à saupoudrer la pauvreté de petites allocations qui démobilisent …
    Richard Liscia voit juste : il faut remettre à plat cette politique sociale qui a échoué et qui est si coûteuse .
    En 2017 ?

  2. JMB dit :

    Apprécions d’abord l’action du Secours catholique: ses membres mettent en harmonie leur religion sensible à la pauvreté et leur action. Quelque soit la religion ou l’idéologie, une telle attitude n’est pas très répandue. Il est passé le temps de la philosophie antique où l’on cherchait à convaincre autant par l’application personnelle de ses idées que par le discours.
    Arte a diffusé il y a quelques mois une série de science fiction intitulée “Trepalium”. Une société fonctionnait avec 20% de personnes soigneusement sélectionnées, les autres 80%, qualifiés d’inutiles, étaient relégués derrière un puissant mur.
    Un organisme adossé au forum de Davos a envisagé la perte d’emplois liée au numérique à environ 5 millions et demi. Déjà, Malthus expliquait la nécessité d’une augmentation de la productivité supérieure à celle de la population.
    L’objectif d’un employeur est l’entreprise sans salariés. Avec le numérique, il pourra se rapprocher de cet objectif. Dans la récente campagne présidentielle étasunienne, Mark Zuckerberg, soutien de Mme Clinton, souhaitait une évolution vers des États Unis où il n’y aurait que des master 2. Des chercheurs, des concepteurs, des cadres dans les pays développés, des petites mains dans les pays qualifiés autrefois de Tiers Monde, qui réalisent ce que les précédents ont conçu.

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