Le déclin de la politique

Angela superstar (Photo AFP)

Angela superstar
(Photo AFP)

Les événements politiques en France n’ont peut-être jamais été aussi surprenants depuis la création de la Vè République et jamais, dans le même temps, ils n’ont eu moins d’influence apparente sur notre vie quotidienne. Et cette analyse est valable pour le reste du monde.

PREOCCUPES par leur propre sort, qui dépend davantage des embarras dans les grandes villes et de leurs revenus, les citoyens français s’intéressent médiocrement à des convulsions historiques créant d’étranges situations : en quelques jours, le président de la République a renoncé à un second mandat, son Premier ministre a démissionné, et a été aussitôt remplacé, le pays est entré dans une phase électorale pleine d’incertitudes (bien malin est celui qui peut prévoir comment tout cela va finir) et, au fond, le sujet d’agacement qui est dans les têtes, c’est plutôt la restriction apportée au trafic automobile.
Il y a quelque chose d’irréel dans la nouvelle donne créée par les échecs de l’exécutif et pas seulement en France. L’Italie percluse de dettes renvoie dans sa ville natale un président du Conseil qui prétendait redresser un système parvenu à un stade avancé d’épuisement. Le Royaume-Uni se débat dans sa rupture avec l’Europe sans savoir exactement par quel bout la prendre. La victoire de Donald Trump aux Etats-Unis suffit à créer un environnement irrationnel que de fortes institutions ne parviennent pas à contrôler. Aux menaces du terrorisme islamiste s’ajoutent le danger de guerre commerciale entre l’Amérique et la Chine, les guerres sanglantes du Proche-Orient, le risque de crise bancaire et monétaire. Mais les marchés financiers atteignent des sommets, la vie continue malgré les horreurs de Syrie, d’Irak, de Libye, et en dépit d’une immigration clandestine incontrôlable. Pourtant, chacun d’entre nous, dans son coin, poursuit vaille que vaille sa petite existence anonyme.

Le cas allemand.

Le signe le plus fort du déclin de la politique (ou devrais-dire de la démocratie ?), c’est peut-être que l’effondrement de nos gouvernements ne nous inquiète plus. Les dirigeants passent, la routine quotidienne n’en est pas affectée. On discerne mieux le phénomène si on remarque que certains pays plus stables que le nôtre ne nous renvoient pas l’image symétrique du miroir. L’Allemagne, par exemple. Elle semble indestructible, et pas seulement parce qu’elle tire du chaos son épingle du jeu économique, que sa dette diminue, qu’elle dégage des milliards d’excédents commerciaux, que son taux de chômage baisse. Sa plus grande force, c’est sa stabilité politique et si elle y parvient, c’est grâce aux réformes économiques qu’elle a instaurées au début de ce siècle. Le triomphe personnel d’Angela Merkel est sans nul doute dû à son habileté politique. Il n’aurait pas été possible, cependant, si elle n’avait hérité de la bonne santé économique obtenue par les réformes de Gerhard Schröder, de la même manière que Tony Blair a tiré le meilleur profit des changements imposés à la Grande-Bretagne par Margaret Thatcher.

Pas de renaissance sans consensus.

En Allemagne et au Royaume-Uni, des partis opposés se passent le flambeau du changement. En France, ils se refilent une dette et un chômage toujours croissant. Aujourd’hui, dans la tourmente de l’Union européenne, la chancelière allemande annonce à ses troupes qu’elle est candidate à un quatrième mandat et elle est applaudie pendant dix minutes par l’assistance debout. Qu’elle ait ouvert les bras à l’immigration, qu’elle ait passé avec la Turquie un accord que Recep Erdogan menace de dénoncer, que nombre d’emplois allemands soient précaires, comme ne cessent de le rappeler les dirigeants français, qui semblent oublier que, en France, nous avons à la fois 3,5 millions de chômeurs et encore quelque millions d’emplois précaires, rien de tout cela n’a empêché son succès. Franchement, combien d’Allemands vont céder aux sirènes de l’extrême droite, combien vont préférer l’aventure à la tranquillité et combien voudront écarter Mme Merkel du pouvoir ?
Le déclin de la politique est lié au rejet de la réforme, il est induit par le marasme économique, par le chômage, par l’accroissement des inégalités. Pour changer les choses, pour échapper à la pente qui nous fait glisser vers la régression, il faut qu’une nouvelle direction nous propose des réformes drastiques. Il faut aussi, et surtout, que les gouvernés acceptent les propositions courageuses de leurs gouvernants. Pas de renaissance sans consensus.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Le déclin de la politique

  1. Elie Arié dit :

    Il ne faut pas oublier que Merkel gouverne, pour la deuxième fois, grâce à une coalition avec les socio-libéraux, ce qui, en France, serait impensable.

  2. Andre MAMOU dit :

    Les électeurs français porteront au pouvoir celui qu’ils estimeront le plus apte à réformer et à faire repartir l’économie . Mais les citoyens refuseront les sacrifices nécessaires , comptant sur ceux que devraient accepter d’autres qu’eux . PAS DE réforme sans consensus ! Comment le susciter ?

  3. Contrairement au peuple anglais, le peuple français n’a pas encore décidé de sortir de l’Europe. Contrairement au peuple allemand, le peuple français n’a jamais élu un Hindenburg …

  4. JMB dit :

    L’indice de fécondité est en Allemagne de 1,47, celle de la France de 2. Néanmoins, selon un reportage d’Arte, une femme mère de famille sur 5 regrette de l’avoir été en Allemagne.
    En 1991, la population de l’Allemagne nouvellement réunifiée était évaluée à un plus de 79 millions d’habitants, celle de la France à presque 57 millions.
    Par rapport à cette date, la population de l’Allemagne a progressé d’un peu plus de 2 millions en 2015, et celle de la France de près de 9,5 millions sur la même période.
    On se bouscule moins qu’en France sur le marché du travail en Allemagne (pour les autochtones).

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