Trump tel qu’en lui-même

Trump hier avec sa fille Ivanka (Photo AFP°

Trump hier avec sa fille Ivanka
(Photo AFP)

Il ne faut attendre de Donald Trump président rien de plus que ce qu’il a promis en tant que président-élu et en tant que candidat. Dans sa conférence de presse d’hier à New York, il a confirmé l’agressivité verbale, le narcissisme, le simplisme que tout le monde lui reproche depuis qu’il est apparu sur la scène publique.

« JE VAIS être le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé », a dit M. Trump lors de ses échanges acerbes avec la presse. Façon de rallier le peuple à une méthode de gouvernement qu’il n’a pas commencé à appliquer, dont les résultats sont plus qu’incertains et dont les modalités demeurent bien mystérieuses. On ne le croira pas sur parole, d’autant que, avant lui, Barack Obama a réussi à diviser le chômage par deux. On comprend que le président-élu se fâche quand on le harcèle au sujet d’un étrange rapport (non sourcé) qui l’accuse d’avoir eu des relations sexuelles avec des prostituées à Moscou, mais il a adopté l’étonnante manie de ne pas répondre aux questions qui lui déplaisent ou de nier en bloc sans entrer dans les détails. Pendant les quatre ans qui viennent, les journalistes auront beaucoup de mal à extirper de leur interlocuteur favori des éléments d’information susceptibles de les éclairer.

Dans un nuage.

Les déclarations de M. Trump forment un nuage qui empêche toute visibilité. Il continue à affirmer que le Mexique remboursera la construction du mur qu’il veut ériger entre les deux pays, mais le président mexicain affirme qu’il ne paiera pas un peso. Il veut démanteler le nouveau système d’assurance maladie, on lui souhaite bien du courage. Il s’oppose à toute contrainte écologique, son futur secrétaire d’État, Rex Tillerson, dit le contraire. Il sermonne les journalistes dont le questionnement ne lui semble pas suffisamment respectueux, alors que lui-même ne respecte personne. Ses vues protectionnistes constituent une excellente recette pour le désastre dans les échanges commerciaux du monde. S’il a une politique, qu’il énonce en mentionnant seulement les titres de chapitre, il est impossible d’avoir avec lui un dialogue dans lequel il expliquerait comment il résoudrait les problèmes que ses initiatives feraient naître.

Aficionados du trumpisme.

Dans les débats publics, et notamment en France, où l’on s’intéresse énormément au phénomène Trump, il existe un groupe de journalistes et d’intellectuels qui tente désespérément de le défendre parce qu’il croit voir en lui l’homme qui va engager aux États-Unis une immense réforme conservatrice. Ces aficionados du trumpisme n’ont toujours pas compris que Donald Trump n’est ni un démocrate ni un républicain, ni à gauche ni à droite, ni un progressiste ni un conservateur. C’est seulement un individu qui a construit sa fortune personnelle sur des méthodes contestables et qui pense qu’il peut faire à la tête de son pays ce qu’il a réussi dans le monde des affaires. L’élément aggravant de son dispositif, c’est qu’il s’est entouré de gens qui sont souvent des exemples de gloutonnerie financière, acquis à la puissance de l’argent, totalement indifférents à l’éthique et parfaitement incompétents en matière sociale ou diplomatique. La Chine et la Russie risquent de ne faire qu’une bouchée de ces néophytes dont l’objectif essentiel est certes de protéger les intérêts des États-Unis mais de le faire à partir du rapport de forces économique ou militaire, ce qui leur vaudra de pénibles représailles.
Bien entendu, je ne prétends nullement prédire l’avenir. Après tout, beaucoup de gens, pendant leur vie, sont soudainement saisis par la grâce. Je doute néanmoins que ce soit le cas de M. Trump, dont il n’est pas difficile de comprendre qu’il est complètement soumis à ses pulsions et que, pour lui, ce qui compte, c’est son aventure personnelle, qui l’a déjà conduit à un triomphe politique, mais au nom duquel il pense pouvoir faire n’importe quoi.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Trump tel qu’en lui-même

  1. Elie Arié dit :

    C’est curieux, j’ai aussi consacré mon billet d’hier (sur marianne.net)à cette étonnante conférence de presse de Trump et à son volontarisme industriel, qui n’est pas sans évoquer celui de Montebourg ; mais en rappelant tout de même que ce ne serait pas la première fois qu’un chef d’ Etat ne serait pas celui qu’on imaginait…Qui aurait pensé, avant leur accession au pouvoir suprême, que Deng Xiao Ping lancerait la Chine dans l’économie capitaliste, que Gorbatchev mettrait fin au communisme en URSS (et à l’ URSS elle-même ! ), que Giscard légaliserait l’ IVG en France, etc. ?

    Réponse
    Bien vu. Mais Trump n’a aucune des qualités de chef d’Etat qu’avaient Deng, Gorbatchev ou Giscard. Le volontarisme industriel de Trump est fondé sur l’annulation d’accord internationaux voulus et signés par le gouvernement américain. Les rayer d’un trait de plume est pratiquement impossible.
    R.L.

  2. JMB dit :

    Arte va diffuser ce lundi 16 le film de 2006 “Idiocraty”.
    Le héros, qui a été l’objet d’un expérience de cryogénisation, se réveille en 2505 dans un monde délirant de bêtise. L’eau est remplacé par une boisson énergisante verdâtre, la langue est devenue un argot vulgaire, le Président (des États Unis) est une ancienne star du porno.
    Le metteur en scène Etan Cohen reconnaissait; “Je n’avais pas prévu qu’Idiocraty deviendrait un documentaire”.

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