La France a changé

Macron et son épouse
(Photo AFP)

Avec presque 23,90 % des voix, Emmanuel Macron a remporté le premier tour de scrutin de l’élection présidentielle grâce une avance de deux points et demi sur la deuxième, Marine Le Pen, à 21,40. Avec 19,90 % des suffrages, François Fillon est éliminé, ainsi que Jean-Luc Mélenchon, qui le talonne à 19,60 %. Benoît Hamon recueille seulement 6,30 % des voix.

CES RESULTATS indiquent un bouleversement du paysage politique français beaucoup plus profond que le laissait croire une campagne constamment centrée sur les déboires judiciaires de M. Fillon et de Mme Le Pen. Par miracle, un jeune homme de moins de 40 ans, que personne ne connaissait il y a trois ans, s’est imposé au sein d’un maelström qui a permis aux deux extrêmes de réunir 42 % des suffrages. Ce qui signifie qu’une très forte minorité (et même une quasi majorité si l’on ajoute les scores obtenus par les petits candidats) s’est prononcée contre le partage du pouvoir entre la gauche et la droite, contre le « système », contre l’Europe, contre un certain nombre de libertés fondamentales. En outre, M. Macron lui-même, certes favorisé par des circonstances exceptionnelles (retrait de François Hollande, échec de Manuel Valls, problèmes personnels de M. Fillon, stratégie inepte de M. Hamon, affaiblissement de Mme Le Pen en fin de campagne), représente aux yeux de l’électorat une alternative franche à la domination socialistes-conservateurs.

Unique rempart contre les extrêmes.

Il va en bénéficier lors du second tour parce que, aux yeux de tous les démocrates, il apparaît comme l’unique rempart contre l’extrême droite et l’extrême gauche, dont le score est anormalement élevé et a infligé une déroute aux socialistes, victimes par ailleurs de leurs propres divisions. Il est essentiel que François Fillon ait appelé à voter Macron, comme presque tous les ténors des Républicains et que François Hollande et la gauche de gouvernement en aient fait tout autant. Cela n’empêchera pas les règlements de compte au sein des partis : un comité politique, puis un bureau politique ont eu lieu chez les Républicains et M. Fillon, qui « assume entièrement » son échec, s’est désisté : il ne sera pas le chef de file de la droite pour la campagne des législatives de juin.
En effet, si, pour l’instant, M. Macron est certain d’obtenir de multiples soutiens susceptibles de lui assurer l’élection à la présidence de la République, la gauche et la droite, très bien implantées sur le territoire, vont tenter d’envoyer une majorité à l’Assemblée nationale. Personne ne fera de cadeau à M. Macron à l’occasion des élections législatives et le risque existe d’un gouvernement de cohabitation qui, si LR parvient à surmonter ses divisions et ses guerres d’ego, pourrait être formé avec la droite.

Les outsiders dictent les règles.

Ce premier tour inaugure donc une période politique complètement nouvelle. Ce sont des outsiders qui dictent les règles; les deux grandes formations de gouvernement sont plongées dans une crise profonde qu’elles vont devoir surmonter au moment même où l’histoire semble les avoir rejetées sur le bord de la route ; l’extrémisme strident, intolérant et sectaire fait peser sur le pays une menace que seule une réduction du chômage pourra atténuer ; peu ou prou, le pays va s’investir dans Macron dont personne ne sait s’il peut affronter les vents violents qui soufflent sur la France.
La leçon de ce premier tour est rude pour quiconque a une idée bien ordonnée de la politique. Elle souligne l’extraordinaire intuition de M. Macron qui a su capter et canaliser la fureur populaire à son avantage et pour notre profit à tous, tant les alternatives à son projet sont alarmantes. Il a une chance inouïe mais, en même temps, il en a fait le meilleur usage. Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour comprendre que, au-delà des rebondissements imprévisibles d’une campagne complètement atypique, il y avait une lame de fond que M. Macron a récupérée partiellement. Macron, c’est un Trump sage qui a ramassé la mise.

Le parti-pris n’empêche pas la lucidité.

Je voudrais enfin saisir cette occasion pour faire une mise au point : le 6 mars dernier, soit il y a sept semaines, j’ai publié un blog intitulé : « La droite a déjà perdu ». Cet article, prémonitoire, et ceux qui ont suivi ont souvent été perçus comme injustes par un certain nombre de mes lecteurs soutiens de M. Fillon. Mais le parti-pris ne doit pas empêcher la lucidité. Les idées les plus folles, vote « secret » pour M. Fillon, sondages forcément faussés, et je ne sais quelles intentions funestes qui me furent prêtées ont alors imprégné certains courriers qui m’étaient adressés. D’une part, les sondages ont été, cette fois, en parfaite adéquation avec le résultat électoral ; d’autre part, envisager la défaite du camp auquel on appartient est une attitude adulte si les éléments d’appréciation dont on dispose l’affirment. La passion idéologique déforme le raisonnement alors que l’analyse fondée sur les faits permet de garder des idées claires ; et peut-être faut-il enfin accepter que le journalisme, si décrié aujourd’hui, est encore un métier.

RICHARD LISCIA

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21 Responses to La France a changé

  1. liberty8 dit :

    Dans 15 jours , des électeurs soutiens du LR comme moi, auront le choix entre la grippe et la peste. Beaucoup vont choisir la grippe, certain prendront du doliprane en restant chez eux.
    Deux réflexions : Fillon, par son obstination, comme ce blog l’a dit plusieurs fois, a jeté ses électeurs dans le choix ci-dessus. Il doit donc aller planter ses choux, méditer sur le bien-fondé de l’égocentrisme et apprendre à économiser pour payer ses avocats. Oui, c’est sévère mais il le mérite et il le sait. Si son parti ne le fait pas, s’il ne réalise pas l’électrochoc du bouc émissaire, pas si innocent que ça, la droite est morte.
    Juste un exemple sur le futur de Macron : question santé, son ministre possible de la Santé est un neurologue de Grenoble, socialiste (au fait ils déchirent leurs cartes du parti quand, tous ces transfuges ?) et rapporteur de la loi Touraine à l’Assemblée. Ses adjoints : Evin, Touraine (mais un homonyme), bref que des nouveaux comme on le sait et surtout des bons souvenirs. Voilà le changement promis pour nous médecins.
    Enfin je souscris complètement avec la dernière parti de cet article, oui le parti-pris ne doit pas affecter la lucidité.

  2. Michel de Guibert dit :

    La surprise de cette élection est que cette fois les sondages avaient vu juste !
    Je reconnais m’être trompé dans mes pronostics, même si les écarts entre les quatre premiers sont finalement assez faibles, et le résultat du 1er tour vous a donné raison, cher Richard Liscia.
    La suite demeure imprévisible : avec qui Macron, qui sera sans doute élu au 2ème tour, gouvernera et pour quelle politique ?
    Nouvelle Journée des Dupes ? Qui sera le Richelieu de Macron ?

    Réponse
    Vous avez tout à fait raison : l’avenir immédiat est très incertain. J’aurai plein d’occasions de parler des législatives et de la perspective, toujours possible, d’un gouvernement de cohabitation.
    R.L.

  3. Patrice Martin dit :

    A propos des sondages, leur parfaite réussite à la présidentielle rend leur parfait échec à la primaire de droite encore plus suspect à mes yeux (consigne de voter Fillon aux électeurs de gauche ?).
    Quant au résultat, j’avais annoncé à mon entourage au lendemain de la primaire de droite que Fillon ne serait pas élu en dépit de l’immense espoir que sa victoire avait fait naître. La raison en est que notre pays est politiquement trop immature pour entendre la voix de la raison. Il préfère écouter les sirènes de la démagogie, cette limite exaspérante de la démocratie. Demander des efforts à la population, même sans aller jusqu’à la sueur au sang et aux larmes, peut être couronné de succès au Canada, aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Pas en France.

    • Hank dit :

      Cessez d’imputer à des éléments extérieurs la responsabilité de l’échec de François Fillon. Notre pays est immature ? Balivernes ! Les Français sont parfaitement capables d’accepter de faire des efforts, quand bien même il faudrait transpirer, pleurer, voire même saigner (mais pas trop quand même !)…
      Ce que les Français n’acceptent pas, c’est qu’un responsable politique leur demande des efforts considérables, tout en vivant dans une opulence qui n’est pas due à ses mérites, mais à ses petits arrangements avec la loi, l’éthique et la morale.
      Dans cette élection, le principal ennemi de M. Fillon aura été lui-même…

      • Michel de Guibert dit :

        Que direz-vous quand Fillon sera blanchi par la justice ?

      • mXmF dit :

        Mais non, il ne s’agissait pas d’élire une rosière mais un homme d’État ! Connaissez-vous beaucoup de grands hommes d’État qui furent des exemples moraux ? Il n’y en a pratiquement pas. François Fillon proposait seul un programme fondé sur une nécessaire adaptation de notre pays à la situation mondiale actuelle. Mais ce programme était conservateur sur le plan sociétal, raisonnable en ce qui concerne l’immigration musulmane, favorable à un re-développement économique et modérément souverainiste : tout ce qu’abhorre la caste mondialiste, ultra-libérale et libertaire, exclusive bénéficiaire de la globalisation. Elle a su éliminer M Fillon. Mais seule l’Histoire pourra le confirmer.
        En attendant, des félicitations s’imposent aujourd’hui : chapeau bas à M Hollande, qui, interdit de fait d’élections présidentielles, a réussi à se faire ré-élire sans se présenter ! A défaut d’avoir été un bon président, il aura été un excellent stratège qui a su habilement utiliser tous le moyens à sa disposition, pour gagner – via Macron – une élection présidentielle quasiment ingagnable !

        • Michel de Guibert dit :

          Bien vu !
          Hollande grand gagnant de cette élection !

          Réponse
          M. Hollande a été contraint à se désister. Je ne vois pas comment il a gagné dès lors que M. Macron l’a quitté pour faire en sorte d’appliquer les réformes que M. Hollande n’a pas pu mettre en oeuvre. Cette simplification est le degré zéro de l’analyse.

          R.L.

      • Nicolette dit :

        Nous sommes d’accord avec votre analyse. C’est pourquoi il devrait y avoir un gouvernement resserré avec 15 ministres au maximum et une réduction du train de vie des membres du gouvernement. Il s’agit d’une mesure très symbolique mais indispensable. On a peu commenté la majorité obtenue par la CFDT, ce qui va dans le sens d’une acceptation des réformes.
        Je ne suis pas convaincue de l’élection de M. Macron car les électeurs ne suivront pas forcément les consignes de vote des éléphants des partis. Il a fait un faux pas en allant festoyer à la Rotonde, ce que les journalistes n’ont pas manqué de souligner, du reste. Il vend la peau de l’ours. Il va maintenant devoir remporter le deuxième tour. Il me semble également que l’on sous-estime les législatives et le risque d’un retour à la IVe république.

        Réponse
        A la Rotonde, il a invité ses secrétaires et ses gardes du corps. Aucun rapport avec le Fouquet’s. On a vite fait de fabriquer une réputation à un candidat et je suis totalement hostile à cette forme de diffamation. Le scrutin majoritaire à deux tours empêchera le retour à la IVè République. On peut toujours penser que M. Macron va perdre ou doit perdre, mais la question ne porte pas sur Macron, elle porte sur Le Pen. Il n’y a rien pour soutenir votre affirmation selon laquelle M. Macron vend la peau de l’ours.
        R.L.

        • Job dit :

          Rien n’est gagné tant que les électeurs ne se sont pas prononcés.
          Quant à la soirée à la Rotonde, il n’y a rien à en dire tant qu’il s’agit d’une soirée de remerciement aux secrétaires, gardes du corps. Mais je suis mal informée et j’ignorais que Stéphane Bern, Pierre Arditi, Line Renaud appartenaient à l’une de ces catégories.

          Réponse
          J’espère seulement qu’un vote de citoyen ne dépend pas de ces futilités. Peut-être vaudrait-il mieux chercher d’autres arguments pour couler Macron.
          R.L.

          • Job dit :

            Il ne s’agit pas de le couler. Il s’agit d’écouter « la France d’en bas » pour qui tout cela est perçu comme une provocation. L’extrême gauche a brandi la menace d’un troisième tour social. Marine Le Pen saura bien exploiter cela. D’autres se sont brûlé les ailes avant M. Macron.

            Réponse
            J’admire la logique qui voue à sa perte le vainqueur du premier tour. M. Macron, c’est certain, risque de se brûler les ailes, comme d’autres avant lui, comme d’autres après lui et comme Marine Le Pen, qui a fait une campagne médiocre et n’a pas eu la première place qu’elle convoitait.
            R.L.

    • JMB dit :

      48 heures avant le premier tour des présidentielles, dans une émission d’Arte consacrée au point de vue des journalistes étrangers sur cette élection, un correspondant allemand débuta son intervention en signalant que dans son pays un candidat comme M. Fillon aux aproximations et mensonges répétés n’aurait pu se présenter.
      Il est improbable de le comparer à Justin Trudeau, Mark Rutte et Angela Merkel.
      Le premier a introduit la parité dans son gouvernement et fait une place aux descendants des autochtones écartés jusque-là.
      Le second dirige un pays marqué depuis son origine par l’esprit de tolérance, la rigueur et la prospérité (dès le XVIIè siècle, sa situation était qualifiée par un historien comme “l’embarras des richesses”). Qualités qui caractérisent toujours ce pays.
      La troisième, fille de pasteur, concilie aussi rigueur et ouverture à l’autre.
      Ces dirigeants ont des qualités qui leur permettent de demander des efforts à leurs concitoyens.

  4. Patrice Martin dit :

    Après toutes ces consignes de vote de leurs leaders, Fillon en tête, en faveur de Macron, je pense que vous pouvez reprendre le titre de votre article : « La droite a déjà perdu », mais cette fois-ci à propos des législatives. Autant il était indispensable qu’ils appellent à ne pas voter Le Pen, autant appeler à voter Macron est inutile, puisqu’il gagnera de toute façon, mais surtout suicidaire et revient à admettre qu’on a déjà perdu les troisième et quatrième tours. Apparemment, c’est ce que fait Le Maire en se ralliant clairement à Macron. La macronite va-t-elle phagocyter la droite après avoir phagocyté la gauche ?
    Le résultat montre que Fillon a eu tort de se comparer à Vercingétorix : il n’était pas à Gergovie, mais à Alésia. En fait, il n’était que le Quintus Sulpicius à qui Brennus déclare « Vae victis ». Etait-il pour autant nécessaire que ses lieutenants jettent leurs épées aux pieds de Macron ?

    Réponse
    Ne pas voter Macron, c’est donner une voix à Le Pen. La droite a refusé de faire un choix politique qui l’aurait honorée. Premier objectif : se débarrasser de Le Pen. Ensuite, rien n’empêche la droite de faire une campagne des législatives susceptible de lui assurer une majorité à l’Assemblée nationale. « Vae victis » ? Mais qu’est-ce que ça vient faire dans une crise historique où la France joue sa peau ? Ce qui m’impressionne chez vous, c’est que la forme précède le fond. Vous voyez les lieutenants de Fillon jeter leurs épées aux pieds de Macron ! Mais on se moque complètement de ces figures de style ! Ce n’est pas une question d »hommes ou d’ego, c’est une question nationale, vitale, sauf bien sûr si vous êtes lepéniste et, dans ce cas, inutile de perdre son temps à vous convaincre.

    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Oui, mais la curée des responsables au sein des LR sur le cadavre encore chaud de Fillon et la juppéisation des esprits ne peut que renforcer le Front National…
      Cela fait des dizaines d’années que l’on renforce le Front National en prétendant le combattre et en instrumentalisant la menace pour se faire réélire ; comme le disait justement Pascal Perrineau la diabolisation du FN est une stratégie vaine.
      Le vrai combat est un programme clair pour redresser la France, ce qu’a voulu et ce qu’a tenté Fillon, sans succès à cause d’affaires soigneusement distillées tous les mercredis…

      • PSY TCC dit :

        Bien exprimé, et très clairement. Mais les manipulations médiatiques ne relaient pas cela. Où se situent les problèmes ? A l’Elysée, peut-être ? Sûrement.

        Réponse
        C’est tellement évident qu’il n’y a aucun problème chez LR ou au PS. L’harmonie règne, n’est-ce pas ? Il vaut mieux continuer à croire à des balivernes, au cabinet noir, au complot, au coup d’Etat et au putsch. Et bien sûr, tout ça, c’est la faute de la presse, pas celle des électeurs.

        R. L.

  5. liberty8 dit :

    Attention a tous : « le parti pris ne doit pas affecter la lucidité ».
    Les électeurs se foutent complètement des consignes de vote. Que la droite, le PS et Tartempion donne des consignes ne changera rien à la décision des votants de tout bord.
    Leur décision se fera sur des costumes, des emplois fictifs, des soirées a la Rotonde, sur une belle gueule ou l’inverse , bref sur des considérations qui ne seront pas forcement réfléchies politiquement ou économiquement.
    Alors franchement savoir pour qui va voter Bidule, je m’en fiche. Je trouve que dire  » je vote personnellement pour X mais je vous laisse le choix en votre âme et conscience » est une attitude adulte. Les autres attitudes ne sont que gesticulations.
    L’attitude actuelle de Macron qui est faite d’immobilisme et dont le maire de Lyon donne le tempo : « C’est à Marine de ramer, pas à nous » me laisse complètement pantois. Vraiment dans 10 jours il va falloir que je lutte contre la paralysie de mon bras droit pour mettre son bulletin dans l’urne.

    Réponse
    Macron ne fait rien ? Mais comment croyez-vous cette baliverne ? Aujourd’hui même, il est à Whirlpool, face à Marine Le Pen. Vous croyez que c’est drôle ?
    R.L.

    • liberty8 dit :

      Non c’est Le Pen qui court-circuite Macron en invité surprise sur le site de Whirlpool. Macron a été pendant deux jours trop discret, trop statique, c’était une stratégie élaborée par ses conseils , Collomb en premier (d’où sa repartie face aux cameras).
      Je ne trouve pas ça drôle du tout, je trouve ça complètement à côté de la plaque. Il faut l’attaquer frontalement, partout, sur tout et non pas lui laisser comme aujourd’hui une longueur d’avance.
      On parle de quoi ce jour dans les médias : du mauvais coup de Le Pen sur Macron, pas de la visite de Macron à Whirpool.

  6. Patrice Martin dit :

    Je ne partage pas votre stress quant au résultat du deuxième tour : à plus de 60 contre moins de 40, la messe est dite et moi je crois aux sondages. Mon angoisse, c’est le résultat des troisième et quatrième. Toute action compromettant un minimum de succès dans cette dernière étape me paraît extrêmement nuisible. C’est l’opinion de Georges Fenech : quelle meilleure façon de perdre aussi cette élection si ce n’est d’appeler à voter pour Macron pendant deux semaines puis contre lui pendant les deux suivantes ? Quelle meilleure façon de gonfler encore les effectifs du Front national en précipitant chez lui un grand nombre de fillonistes exaspérés par la perte de la présidentielle et la perspective d’une France « multiculturelle » qu’ils récusent ?
    La meilleure façon de lutter contre le Front, qui n’a jamais eu mon bulletin de vote et ne l’aura jamais, n’est pas de le conspuer mais d’infléchir la ligne politique de Macron dans le sens de nos idées et de nos valeurs, pour éviter un nouvel échec face au chômage et à la dette, lequel conduirait à la prise de pouvoir par l’un ou l’autre des populismes.
    Pour cela, faute d’un président, il nous faut des députés.

    Réponse
    Bonne et rationnelle explication. Il me semble néanmoins évident que, si Macron ne fait pas une bonne campagne d’entre deux-tours, il perdra, en dépit des sondages qu’il ne faut ni croire ni ne pas croire. Je suis très à l’aise dans un rôle qui consiste à réclamer son civisme et son engagement au lecteur. Je n’aime pas votre mot conspuer. Pour ma part, je ne conspue personne et mes articles sont toujours très modérés, bien plus modérés que ce qui je dis dans mes conversations privées.
    R.L.

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