Le séisme et ses répliques

Hollande le 24 avril
(Photo AFP)

Pour les deux partis dits de gouvernement, qui devraient cesser de gouverner pendant cinq ans, la défaite est un tremblement de terre dont les multiples répliques vont se poursuivre pendant des années.

LE CHOC subi par le PS et LR est encore difficile à évaluer mais les deux journées qui ont suivi le premier tour de scrutin ont déjà révélé l’ampleur des failles. A gauche, les artisans acharnés de la déroute, cette minorité du PS qui ne s’est emparée du parti que pour mieux en saper les fondements, tentent désespérément de remodeler le PS à leur image en excluant littéralement Manuel Valls et ses amis qui, eux, préconisent le vote Macron. De son côté, François Hollande, dont le rôle aura été essentiel dans la descente aux enfers, s’efforce de garder, pour quelques malheureux jours encore, le magistère moral : il s’agite, commente une scène politique chamboulée, donne des conseils paternels au seul homme qui, aujourd’hui, apporte une offre politique alternative au Front national. Le président de la République s’inquiète à juste titre d’une complaisance qui se fait jour un peu partout à l’égard du FN, il en rappelle l’action délétère, il signale à Emmanuel Macron que « rien n’est encore fait », que Mme Le Pen peut encore gagner, toutes vérités utiles mais qui omettent l’essentiel : M. Macron a fait ses preuves. Il s’empresse d’ailleurs de rappeler son score incroyable : il a coiffé Marine au poteau, elle qui était censée arriver en tête et, nous dit-il en quelque sorte, si vous avez mieux que moi pour la combattre, dites-moi qui.

La consanguinité Mélenchon-Le Pen.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui, en 2012, prétendait battre Mme Le Pen à Hénin-Beaumont et à qui elle infligea une défaite retentissante, l’homme qu’elle vient de battre derechef dimanche en l’éliminant de la course, il vit si mal son échec qu’il laisse ses troupes, soit 20 % des suffrages exprimés, s’éparpiller entre divers courants, FN compris, miracle produit par une relation haine-amour qui en dit long sur la consanguinité des adeptes secrets du totalitarisme. Les électeurs de la France insoumise croient-ils que M. Mélenchon est un authentique socialiste ? Qu’ils le fassent savoir massivement en votant contre Mme Le Pen. Sinon, qu’ils osent dire qu’ils préfèrent le chaos français.
Si encore la droite était capable d’essuyer une défaite avec dignité. Si encore elle était capable de parler d’une seule voix et de dire que l’alternative FN n’en sera jamais une pour les vrais démocrates. Mais non, elle préfère « finasser », comme le constate Alain Juppé, et se perdre dans de compliquées constructions de l’esprit qui, au lieu de déclencher un vote massif contre le plus grand danger moral, économique et social auquel la France ait été confrontée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, laisse finalement ses partisans se prononcer contre M. Macron, s’ils le souhaitent.
Ce consternant degré d’irresponsabilité indigne d’autant plus que droite et gauche, dans leur lamentable impéritie, ont pratiquement tout fait, depuis le coup de semonce de 2002, pour renforcer le Front national, pour en faire un parti comme les autres, ce qu’il n’est pas, pour lui donner les lettres de créance qu’il ne mérite pas. De Lionel Jospin, qui n’a rien vu venir, à François Hollande dont la très inefficace politique économique a nourri à la fois le chômage et le populisme, de Jacques Chirac qui n’a pas compris la leçon unitaire qu’il eût dû tirer de sa victoire contre Jean-Marie Le Pen, à Nicolas Sarkozy, arpenteur en chef du maquis FN, et à François Fillon qui, entre l’intérêt général et sa petite personne, a préféré la seconde, ils ont tous contribué à l’avènement d’une force à la fois consciente de sa puissance destructrice et prête à l’employer. Sous le prétexte de déclencher une révolution qu’elle juge salutaire mais qui, en réalité, achèverait ce qu’il nous reste de raison, d’intelligence et d’humanisme.

De Pétain à de Gaulle.

Chez les Républicains, il y a ceux qui, comme Christian Estrosi, veulent exclure les militants prêts à voter FN et ceux qui, comme Georges Fenech, (il avait milité furieusement en faveur du désistement de François Fillon et annoncé la déroute de LR), ou Pierre Lellouche, hostile au contenu du programme de M. Macron, qui se refusent à voter pour le vainqueur du premier tour sans nous dire ce qu’il adviendra : Marine Le Pen à l’Elysée, avec toutes les conséquences de ce résultat mortifère. Mais où est leur logique ? Où est leur bon sens ? Comment peuvent-ils rester aveugles à ce mouvement de l’histoire qui les ridiculise, signe leur arrêt de mort politique sans qu’ils songent enfin à freiner l’inéluctable mouvement et sans offrir au pays les chances ultimes de son redressement ?
Ce n’est pas Marine Le Pen qui créera des emplois, qui réduira nos dépenses publiques, qui désendettera la France, qui renforcera son rôle diplomatique, qui l’abritera des vents mauvais, qui la protègera contre le fanatisme, le terrorisme, la violence du monde. De Mélenchon à Fenech, ils ne nous promettent pas autre chose que la soumission au populisme, le repli, l’effacement français. Tous, aujourd’hui, se réclament de de Gaulle, tous le trahissent, en refusant de combattre l’héritière du pétainisme qui prétend appartenir à la Résistance.

RICHARD LISCIA

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10 Responses to Le séisme et ses répliques

  1. Michel de Guibert dit :

    « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » (Bossuet)

    Réponse Les citations ont cet avantage qu’elles peuvent s’appliquer à n’importe quoi. J’en conclus que si M. Fillon n’avait pas salarié sa femme et ses enfants, on n’en serait pas là.
    R.L.

    • ReverendFR dit :

      Avec des si on mettrait Paris en bouteille

    • Michel de Guibert dit :

      Je ne parlais pas de Fillon (!), mais de ceux qui, à force de diaboliser le Front National et d’instrumentaliser cette menace pour se maintenir au pouvoir n’ont cessé de faire croître son influence et son poids électoral tout en prétendant le combattre !
      Réponse.
      Je sais que vous ne parliez pas de Fillon. Je disais que les belles maximes s’appliquent à des tas de cas différents. Sur le FN, il ne faut rien dire et lui donner les clés du pays ? Arrêtez avec ce mot: diaboliser. Personne ne diabolise personne. Le Pen, c’est Vichy, c’est l’anti-de Gaulle. Tout le monde a le droit d’être pour le Front, mais tout le monde a aussi le droit de le combattre. Ne vous attendez à aucune nuance dans ma dénonciation du FN.
      R.L.

      • Num dit :

        Certes. Enfin, en l’occurrence, Mme Le Pen a dernièrement affirmé que la France n’était pas responsable de la rafle du Vel d’Hiv car Vichy n’était pas la France, ce qui fut la position du général de Gaulle (ainsi que celle de MM. Pompidou, Giscard d’Estaing et Mitterrand) pour qui la France était la France Libre à Londres.
        Donc, un peu abusif de dire qu’elle est Vichy et l’anti-de Gaulle.

        Réponse
        Ce « un peu abusif » est une deuxième mort pour les victimes du Vél d’Hiv. Ce n’est pas parce que de Gaulle voulait réunifier le pays après la guerre sur le mythe d’une France totalement résistante que ce mythe était vrai. La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français par Jacques Chirac est l’acte majeur de ses deux mandats, comme le fut l’abolition de la peine de mort par Mitterrand. Si la France n’est responsable de rien, cela revient à dire que 13 000 personnes ne sont pas mortes dans les camps. Mme Le Pen est donc une révisionniste historique, conformément à ses choix idéologiques fondés sur le populisme, l’aveuglement, la haine et la peur. Plus vous direz le contraire, plus je répéterai ma conviction, surtout en période électorale.
        R.L.

        • mathieu dit :

          Au moins Mme Le Pen rejette-t-elle officiellement et radicalement l’héritage de Vichy, ce qui est un tournant dans l’histoire du FN…

  2. liberty8 dit :

    Stratégie, tout n’est que stratégie.
    Chez LR en disant : je vote Macron ( Juppé, Baroin, NKM, etc) , je vote blanc ( Wauquiez) et même pour la diva ( je vote le Pen) déculpabilise un électorat à cran, revanchard et très partagé ( 50 Macron, 30 le Pen et 20 abstention ou blanc). Bref des voix pour les législatives plutôt qu’un éclatement.
    Bienvenu IRL ( in real life)
    Encore une fois les électeurs ne tiennent pas compte des consignes de vote.

    Réponse
    Certes, il faut compter sur les électeurs. Certes, on n’a pas à leur dire comment voter. La question n’est pas là. Elle a trait au manque de courage politique de ceux qui font de la politique et ne distinguent pas entre le contingent et l’essentiel.
    R.L.

  3. FRANCOIS PERNOT dit :

    Je vous trouve très injuste vis à vis de François Fillon. On est en train d’apprendre qu’il était prêt à laisser sa place avant le Trocadéro mais qu’une lutte Juppé-Sarko en a décidé autrement; est-il donc cet homme entêté que vous stigmatisez ? Fallait-il pour faire gagner la droite prendre un homme qui n’en avait plus très envie et à qui l’on demandait de plus d’appliquer un programme qui n’était pas le sien; programme qu’une majorité de la droite avait approuvé et que vous-même teniez, à un moment, comme le meilleur pour redresser la France; qu’auriez vous dit si Juppé ou un autre avaient échoué de la même façon en prenant un programme en marche qui n’était pas le leur ou un autre que les électeurs de droite n’avaient pas approuvé ? Que la droite avait manqué de courage dans la tempête? Ou une autre raison que les journalistes ont tant de facilité à trouver a posteriori?

    Réponse
    C’est quand même étrange : vous m’apostrophez au sujet de M. Fillon, que je n’ai pas cité une seule fois dans cet article. Je n’ai donc stigmatisé personne, d’autant que M. Fillon a annoncé son vote pour M. Macron, et vos arguments n’ont pas le moindre fondement, pas plus que votre sortie contre les journalistes, qui auraient, selon vous, des desseins occultes. Evidemment. Cependant, dire que M. Fillon n’est pas entêté, imaginer que M. Juppé lui aussi aurait perdu, croire que M. Fillon n’a pas participé aux tractations avec M. Sarkozy qui lui ont permis de rester dans la course, tout cela fait de vous un piètre analyste. Enfin, mon soutien au contenu du programme de M. Fillon est retourné contre moi, Le comble de la logique. A tout hasard, je vous rappelle que M. Fillon a perdu, que la droite et le centre ont été éliminés du second tour. Pas besoin d’être « injuste » avec qui que ce soit. Les faits parlent d’eux-mêmes.
    R.L.

    • FRANCOIS PERNOT dit :

      Je ne vous imaginais pas aussi susceptible,; je ne pensais pas que ma réflexion puisse déclencher une telle ire de votre part ; je ne m’attendais pas à me faire remettre à ma place avec une telle virulence : dire que je suis un piètre analyste est une chose, le démontrer clairement en est une autre et c’est cela le vrai travail d’un journaliste : expliquer de façon convaincante que l’interlocuteur se trompe, si c’est vraiment le cas! Quant à affirmer que vous n’avez pas cité une seule fois François Fillon dans votre article c’est soit mentir effrontément, soit ne pas l’avoir relu avant publication : « François Fillon qui ,entre l’intérêt général et sa petite personne a choisi la seconde »: « les faits parlent d’eux-mêmes ! » dites-vous.

      Réponse
      Je vous accorde que j’ai cité François Fillon, ce que j’aurais dû voir avant de répondre. Ce qui ne change rien à ma position. L’article ne portait pas sur lui. Quant à ma susceptibilité, elle n’est pas la moitié de la vôtre. Vous estimez sans doute que vous pouvez attaquer quelqu’un et le réduire au silence. Je me suis expliqué, dans ma réponse, sur le cas Fillon. Vous estimez que je n’ai rien démontré. C’est votre affaire. Je ne vois pas pourquoi je dois subir toutes ces agressions et ne jamais y répondre. Vous êtes donc un excellent analyste, je vous rends hommage et je continuerai à corriger votre syntaxe.
      R.L.

      • mathieu dit :

        Il est facile de dire, a posteriori, que Fillon était près à laisser sa place! Ce n’est pas ce qui ressort de son discours du Trocadéro ni de son intervention du même soir sur TF1, qui ne laissait pas le moindre entrebaillement de porte à un plan B! Quant à son programme, prétendu unique dans ses solutions, il ne différait que par de subtils dosages entre les divers candidats de la droite (Juppé, Sarkozy, Fillon au 1er chef): âge de retraite, suppression de fonctionnaires, aménagement des 35h, assouplissement du travail… reconnaissons- le, il n’y avait qu’un seul programme de droite, le même plat de résistance, partagé par tous les candidats, chacun y amenant son propre condiment… Le mythe du « programme-Fillon » inapplicable par d’autres a fait long feu!

      • FRANCOIS PERNOT dit :

        Redevenons courtois : je voulais seulement dire que personne ne sait ce qui s’est passé exactement dans les tractations « pré-Trocadéro » ou alors si vous le savez, dites le moi et si j’apprends qu’il existait une solution vraiment crédible pour la droite à ce moment là je serais prêt à changer d’avis : je n’ai pas pour FF un amour immodéré et reconnais parfaitement toutes ses erreurs qui m’ont aussi déstabilisé mais je ne veux pas condamner quelqu’un sans preuve ; le seul élément dont je dispose est la réflexion très dure de Juppé à la suite de cette réunion mais cela ne me suffit pas malgré l’estime que j’ai pour lui : la haine devient si proche de l’amitié en politique que l’on a du mal à juger sereinement en étant en dehors; ceci étant je voulais seulement préciser que rien ne prouve qu’un autre candidat de la droite aurait fait un meilleur score que FF. Je ne mets pas comme vous la responsabilité de la montée du FN totalement sur le dos des différents partis politiques au pouvoir depuis 20 ans mais sur le chômage, la paupérisation d’une partie de plus en plus grande de la population que la mondialisation aggrave et plus particulièrement en ce moment précis sur la peur justifiée de l’islamisme (vous me rétorquerez sans doute que c’est aussi le travail des hommes politiques mais le dire est plus facile que le faire); pour moi comme pour vous le choix Le Pen serait la pire des catastrophes pour notre pays mais nous en portons tous une part de responsabilité, journalistes compris. Enfin je ne prétends nullement être un analyste politique de haute volée ayant passé la plus grande partie de ma vie enfermé dans un bloc opératoire ; pour terminer ce propos je n’ai jamais laissé entendre que les journalistes avaient des desseins occultes mais qu’il est plus facile de refaire l’histoire a posteriori ; voilà simplement ce que je voulais dire et peut-être le ton de mon premier commentaire était -il un peu trop véhément et si je vous ai choqué je m’en excuse ; je ne vous demande pas de me répondre, sauf envie pressante, car nos passes d’armes vont finir par lasser tout le monde ; sans rancune.

        Réponse
        Je sais très bien ce qui s’est passé le jour du discours du Trocadéro, je l’ai écrit abondamment dans un blog antérieur et je le répète : M. Juppé était prêt à prendre le relais, M. Sarkozy lui a fait barrage en négociant avec M. Fillon une solution qui maintenait M. Fillon dans sa position de candidat en échange d’une présence des sarkozystes autour de lui, notamment celle de M. Baroin, censé devenir Premier ministre. Je constate que cette solution n’en était pas une, que M. Fillon a échoué et que nous devons à M. Sarkozy ce résultat lamentable. Je ne dis pas non plus que M. Juppé se serait qualifié pour le second tour, je n’en sais rien. Il ne s’agit nullement de condamner M. Fillon, mais de comprendre comment les choses se font et se défont.
        R.L.

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