Bataille au finish

Présent au second tour, à sa manière
(Photo AFP)

A trois jours du second tour de la présidentielle, la journée sera marquée par le débat télévisé de ce soir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui promet d’être vif et risque de ne pas clarifier les positions de chacun des deux candidats.

CE MATIN, sur France Info, un débat entre Florian Philippot et Richard Ferrand, un des très proches de M. Macron, a vite tourné à l’empoignade et on ne peut pas dire qu’il ait éclairé les intentions d’En Marche ! et du Front national. C’est à la fois regrettable et inévitable, tant la tension, depuis les résultats du premier tour, a été portée à son comble par une Le Pen survoltée, qui a réinventé son vocabulaire pour mieux disqualifier son rival. Si le démarrage de la campagne du second tour a été défavorable à M. Macron, la deuxième semaine de confrontation a fait perdre des plumes à la candidate. Il n’est pas sûr que son mariage de raison avec M. Dupont-Aignan compense par plus de suffrages la perte de crédibilité ; pour réduire la contradiction entre cette alliance et sa position, elle est entrée dans des explications qui font qu’on ne comprend plus rien de ce qu’elle entend faire, sur un sujet, l’euro, qui inquiète énormément l’électorat ; prise en flagrant délit de plagiat, elle a renvoyé le Front à sa réputation sulfureuse, faite de petites ou grandes malhonnêtetés ; sa loghorrée, où le mot oligarchie est présenté comme l’alpha et l’oméga de sa vision politique, commence à lasser ceux qui l’écoutent avec le plus de bienveillance.

Une abyssale incompétence.

La vérité est que Mme Le Pen ne résiste guère au choc du réel. L’histoire de l’euro, abandonné puis maintenu, supprimé immédiatement ou dans deux ans, remplacé par la coexistence de deux monnaies, une nationale, une autre pour les échanges, effacé ou non par un référendum, puis la référence à l’écu ou au serpent monétaire, dispositifs qui ont précédé la monnaie unique mais ne sauraient coexister avec elle, révèle en définitive une abyssale incompétence. Donner le pouvoir à des gens qui restent incapables d’expliquer ce qu’ils ont conçu, voilà où réside le danger, sans compter la brutalité d’un programme qui, non seulement mettrait la France à genoux, économiquement et socialement parlant, mais réduirait sensiblement nos libertés.
Ôtez le désengagement de l’Europe et de l’euro et la plate-forme du FN se réduit à quelques mesurettes dont le financement est bien aléatoire. Il est très facile de diminuer de dix pour cent l’impôt sur le revenu, encore faut-il financer une décision qui coûterait plus de six milliards à l’Etat. Et tout est à l’avenant. S’exprimant « au nom du peuple » et non plus d’un parti infiltré par des néo-fascistes et des nazillons, Mme Le Pen nous dit : « Plus social que moi, tu meurs ». L’effort de banalisation ainsi entrepris rappelle l’entrisme du FN dans les syndicats pendant les années 90. L’expérience n’a pas duré longtemps et, aujourd’hui, Mme Le Pen entend mener ses réformes tambour battant, sans trop se préoccuper de ces deux-tiers du pays qui lui sont de toute façon hostiles.

Immense confusion des valeurs.

La gauche de Jean-Luc Mélenchon, qui sort galvanisé, sinon triomphant, du premier tour, ne renforce guère l’exercice de la démocratie. M. Mélenchon est allé consulter les 450 000 adhérents de la « France insoumise » et environ 250 000 ont répondu à ses questions. Les deux-tiers votent blanc ou s’abstiennent, le troisième tiers vote Macron. Toujours se référer au peuple, quel bel exercice démocratique ! Sauf que le chef du Parti de gauche a chauffé ses troupes à blanc avant de leur demander leur avis et qu’il a obtenu ce qu’il voulait, un très faible soutien à Macron et tant pis si Le Pen est élue.
On s’habitue à tout, y compris à l’affaissement de la droite et du PS et à l’immense confusion des valeurs que nous proposent ces deux démagogues forcenés que sont Le Pen et Mélenchon. Oui, ils représentent à eux seuls au moins 40 % de l’électorat et c’est pourquoi une éventuelle victoire de M. Macron ne sera pas suffisante pour panser les plaies de la société française. Oui, tout a basculé depuis le premier tour car non seulement les partis de gouvernement ont été chassés du pouvoir mais les formations soumises à la tentation totalitaire mènent un bal infernal. Nous avons tous compris et dit qu’il y a une France qui souffre depuis trop longtemps et que la droite et la gauche n’ont pas su lui apporter le réconfort et les solutions économiques et sociales qu’elle méritait. Pour ma part, je milite depuis des décennies pour une lutte anti-chômage et anti-inégalités qui se donne les bons moyens fiscaux pour redresser le pays. La négligence des gouvernements qui se sont succédé, les blocages insensés de la société française, l’indigence des nostalgiques de temps révolus ont contribué à une dérive : le vent se lève contre la démocratie.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Bataille au finish

  1. Michel de Guibert dit :

    Au-delà de la logorrhée et de la démagogie, le véritable enjeu sera l’après élection présidentielle, autrement dit avec quelle majorité Macron (ou plus improbablement Le Pen) gouvernera et pour quoi faire…

  2. ARNOULD Olivier dit :

    Il est étonnant de voir l’attirance vers l’extrême, le romantisme de la révolution.
    Mais l’histoire est sans pitié: toutes les tentatives de main-mise sur un pays par des extrémistes se terminent dans le sang.
    Et enfin, il suffit de voir, pas très loin de nous, où mène un dirigeant extrémiste: la Turquie, avec M. Erdogan.
    Si vous voulez voir vos libertés se réduire comme peau de chagrin, si vous acceptez les purges, si vous ne craignez pas l’arbitraire policier, votez extrémiste; mais, demain, ne venez pas pleurer.
    Il faut voter, dimanche, pour tuer le serpent, ne lui laisser aucun espoir. Et tant pis si le candidat n’est pas votre champion; au moins, il respecte les règles de notre démocratie.

    • Labro François dit :

      Ce discours devient lassant car il n’est basé sur aucune preuve.
      Soit le FN est un parti anti démocratique et on l’interdit, soit il ne l’est pas et il est permis. Quels faits indiquent qu’il refuse le résultat d’une élection auquel il se présente ?
      Passe-t-il son temps à brûler des policiers comme l’extrême-gauche ?

      Réponse
      Autrement dit, le FN ne doit être jamais critiqué ? La France insoumise est un parti tout aussi légal que le FN, elle n’a trouvé ici aucune complaisance. Pourquoi ne dites-vous pas que vous êtes séduit par le Front ? Si le « discours est lassant », êtes-vous obligé de le lire ?
      R.L.

  3. mathieu dit :

    « Le FN ne doit être jamais critiqué? »… Dieu sait qu’il l’est (c’est heureux), mais certainement plus largement qu’à son tour, et c’est peut-être ce systématisme, véritable marronnier du journalisme politique qui en arrive à en lasser certains? Jacques Brel raillait jadis les scandeurs de « paix au Viet Nam! », il pourrait y associer aujourd’hui les lanceurs de « mort au FN! », repris par la presque intégralité de l’espace médiatique et politique!
    …Et c’est, finalement heureux! Mieux vaut une société qui se refuse obstinément à banaliser l’exclusion de l’autre (je ne veux employer le mot « extrémisme » qu’avec prudence), qu’une France complaisante qui dirait « laissons faire le sale boulot à d’autres et détournons le regard ».
    Plus concrètement, là où l’on ne peut que rejoindre notre chroniqueur, c’est face à l’incompétence économique sidérale de la postulante à l’investiture suprême, qui n’a d’égal que l’aplomb sidérant qui l’amène à la convoiter! Son père était plus sage et se cantonnait au très durable et confortable métier d’opposant et de trublion institutionnel. Evitant prudemment le terrible vertige qui ferait suite lundi matin à une victoire inattendue.

    Réponse
    Trop aimable.
    R.L.

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