Le cas italien

Voter à Venise
(Photo AFP)

Deux régions du nord de l’Italie, la Lombardie et la Vénétie ont participé à un référendum légal sur l’obtention d’une plus grande autonomie. Lombards et Vénitiens ont voté massivement en faveur de leur affranchissement du pouvoir central à Rome.

LE CAS ITALIEN n’a rien à voir avec le séparatisme catalan en Espagne. La Lombardie et la Vénétie n’envisagent pas de devenir indépendantes (même si l’extrême droite a déjà nourri l’indépendantisme avec le concept de « Padanie »). Non seulement le référendum était autorisé par le gouvernement italien, mais il s’agissait, en l’occurrence, de conquérir de nouveaux droits, notamment sur la redistribution des richesses par la fiscalité. Les deux régions italiennes sont mues par l’idée que, si Rome leur lâchait la bride, elles seraient mieux gérées et s’enrichiraient davantage. La preuve de ce qu’elles affirment est flagrante : elles reçoivent de l’État 70 milliards d’euros de moins que ce qu’elles lui donnent par le biais des impôts. L’Italie souffre en effet d’une énorme disparité entre le Nord riche, entreprenant et prospère et le mezzogiorno, sous-développé, pauvre, livré à la criminalité de la mafia et de Cosa Nostra, malgré des investissements et des transferts financiers colossaux, que les réseaux du grand banditisme s’approprient grâce à la corruption des élus.

Une unité récente.

La réaction des Italiens du Nord résulte d’une disparité économique, sociale et culturelle entre régions riches et pauvres. L’italien, langue nationale, est encore très concurrencé par des milliers de dialectes. L’unité italienne est récente, elle remonte à 1861, avec l’avènement de la monarchie grâce aux efforts de Garibaldi et de Cavour. Depuis, le fossé qui sépare le nord du sud n’a pas été vraiment comblé, même après la lutte acharnée des policiers et des juges (dont beaucoup ont perdu la vie) pour éradiquer la mafia. Donc, la partition que nous jouent les Lombards et les Vénitiens ressemble beaucoup à la nostalgie d’un passé relativement récent où la péninsule n’était rien d’autre qu’un territoire partagé entre principautés, duchés et monarchies étriquées et éphémères. Rien de nouveau sous le soleil et, nous avons nous-mêmes, en France, ce débat permanent entre pouvoir central et pouvoir régional, entre jacobinisme et girondisme. L’unité française est plus solide, mais, au fond, il n’existe pas en Europe un État dont l’unité soit invulnérable. Tous sont traversés par des querelles familiales, des différences socio-économiques, des conflits ethniques et des querelles de clocher plus dangereuses que ridicules.

Querelles de clocher.

De sorte que, même s’il ne faut faire aucun amalgame entre la Lombardie et la Catalogne, on doit rester conscient des courants puissants qui traversent des pays comme l’Italie et l’Espagne, mais aussi la Belgique, le Royaume-Uni, et qui peuvent resurgir en France, ou même en Allemagne, notamment sous l’effet de la montée du populisme. De même que l’unité européenne est vivement combattue par l’extrême droite, de même les nations sont menacées de fragmentation par l’égoïsme, le besoin de s’opposer à tout prix, ou par une sorte de mini-nationalisme qui, à force de rétrécir la surface du territoire défendu, revient à opposer les gens de la même ville ou du même village. Si les Lombards et les Vénitiens se souvenaient que, dans n’importe quelle nation, les plus riches paient des impôts pour les plus pauvres, ils ne songeraient pas à s’enfuir avec la caisse. Le très grand problème de l’Europe, c’est que, à cause d’un populisme qui ment et pratique l’illusion d’optique, se créent en son sein des parcellisations présentées comme l’objectif à atteindre, le rêve fiscal à transformer en réalité, le paradis miniature inventé pour casser les grands ensembles. De la Catalogne à la Flandre, en passant par la Corse, on ne songe plus qu’au repli sur soi, sans imaginer les conséquences négatives d’une politique centrifuge qui sectionnerait les liens entre 500 millions de citoyens européens, alors que, de toute évidence, au sein de l’Union européenne, les régions sont encouragées à se parler directement, à échanger, à travailler ensemble, sans passer par les gouvernements nationaux.

RICHARD LISCIA

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One Response to Le cas italien

  1. admin dit :

    LL dit :
    Exactement : le régionalisme, quand il n’est pas simplement nationaliste, comme en Espagne ou au Québec, est une autre forme de séparatisme économique. On voit ça en Californie, avec deux mouvements : l’idée d’une « Cascadie » qui comprendrait le Washington, l’Oregon, la Californie, voire la Colombie Britannique et se séparerait du Canada et des Etats-Unis. Et la Californie elle-même qui souhaite larguer la Vallée centrale parce que cette région agricole (qui nourrit le reste du pays) est « trop à droite ». Et trop pauvre. Ca me parait être une réponse très faible aux problèmes d’intégration. Pourquoi ne pas construire un mur dans ces conditions ? Pour gérer nos problèmes planetaires, il me semble que les approches doivent être planétaires, pas séparatistes.

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