LR : feuilleton palpitant

Darmanin avec Philippe
(Photo AFP)

Le bureau politique des Républicains s’est réuni hier soir et a décidé d’exclure les élus du parti qui soutiennent ou participent à la politique du gouvernement. Le quorum n’ayant pas été atteint, la décision définitive est reportée au 31 octobre.

LE COMPORTEMENT des Républicains fait l’objet des quolibets de toute la classe politique, de l’indifférence amusée des personnalités désignées pour l’exclusion et de la totale incompréhension de l’opinion publique. Non pas qu’il soit difficile d’analyser les motivations des accusateurs, qui refusent de « collaborer » avec le gouvernement. Ce qui est étrange, c’est que la procédure n’est ni brève ni vraiment indispensable. Or plus elle dure, plus elle ridiculise LR, parti de plus en plus assimilé à un groupe de revanchards qui feignent d’ignorer le vrai problème : le vaste conflit de tendances entre progressistes et conservateurs au sein de la droite et du centre.

A droite, toute !

Le bureau politique de LR comprend 126 membres, le quorum est de 63 et il n’a pas été atteint hier soir. Bernard Accoyer, secrétaire général du parti, a donc voulu éviter tout recours juridique au vote d’exclusion et mettre un terme à l’affaire en réunissant le 31 octobre un nouveau BP. Les incriminations énoncées par le bureau sont claires : il dénonce les ralliements individuels à la majorité présidentielle, le soutien de certains « constructifs » à des candidats de la République en marche et, à Gérald Darmanin, de s’être présenté aux sénatoriales sur les listes LREM. Quant à Edouard Philippe, actuel Premier ministre, ancien maire du Havre et ancien républicain, le BP s’est contenté d’entériner son « départ ». Avec une possibilité de retour ? Cela signifie seulement que les « dissidents » sont partis sans avoir convaincu l’ensemble des Républicains de choisir la majorité plutôt que l’opposition. La candidature et l’élection probable de Laurent Wauquiez à la présidence du parti, les vives attaques de LR à l’Assemblée contre le programme gouvernemental confirment l’orientation de la droite, qui se présente d’ailleurs comme « le premier parti de l’opposition ».

Un choix idéologique.

Il s’agit bel et bien d’un choix idéologique fait par une partie du bureau politique et, sans doute, avec l’accord des militants. La preuve en est qu’Alain Juppé, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, François Baroin, Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau, qui ont chacun une sensibilité politique spécifique, n’ont pas participé au scrutin du BP. Et ils ne le feront pas davantage le 31 octobre. Au lieu de reconnaître la fracture croissante que la candidature de M. Wauqiez provoque au sein de LR, Bernard Accoyer présente la crise du parti comme la simple dissidence d’une poignée d’élus en quantité négligeable. S’il est vrai que les militants plébisciteront M. Wauquiez, il n’en va pas de même avec l’électorat LR qui, dans les sondages, approuve majoritairement les réformes d’Emmanuel Macron.
On discutera à l’infini l’exclusion par un parti de quelques-uns de ses membres. Sans trop caricaturer LR, on peut voir dans cette méthode quelque chose qui rappelle les techniques des régimes à parti unique. Ce que ne voient pas les censeurs républicains, c’est l’archaïsme de leur comportement, le déni hypocrite des vraies cassures au sein de la droite, l’intolérance, sous la forme d’éviction, à la liberté d’expression, la sclérose de l’inspiration chez certains des membres LR qui ne comprennent pas qu’un ras-de-marée a balayé cette année le vieux monde, celui où ils continuent à vivre, sans avoir pris acte du changement.
C’est d’autant plus regrettable que les Républicains se sont entêtés à défendre la candidature de François Fillon au moment même où elle sombrait irrémédiablement. Ils l’ont fait sous la pression de Sens commun qui continue à noyauter leur parti et dont le président, Christophe Billan, a évoqué récemment un rapprochement avec Marion Maréchal-Le Pen. Ce que M. Wauquiez, bien sûr, a démenti. Aussi bien M. Accoyer, qui s’est prêté à la comédie de l’exclusion pour ne pas avoir à expliquer l’orientation droitière de LR, devrait-il proposer une exclusion de Sens commun. S’il ne le fait pas, c’est que, au fond, il sait sur quelle voie s’engage son parti. Il sait qui, dans cette évolution très périlleuse, mène le bal. Sans admettre que des hommes de droite, Philippe, Darmanin, Le Maire, Lecornu mènent tambour battant les réformes naguère souhaitées par LR. Laurent Wauquiez, pour sa part, commet la même erreur que François Fillon. Il s’appuie sur une majorité de parti alors qu’il aura besoin, un jour, d’une majorité nationale.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to LR : feuilleton palpitant

  1. DUDUCHE dit :

    C’est croquignolesque : même pas foutus d’avoir le quorum pour une réunion aussi importante !
    Ce parti, qui se rapproche de l’extrême droite, et réciproquement, me fait penser au Titanic : il coule, mais l’orchestre continue de jouer.
    Le réveil sera difficile aux prochaines élections nationales.

  2. mathieu dit :

    Le sabordage de la droite a effectivement commencé le soir du second tour des primaires : 3.8 millions de Français ont cru qu’ils en représentaient 65 millions, ont couru les yeux bandés vers le précipice, comme leur candidat suicidaire, bien aidés par un certain N. Sarkozy qui a tout fait pour être le dernier leader de la droite (et du centre) gaulliste. Après lui le déluge ! Le parrain tout-puissant de l’ombre ne peut exister que dans un parti d’opposition, pas dans un parti de gouvernement! Le délitement continue doucement.

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