L’évasion (fiscale) au paradis

La reine Elizabeth
(Photo AFP)

Les médias, depuis deux ou trois jours, sont pleins de révélations au sujet des pratiques d’évasion fiscale auxquelles recourent des gens riches et de puissantes sociétés. Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) s’enorgueillit, à juste titre, de ses efforts et du résultat de son travail. Les « Paradise papers » n’ont pourtant d’utilité que si la vérité sur le comportement des millionnaires conduit les gouvernements à les sanctionner.

CE N’EST PAS la première fois que de telles révélations sont publiées. Partout, dans les médias, se sont constituées des cellules d’enquêteurs qui pourchassent la fraude fiscale, les mensonges contenus dans des études réalisées uniquement pour favoriser une industrie polluante ou dangereuse, les dérives de gouvernements autoritaires, bref toute la chienlit d’un monde névrosé et où la malhonnêteté est infiniment plus répandue qu’on ne le soupçonnait. En publiant le contenu des dossiers d’un cabinet offshore appelé Appleby, la presse fait donc un travail de vérité qui abat les mythes auxquels le vulgum pecus a cru tant qu’il pensait que la rectitude était partagée par les puissants de ce monde. Comment le coureur automobile Lewis Hamilton, le chanteur Bono et des entreprises comme Nike, Dassault, Whirlpool, Total et tant d’autres gagnent beaucoup d’argent sans payer leurs impôts, voilà qui, de toute façon, est hors de portée du salarié aux fins de mois difficiles ou du détenteur d’une épargne qui ne risque pas d’intéresser les spécialistes de la défiscalisation, sans doute payés grassement pour aider les riches à protéger leur fortune.

Le cas de la reine d’Angleterre.

Dans toutes les informations qui nous sont fournies, le cas de la reine d’Angleterre n’est pas le moins édifiant. Monarque couverte d’or et néanmoins adulée, elle n’a pas craint de rechercher le meilleur rendement pour quelques millions de dollars qu’elle a placés chez Appleby. Peut-être n’est-elle coupable de rien, sinon de s’en remettre à des experts ou des avocats qui font le travail à sa place. Il n’en est pas moins choquant que la souveraine n’ait pas pour sa couronne, son drapeau et son peuple le respect qu’ils méritent et, pour sa réputation, un utile souci d’intégrité. L’axe essentiel de l’évasion fiscale, c’est le mépris de ses concitoyens. Les sommes qui échappent à la taxation représentent autant d’argent qui aurait dû aller à la communauté nationale et aurait pu soulager des pauvres, améliorer les structures et contribuer à l’équilibre du budget. Comment incarner à la fois les institutions nationales et les bafouer, voilà une conduite qui surprendra les sujets britanniques et les plongera dans la perplexité avant de déclencher leur colère. On espère que la reine va s’empresser de rapatrier ses fonds et les soumettre à l’impôt, étant entendu que ce geste minimal de bonne volonté ne risque pas de la ruiner.

Un club privé.

Il est même surprenant que plus les gens s’enrichissent, plus ils sont allergiques à l’impôt. M. Hamilton aurait acheté un avion privé et en aurait payé le prix réel (qui inclut la taxe), il s’en serait très bien contenté, avec la satisfaction supplémentaire de se comporter en honnête homme. Il dira qu’il ne fait rien de vraiment illégal et que la loi contient des zones fragiles qu’il suffit de pénétrer pour faire de substantielles économies. C’est d’ailleurs pourquoi les révélations de ce genre ne diminuent en rien notre scepticisme. Nous avons tous le sentiment que, premièrement, nous, pour notre part, ne bénéficierons jamais de législations insuffisamment sévères et que, deuxièmement, ceux qui pratiquent l’évasion fiscale ne feront pas amende honorable. Il s’agit vraiment d’un sport qu’on ne peut pratiquer que dans un club privé, celui des super-riches, ces personnes qui ont toujours assez d’argent pour payer quelques as de l’évasion fiscale mais jamais assez pour en reverser au pays qui les a si bien aidés dans leur ascension.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to L’évasion (fiscale) au paradis

  1. DANTEC dit :

    L’évasion fiscale est un sport universel,comme le cumul de salaires des politiques. Le jour ou seront limités les émoluments de nos dirigeants, le cumul s’arrêtera comme par enchantement ; commençons par plafonner le revenu de nos élus pour ensuite exiger de la fiscalité européenne qu’elle contrôle les fraudes à la TVA. J’ai fait un rêve rien ne changera dans ce domaine.

  2. Nicoletalain dit :

    Bravo ! Merci ! Quel intérêt y a t il à posséder ainsi ? Quel bonheur peut être utile quand on ne manque de rien sauf de l’inachetable bonheur ?
    Quelle frustration y a-t-il a voir amputer de presque rien un tout déjà pléthorique ?
    Merci de rappeler inlassablement leur noms et confisquons! Un lecteur, libéral pourtant.

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