Iran-Arabie : risque de guerre

Ben Salman et Trump
(Photo AFP)

Il se joue au Proche-Orient une partie extrêmement dangereuse : la fin de Daech prépare un conflit entre l’Iran, soutien du Hezbollah, et l’Arabie saoudite, qui lutte contre l’influence iranienne en Irak, en Syrie, au Yemen et au Liban.

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, a annoncé lundi dernier qu’il démissionnait de ses fonctions. Il l’a fait depuis Ryad, dans une allocution télévisée, et il n’est pas rentré à Beyrouth. Il a dénoncé le Hezbollah, puissante armée chiite, qui a contribué à l’élimination de Daech en Irak et en Syrie et occupe une place centrale au Liban. De son côté, l’Arabie est dirigée par le prince héritier Mohamed Ben Salman, surnommé MBS, qui n’attend pas la mort de son père pour procéder à des réformes structurelles dans son pays et se bat contre l’influence chiite, alimentée par l’Iran dans toute la région. L’Arabie, enlisée dans la guerre civile du Yémen, où elle a essuyé de sérieux revers, ne semble pas en mesure de remporter une victoire militaire contre l’Iran ni même de faire reculer son expansion au Proche-Orient.

Deux heures à Ryad.

Le président Macron, qui a inauguré le musée du Louvre à Abou Dhabi, a fait un saut en Arabie, où il a passé deux heures. Il s’est entretenu avec le prince héritier pour évoquer les risques de sa politique étrangère. On constate qu’une alliance tacite existe entre l’Arabie, les Etats-Unis et Israël pour s’opposer aux menées de l’Iran, ce qui explique que Donald Trump n’ait pas re-certifié l’accord nucléaire, même s’il n’est pas allé jusqu’à s’en retirer. M. Macron joue l’apaisement. Il sait que, derrière les conflits régionaux, se prépare une guerre entre Téhéran et Ryad. L’exemple de la Corée du Nord montre clairement que le maintien de l’accord nucléaire avec l’Iran est le bon moyen d’empêcher la prolifération des armes atomiques. Les hésitations de Trump encouragent le camp des faucons iraniens, qui tentent de déstabiliser le « modéré » qu’est censé être le président Hassan Rohani, signataire de l’accord conclu avec les cinq membres du conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne. Il est sans doute crucial de ne pas renoncer à cet accord, mais celui-ci n’engage l’Iran que sur le nucléaire. Il n’empêche pas l’Iran chiite d’accroître son influence dans le monde arabe, en combattant ouvertement, grâce aux conflits nés des « printemps » arabes, contre l’Arabie sunnite. Pour les Occidentaux, le choix est médiocre entre deux régimes encore très loin de la démocratie parlementaire. Mais le renforcement croissant du Hezbollah et sa main-mise sur le Liban aboutiront un jour à une offensive contre Israël, ce qui obligera les Occidentaux à choisir leur camp.

De la haine religieuse à la guerre.

Mohamed Ben Salman n’aura pas manqué de rappeler au président Macron que le monde chiite est à ses portes au Yémen et que la guerre civile qui s’y déroule met en danger l’intégrité de l’Arabie. Une énorme querelle religieuse, qui remonte à la création même de l’islam, risque donc de se transformer en affrontement militaire entre l’Iran, soutenu par le gouvernement chiite d’Irak, la Syrie où se mêlent, parfois de manière inextricable, combattants chiites, sunnites, kurdes, turcs, irakiens et syriens, et l’Arabie, relativement isolée, mais alliée aux Etats-Unis de facto et dont la politique est discrètement approuvée par Israël, qui considère l’Iran, à juste titre, comme la principale menace à son existence par Hezbollah interposé. Dans ce salmigondis géopolitique, la Russie, pour le moment, est plus proche des chiites que des sunnites. Elle est intervenue directement dans la guerre syrienne et a sauvé Bachar Al-Assad. Lequel a des affinités avec les Iraniens, mais pas avec les Saoudiens et souhaite la disparition d’Israël tout autant que le régime de Téhéran.
On n’a aucun mal à croire que les idées de notre président sont plus subtiles que celles de Donald Trump, spécialiste de la simplification dans l’Orient compliqué. Le danger d’une hégémonie de l’Iran au Proche-Orient n’en est pas moins une inquiétante réalité.

RICHARD LISCIA

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