Le deuil dans la colère

Mme Le Pen à la marche
(Photo AFP)

Il faut regretter que des incidents aient marqué la « marche blanche » organisée après l’assassinat de Mireille Knoll, tuée par deux voyous parce qu’elle était juive : le CRIF, organisation qui regroupe de nombreux Français juifs, avait réclamé l’absence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon à cette manifestation. Ils sont venus quand même, mais face à l’hostilité d’une partie de la foule, ils ont été « exfiltrés ».

LE CRIF a-t-il le droit d’interdire à des partis politiques de participer à une marche contre l’antisémitisme ? Le meilleur argument en faveur de leur présence, c’est qu’on ne peut pas dire tout à la fois que le racisme à l’égard des juifs est un problème qui concerne la communauté nationale et choisir ceux d’entre eux qui se joignent aux anti-racistes. Il n’empêche que toute manifestation risque d’être entachée d’incidents. Il y a eu énormément de monde à la marche et tous les participants n’étaient pas juifs. On y a vu des musulmans qui, pas moins que d’autres, sont remontés contre le terrorisme.

Pour des raisons différentes, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’ont pas soldé leurs comptes avec les Français juifs. La première tient à faire savoir qu’elle a pour les juifs les yeux de Chimène et a tenté de les séduire par sa présence à la marche. Certains juifs votent pour le Front national. D’autres veulent arrêter une dérive électorale contraire aux principes anti-racistes. Mme Le Pen n’est certes pas coupable des propos de son père, que quelques manifestants lui ont rappelés, comme « la Shoah est un détail  de l’histoire » ou « Durafour crématoire ». C’est de ce passé qu’elle veut se libérer mais elle ne peut pas nier non plus que son parti contient de nombreux militants qui ne cachent guère leur antisémitisme en privé.

Le rôle de Mélenchon.

Le cas de Jan-Luc Mélenchon est différent. Il se situe davantage dans les crises du présent que dans la commémoration d’un passé tragique. Il est hostile à la politique israélienne, ce qui est son droit, mais il n’a jamais dénoncé la violence islamiste qu’avec des mots nuancés, lui qui ne fait pas dans la dentelle quand il s’en prend à des adversaires. Sa philosophie, vis-à-vis du djihadisme, est teintée d’indulgence gauchiste, où se mêlent la dénonciation de principe et les considérations sociales. Ses attaques, et celles de son entourage, contre Israël , notamment son soutien au boycott, qui n’est rien d’autre qu’une mesure d’exclusion d’un Etat reconnu par l’ONU, contribuent à la haine de nombre de musulmans non seulement pour Israël mais pour les Français juifs.

Il a fallu qu’une vieille dame de 85 ans soit assassinée dans d’atroces conditions pour qu’il décide d’exprimer sa solidarité avec les Français juifs. Mais il ne s’est pas dressé contre les manifestants musulmans qui, il  y a quatre ans, criaient « Mort aux juifs ! « , conformément à l’amalgame désormais routinier et en vertu duquel les juifs de France doivent rendre des comptes pour les actions du gouvernement israélien. Inutile, d’ailleurs, de se voiler la face : il existe dans la majorité des Français juifs un très fort soutien à Israël, et même au gouvernement israélien actuel. Mais, en défendant cette conviction, ils ne causent de tort à personne. Ils ne rendent pas les musulmans de France responsables de la crise interminable qui oppose Israéliens et Palestiniens. Ils ne s’attaquent pas aux mosquées de France, ils n’envoient pas des commandos pour attaquer des enfants musulmans qui sortent de l’école coranique.

Faire de la politique.

Si, à l’occasion d’une tragédie causée par un antisémitisme meurtrier, les juifs ou le CRIF auraient dû se montrer indifférents à la présence de Marine Le Pen et de Jean-Mélenchon, la réaction  indignée d’une poignée de manifestants est compréhensible. Face à l’islamisme terroriste, la France doit se battre avec rigueur et détermination. Et, de la même manière, les Français juifs ne sont pas obligés, quand on tue les leurs, de respecter toutes les nuances de la pensée politique. Ils ont affaire à des personnalités prêtes, comme Mme Le Pen ou M. Mélenchon, à oublier ce qu’ils ont dit et fait, le passé compliqué d’où ils viennent, les idées qui forgent leur philosophie. Le leader de la France insoumise est capable d’une amnésie sélective : il n’aurait jamais soutenu le Cuba de Castro ou le Venezuela de Chavez et de Maduro. De même, il veut nous faire croire qu’il n’a jamais exalté le mouvement palestinien, pourtant divisé, incapable de négocier, rongé par le terrorisme, et jamais vilipendé Israël. Le devoir de mémoire consiste aussi à se rappeler ce que nos dirigeants politiques ont dit et qu’ils préfèrent oublier dans une conjoncture différente. J’ai entendu un journaliste dire à la télévision que le « CRIF fait de la politique ». Ce n’est certes pas souhaitable et, idéalement, dans une société pacifique, les Français ne devraient même pas avoir besoin du CRIF. Mais qui ne fait pas de la politique en France ?

RICHARD LISCIA

 

 

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