SNCF : rien ne bouge

Edouard Philippe
(Photo AFP)

Le conflit à la SNCF se poursuit avec une si belle constance qu’il est devenu, pour les usagers, un nouveau mode de vie. La détermination à continuer le mouvement chez les syndicats le dispute à la surdité du gouvernement.

ET COMMENT va la grève ? Elle est florissante. Les camarades syndiqués contiennent leur fureur, mais la traduisent par des pronostics apocalyptiques : la grève pourrait continuer au-delà du mois de juin et affecter les grandes vacances. Les organisations ont mis un terme, unilatéralement, à leurs conversations avec la ministre des Transports, Elisabeth Borne, et ont demandé à être reçues par le Premier ministre. Première réponse : pas question de désavouer la ministre. Seconde réponse : Edouard Philippe rencontrera les syndicats le 7 mai. Pourquoi si tard, pourquoi pas tout de suite ? Parce que le chef du gouvernement et Mme Borne ne traitent pas les mêmes sujets : il s’occupe de la dette (une cinquantaine de milliards, excusez du peu), elle traite la grève. Dans ces conditions, comment la sortie du tunnel peut-elle être envisagée ? Elle ne l’est pas. Le chef du gouvernement a répété ce matin, non sans témérité, qu’il n’était pas question de renoncer à la mise en concurrence de la SNCF d’ici à 2020 ni de conserver le statut des cheminots.

La patience de l’opinion.

La direction de la SNCF compte désespérément les grévistes en croyant déceler une baisse de leur nombre. La réalité est que le trafic, les jours de grève, est très perturbé, donnant lieu à diverses alternatives, comme le co-voiturage, pas forcément confortables ou applicables. La seule question qui vaille porte sur la patience de l’opinion, où l’on peut déceler vaguement un ras-le-bol croissant et un début d’animosité contre les syndicats. Avec un sang-froid remarquable, mais qui n’accorde pas beaucoup de compassion à la clientèle de la SNCF, dont le premier réflexe est de demander le remboursement des abonnements, les pouvoirs publics semblent jouer le pourrissement, en transférant le conflit vers les relations entre usagers et syndicats : elles risquent, effectivement, de se détériorer mais nous n’en sommes pas encore là. Système D, indulgence des patrons pour les retards, concentration des grévistes chez les conducteurs qui permet aux autres cheminots de limiter le nombre de leurs jours de grève, de façon à ne pas perdre une trop grande partie de leurs salaires (les jours chômés ne sont pas payés) : on s’installe, dans tous les camps, dans une crise dont la durée, paradoxalement, crée une sorte d’accoutumance.

Une hausse des impôts ?

La dette n’est pas pour autant un dossier négligeable. Les médias se sont rendu compte, tout à coup, qu’à partir de 2020, les mesures qu’il faudra prendre pour amortir cette énorme dépense risquent de déclencher une hausse de la pression fiscale. Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, affirme qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts jusqu’à la fin du quinquennat. L’opposition de droite présente les factures : les 50 milliards de la dette de la SNCF, les 10 à 20 milliards que va coûter à l’Etat la suppression, d’ici à deux ans, de la taxe d’habitation. Bref, le beau résultat obtenu en 2017, un déficit budgétaire contenu à 2,6 % du PIB, risque d’être balayé par des dépenses non financées. M. Darmanin explique que l’on financera progressivement toutes ces budgets supplémentaires par une réduction de la dépense publique dans d’autres secteurs, mais où ? Pas dans les hôpitaux, pas dans les EHPAD, pas dans le budget des Armées, pas dans celui de la sécurité. Alors, faudra-t-il hâter le non-remplacement des fonctionnaires qui partent à la retraite ? Plus vite dit que fait : les salariés des hôpitaux, des Armées, des EHPAD, les policiers, les magistrats sont des fonctionnaires.

Retour des Etats-Unis, où il a obtenu un triomphe personnel, sinon diplomatique, le président de la République, pourra contempler dès aujourd’hui le paysage qu’il a laissé en partant il y a trois jours et qui ne s’est pas amélioré. Ajoutée à une taxation excessive, la hausse des prix du carburant inquiète tous ceux dont l’automobile est un instrument de travail et qui estiment être pénalisés. Pour l’opinion, le débat sur la dette n’a pas grande signification, car il évoque des sommes énormes qui la dépassent et n’ont rien à voir avec le budget mensuel d’un foyer. M. Macron pensait qu’il pourrait passer en force, sans modifier la moindre de ses décisions. Il ne peut camper indéfiniment sur cette position que s’il apporte un remède au mal. S’il parvient à faire en sorte que les trains roulent de nouveau.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to SNCF : rien ne bouge

  1. mathieu dit :

    Qu’avait donc de si urgent notre premier ministre entre le 26 avril et le 7 mai, pour ne pas recevoir les syndicats? Dans ce « mano a mano » entre les deux forces en présence pour gagner la sympathie de la population, M. Philippe perd quelques points d’un coup, laissant entendre que le petit peuple des usagers de transports en commun n’est pas à 10 jours près de galère quotidienne. Il est vrai que lui-même est personnellement assez peu concerné !

  2. Picot dit :

    Pas d’augmentation de la pression fiscale pour combler le déficit de la SNCF (dixit nos ministres), il suffira de diminuer la dépense publique. Et bien voyons! Cela fait des années que nous entendons ce discours sur la baisse des dépenses publiques et absolument rien, ou presque, n’a été fait en ce sens. Donc, désolés, nous n’y croyons absolument pas.

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