Social : semaine décisive

Pascal Pavageau (FO)
(Photo AFP)

Le calendrier social est favorable à une augmentation des tensions: les manifestations du 1er mai, le mouvement des cheminots le 3 mai, la « marche anti-Macron » organisée le 5 mai par la France insoumise, la rencontre des syndicats de la SNCF avec le Premier ministre le 7 mai, qui risque de finir mal. Et pourtant.

LES ORGANISATIONS syndicales, la gauche et l’extrême gauche tentent ces jours-ci de contraindre le gouvernement à faire des concessions sur la réforme de la SNCF, mais elles se heurtent à un mur. Parallèlement, la grève dans le réseau ferroviaire semble s’essouffler. Le nombre de grévistes diminue chaque fois que commence un nouvel épisode de la grève dite perlée et, manifestement, l’opinion ne soutient pas les syndicats. Un sondage publié dimanche par le « JDD » montre que 62 % des personnes interrogées sont favorables à une réforme de la SNCF qui aille jusqu’à son terme. La patience des voyageurs est exemplaire. Ils s’habituent aux conditions de transport exécrables qui leur sont faites par les grévistes et ne réclament pas une intervention du gouvernement pour que cesse la grève.

Le choix de ne rien faire.

La colère des syndicats n’assure pas leur unité. Demain, ils manifesteront en ordre séparé. La CGT poursuit son bras-de-fer avec le pouvoir, en espérant l’emporter. Force ouvrière vient de tenir son congrès et Pascal Pavageau a remplacé Jean-Claude Mailly à la tête du syndicat. La passation des pouvoirs s’est déroulée dans un climat détestable, M. Pavageau représentant l’aile dure de FO ; il n’a pas hésité à dénoncer publiquement les concessions faites par M. Mailly au pouvoir politique et a adopté d’emblée une attitude plus ferme à l’égard du président et du Premier ministre. M. Mailly, de son côté, a riposté par des commentaires peu flatteurs pour son successeur.  Le problème vient de l’inflexibilité du pouvoir, qui s’abrite derrière le légalisme et estime que la réforme de la SNCF, adoptée en première lecture à l’Assemblée, a maintenant force de loi, de sorte qu’il n’y aurait plus rien à négocier. Ce qui chagrine forcément les syndicalistes prêts à discuter, notamment à la CFDT, dont le secrétaire général, Laurent Berger, ne cache pas son amertume depuis que le président de la République s’est enfermé dans une intransigeance qui non seulement met la CGT au pied du mur, mais semble nier tout rôle aux cédétistes réformistes.

L’attitude de M. Macron est celle du « benign neglect », une expression américaine forgée par l’ancien sénateur américain Daniel Patrick Moynihan qui pensait que, dans certaines crises, le gouvernement avait toujours la possibilité de ne rien faire et de laisser l’incendie s’éteindre tout seul. De toute évidence, pour le président, il suffit d’attendre que les grévistes abandonnent la lutte. Il ne croit pas un seul instant que le mouvement s’amplifie ou se prolonge jusqu’aux grandes vacances, comme l’affirment les plus fervents syndicalistes. Le gouvernement a agi de la même manière avec la ZAD de Notre-Dame-des-Landes où il alterné la carotte et le bâton et fait en sorte que les combattants s’épuisent, et avec les étudiants qu’il déloge de leurs universités non sans d’ailleurs faire remarquer qu’ils n’ont jamais réussi qu’à démolir leur instrument de travail, aux frais du contribuable.

Méthode périlleuse.

Cette méthode est périlleuse à tous égards, car une subite union des gauches et des syndicats pourrait créer une situation explosive. Le chef de l’État préfère croire le contraire et s’est engagé, de toute façon,  dans une bataille au terme de laquelle il espère discréditer une fois pour toutes les corps intermédiaires, dont il ne voit pas la nécessité. En choisissant délibérément le lieu et la date du conflit, il tente d’obtenir une victoire assez éclatante pour s’attaquer avec moins de difficultés à d’autres réformes, comme celle des retraites, qui sera sans doute le dossier le plus épineux du quinquennat. C’est ce qui explique son absence de sollicitude à l’égard de la CFDT. En d’autres temps, on aurait pensé que ces deux réformistes que sont M. Berger et M. Macron étaient faits pour s’entendre. Malheureusement, il se trouve que les idées de M. Berger ne coïncident pas avec le dessein du président, dont l’adversaire principal est bel et bien la CGT.  Mais il lui fallait envoyer un message à tous les syndicats. De toute façon, il part pour l’Australie et la Nouvelle-Calédonie, mettant ainsi une longue distance entre lui et nos querelles intestines.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Social : semaine décisive

  1. 86cives228 dit :

    Le gouvernement apporte et maintient une seule et même réponse aux multiples mécontentements sociaux : la répression. Est-ce suffisant ?

  2. admin dit :

    LL dit :
    Incroyable: une sorte de film en accéléré de l’incapacité des Francais à accepter la réforme. Une nation prospère qui va enfin réussir a devenir une puissance pauvre de seconde zone. De manière décisive.

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