La politique du caniveau

Wauquiez, lui, est exemplaire
(Photo AFP)

Deux élus LR ont déposé une plainte à propos de l’usage des moyens de la ville et de la métropole de Lyon dans le cadre de la campagne électorale d’Emmanuel Macron. Le procureur de la République examine le dossier contenant des faits présumés de financement de campagne électorale, abus de biens sociaux et recel.

QUE PEUT-ON faire quand M. Macron est président et que l’on appartient à un parti divisé qui rencontre des difficultés et qui, de surcroît, perd des militants au profit de la République en marche ? Ester en justice, pardi ! Le 2 juin 2016, soit il y a deux ans, Philippe Cochet, maire de Caluire, a constaté que Gérard Collomb, alors maire de Lyon, aujourd’hui ministre de l’Intérieur, avait reçu M. Macron avec une munificence qui, visiblement lui a laissé un souvenir ébloui. Souvenir tenace puisque, avec un autre élu LR, Stéphane Guilland, il a estimé que M. Collomb avait dépensé trop d’argent. Chose qui n’arrive jamais dans les campagnes électorales conduites par les Républicains. C’est sûr : on n’arrête pas de harceler la droite, sûrement à tort, pour ses dépenses somptuaires, qu’il s’agisse de Nicolas Sarkozy, qui, en 2012, a dépassé le plafond des dépenses de 100 %, ou de François Fillon, qui, en tant que député, avait pris sa femme et ses enfants comme salariés et, accessoirement, avait accepté, en pleine campagne (février 2017), deux costumes de luxe dont l’avocat Robert Bourgi lui avait fait cadeau. M. Bourgi a même déclaré publiquement qu’il n’avait accompli ce geste généreux que pour couler définitivement la candidature de l’ancien Premier ministre. Le marigot politique, c’est ça.

Le nombre de petits fours.

La logique de MM. Cochet et Guilland est imparable : ces mauvaises manières ne sont pas une exclusivité LR. Elles existent partout, y compris dans la République en marche et en voilà la preuve : le 2 juin 2016, le nombre des petits fours était excessivement élevé. Peu importe que la justice se saisisse de cette affaire avec une hâte suspecte. L’essentiel, c’est de montrer qu’en sus des travers bien connus de MM Collomb et Macron, il en existe d’autres, encore plus condamnables. Le porte-parole de la majorité, Benjamin Griveaux, souligne pour la défense de son patron, que M. Cochet est le bras droit de Laurent Wauquiez, ce que tout le monde ne savait pas. Là encore, peu importe, nous n’en sommes plus à une conspiration près. La cruelle réalité est que, si M. Wauquiez a tant de mal à unir son parti, il faut bien qu’il trouve les moyens, n’importe lesquels, y compris les plus retors, pour affaiblir celui dont il veut être le rival numéro un aux élections de 2022. Ce qui est formidable, c’est la conjonction des efforts de tous les partis pour accrocher des casseroles aux basques de Macron. Pour un jeune président qui débute à peine, il en traîne déjà beaucoup et une de plus, cela ne fait pas de mal à LR.

Ailes de cire.

La question est : est-ce que cet effort à la fois puissant, désespéré et éthiquement très discutable, pour démolir  Macron a la moindre chance de changer le rapport de forces politique ? La réponse est non. Car si la majorité a résisté à ce jour à l’impopularité de ses réformes, à la grève de la SNCF, à l’autoritarisme du président, à la convergence des missiles lancés contre l’Élysée par la droite, l’extrême droite, la gauche et l’extrême gauche, les quelques litres de champagne bus le 2 juin 2016 à Lyon ne risquent pas de la faire capoter, n’entament en rien la stature de Macron, ne l’empêchent pas de gouverner (et de réformer). Sûr et certain, ce n’est pas du côté de M. Wauquiez que l’on trouvera la moindre dépense indue ; et, de toute façon, le président de LR est un homme parfait, toujours calme, toujours épris de concertation, pas autoritaire le moins du monde. Il est un peu comme Fillon, d’ailleurs, volant vers une victoire certaine, mais avec des ailes de cire qui risquent de fondre au soleil.

RICHARD LISCIA

 

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