Un service a minima

Jean-Michel Blanquer
(Photo AFP)

Tel qu’il a été présenté par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, le service universel apparaît comme le parfait exemple d’une ambition oblitérée par la réalité. De sorte que les résultats d’une mise en oeuvre particulièrement complexe ne méritent pas l’intensité de l’effort.

TOUT LE MONDE a compris depuis longtemps que le service (militaire ou civil) représente un excellent instrument pour mêler les couches sociales et qu’il peut forger des âmes plus solides chez les jeunes. Le problème vient de ce que le candidat Emmanuel Macron en a fait la promesse sans trop avoir étudié le dossier. D’abord, il n’est pas sûr lui-même de ce qu’il veut faire du service, même s’il est clair que l’armée n’en prendra pas la responsabilité parce qu’une période trop courte ne permet pas de transformer les jeunes gens en bons soldats. Ensuite, il n’a pas évalué les coûts de l’entreprise. Pour un seul mois de service, la facture serait de 1,7 milliard, avec seulement 15 jours de « brassage social » et 15 jours d’engagement personnel. On ne sait même pas où seront hébergés les « conscrits ». On a pensé aux internats. Ils offrent 147 000 places alors qu’une classe d’âge comprend 750 000 jeunes. Tout ça pour qu’un adolescent n’appelle pas le président par le nom familier de « Manu » ?

Un peu court et un peu cher.

Le dossier a été confié au ministre de l’Éducation, non à celle des Armées, ce qui veut dire que le gouvernement se contente de prolonger d’un mois les cours de civisme prodigués par l’enseignement. C’est un peu court, c’est cher et, si les prévisions exposées par M. Blanquer, par ailleurs ministre efficace et respecté, vont jusqu’en 2026, on a tout lieu de penser que le projet risque de s’effilocher avec le temps. J’ajoute qu’il n’y avait aucune urgence à lancer un système aussi compliqué et onéreux, et que, si les réformes sont les bienvenues, il est peut-être temps de faire une pause ou tout en moins d’en ralentir le rythme. Le président de la République ne peut pas nier que son action politique frénétique, la multiplicité des dossiers à traiter, l’épuisement du Parlement, la cacophonie des contestations de tous ordres fragilisent son autorité, sinon son pouvoir.

Une croissance molle.

Les analyses dans la presse ne manquent pas qui décrivent le mécontentement populaire, la baisse de popularité de l’exécutif, la grogne des élus, les abcès de fixation comme la limitation de la vitesse sur les routes départementales, la virulence des attaques convergentes d’oppositions pourtant très diverses (le conseiller de Paris Ian Brossat n’a-t-il pas accusé M. Macron de verser dans l’extrémisme sous le prétexte que le président a critiqué l’équipage du « Lifeline », navire allemand transportant des migrants ?). Cela ne signifie pas que le chef de l’État doive en tenir compte, ni que sa cote de popularité soit plus mauvaise que celle de ses prédécesseurs à la même époque. Cela veut dire que lui et son Premier ministre doivent s’efforcer de rassurer et de rassembler leur majorité. On comprend leurs ambitions réformistes, mais le temps géopolitique devient extrêmement mauvais et ils doivent se préparer à lutter contre le protectionnisme, le nationalisme, les dangers qui pèsent sur l’Europe, les risques de récession induits par les mauvaises manières de Donald Trump, et l’affaiblissement de la croissance dont nous avions à peine commencé à goûter les délices qu’elle tend déjà à disparaître, ce qui entraînera pour la France des difficultés budgétaires accrues. Changer le pays, c’est bien, affronter la tempête, c’est essentiel.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Un service a minima

  1. Michel de Guibert dit :

    Le service militaire d’antan avait ses vertus de brassage social, mais un service civil d’un mois ne pourra remplir cette fonction.
    Mieux vaudrait porter l’effort et renforcer dès le plus jeune âge à l’école l’apprentissage des codes sociaux et des habiletés sociales qui font défaut à tant d’adolescents, le sens civique et le sentiment d’appartenir à un même pays et de l’aimer, le respect des enseignants, etc.

  2. PICOT François dit :

    On se demande, finalement, si Macron a, de façon générale, étudié un seul dossier.

  3. Chretien dit :

    Nous sommes gouvernés par des technocrates qui ne savent même pas gérer (augmentation de la dette de plus de 36 milliards)!

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