Jupiter est « fatigué »

La « pâleur » du président
(Photo AFP)

Emmanuel Macron a décidé de s’absenter d’aujourd’hui à dimanche inclus et, pour avoir ces cinq jours de repos, il a avancé à hier le conseil des ministres d’aujourd’hui. Ce congé imprévu donne lieu à toutes sortes de spéculations.

IL N’EST pas interdit d’entrer dans un débat oiseux. La preuve, c’est que les médias et les réseaux sociaux s’y adonnent fréquemment. Ce débat, qui convoque toute la bêtise du monde, permet une progression du ridicule  contribuant à l’abrutissement des foules. Le président ne pointe pas à l’Elysée chaque fois qu’il commence sa tâche. Il ne fait pas non plus la semaine de 35 heures. Il touche un salaire à la mesure de son emploi, mais il ne saurait rivaliser, sur ce plan, avec les héros contemporains que sont les grands patrons et les joueurs de football. On dispose donc, pour le juger, d’un nombre de paramètres contradictoires assez élevé pour s’interdire tout jugement, ce qui n’empêche personne, parmi ses administrés, d’y aller de son verdict.

Un périple de onze jours.

Le plus surprenant, c’est que, loin de considérer sa cote de popularité ou la colère qu’il inspire à l’opinion, on se concentre sur une « fatigue » que personne n’avait décelée mais qui, à la lumière de ce congé inattendu, se transforme en une certitude déjà lovée dans tous les subconscients. J’ai rarement entendu autant de commentaires sur la pâleur de son visage, et sur l’usure rapide qui affecterait son corps et son esprit. Elle expliquerait ses dérapages verbaux, son autoritarisme, son entêtement à provoquer ses concitoyens et les corps constitués. Il perdrait même des cheveux, ce qui, à la quarantaine, est un phénomène pourtant fréquent.

Faut-il en rire ? Evidemment. Faut-il s’en inquiéter ? Pour cela, le président de la République devrait drainer un mouvement de sympathie qui n’existe plus depuis un an. Fort heureusement pour eux, ses pires adversaires ne comptent pas sur son état de santé réel ou supposé pour adapter leur stratégie politique. Cette voie vers la victoire électorale est la moins favorable à la réalisation de leur projet. Il vaudrait mieux qu’ils soulignent davantage les erreurs que M. Macron, comme il nous l’a prouvé à de nombreuses reprises, est capable de commettre, ou sur leur programme, lequel serait si bien ficelé qu’il rallierait une majorité de Français. Une simple revue des 170 voyages accomplis à ce jour par le président et la quarantaine de pays visités suffit à démontrer que, à partir de lundi prochain, il va sans effort administrer la preuve de sa vitalité. Il s’apprête en effet à faire, à l’occasion du centenaire de l’armistice, un périple de huit jours dans l’Est du pays où se sont déroulées les plus atroces batailles de la Première guerre mondiale. Une bonne occasion de serrer des mains et d’enseigner aux Français la manière de trouver un emploi.

Tout faire pour le diminuer.

Bref, ce n’est pas de ce côté-là que ses diverses oppositions trouveront de quoi reprendre espoir. Il est tout de même paradoxal que, dans ce pays où sévit le culte des arrêts de travail, des congés multiples et des absences pas toujours justifiées, on fasse le procès d’un homme qui travaille beaucoup, assez, en tout cas, pour prendre cinq jours de repos en 18 mois de mandat. Certes, il était à Brégançon l’été dernier et il y a même fait construire une piscine, ce qui lui a été également reproché. Dans ces conditions, pourquoi ne pas interdire les vacances de la Toussaint à tout le monde ? Les enseignants se révolteraient et on en serait réduit à limiter son ambition à la mise en place d’un calendrier des congés annuels du chef de l’Etat. Par dépit, il pourrait alors réclamer l’encadrement de ses heures de travail. Il serait plus reposé, mais pas à la hauteur de la tâche. Tant il est vrai que, à force de scruter son activité minute pas minute, de se demander où il est allé, d’exiger qu’il revienne lundi prochain, nous exprimons la volonté de ramener le président à notre propre statut.

C’est ce que font tous ceux qui le haranguent dans les villes qu’il visite, qui l’appellent Manu ou font un doigt d’honneur pendant un selfie, et qui, en conséquence, n’ont qu’un désir : l’humilier, ignorants qu’ils sont, ces malheureux, que ce n’est pas l’homme qu’ils ciblent mais la fonction et tous les électeurs qui ont voté pour lui. Ces perturbateurs ont une alternative : vénérer l’individu qui dit aux policiers et aux juges que sa personne est « sacrée » et que « la République, c’est moi ». Si c’est Mélenchon, ce n’est pas Macron, sauf que le premier, apprenti-sorcier, déclenche des tempêtes dans un verre d’eau et que le second, lui, vit à l’Elysée.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Jupiter est « fatigué »

  1. Chretien dit :

    Belle analyse de la situation de notre président selfie.
    Mais quel dommage et quel gâchis. Il avait tout en mains.
    A force de se balader et de se faire prendre en photo, fatalement, il fait des « dérapages verbaux » avec un ton cassant. C’est terrible, le direct !
    Que ne reste-t-il à l’Elysée pour travailler ses dossiers …et ses interventions télévisuelles (la dernière était d’une tristesse déplorable) Il passe son temps à faire des commentaires mais les Français attendent des actes.
    Autour de moi, beaucoup pensent que c’est foutu pour lui.

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