Renault : coup de tonnerre

Ghosn avec Macron
(Photo AFP)

Un coup de tonnerre : le PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi arrêté à l’aéroport de Tokyo alors qu’il descendait de son avion privé.  Motif : les autorités japonaises l’accusent d’avoir fraudé le fisc et d’avoir utilisé des actifs de Nissan pour des opérations immobilières privées. L’action Renault a perdu près de 12 % entre hier et aujourd’hui et l’avenir de la grande société automobile est en suspens.

C’EST UN COUP dur pour Carlos Ghosn, pour l’alliance Renault-Nissan qui a parfaitement réussi, pour les salariés de Renault. Les accusations lancées par la justice japonaise sont très graves et les moyens de pression sur le P-DG sont violents puisque, au Japon, une garde à vue peut durer 22 jours. D’ores et déjà, avant même que l’on en sache plus sur les tenants et les aboutissants de cette affaire, M. Ghosn, surnommé « l’empereur » par les Japonais eux-mêmes qui, naguère, ne tarissaient pas d’éloges sur lui et sur le redressement de Nissan qu’il a si bien assuré, est considéré comme disqualifié non seulement à Tokyo mais à Paris où le conseil d’administration se réunit ce soir pour désigner un patron intérimaire.

Un certain rapport avec l’argent.

M. Ghosn, il est vrai, inspirait moins de sympathie aux opinions japonaise et française depuis qu’il affichait ses prétentions salariales, qui étaient monumentales. Il percevait d’ailleurs des montants inégalés, faisant valoir que, sans lui, qui avait réuni trois constructeurs automobiles pour en faire le premier du monde (10,6 millions de véhicules produits par an), la prospérité et l’emploi n’auraient pas été assurés. La première analyse qui vient à l’esprit s’appuie sur son goût pour les fortes rémunérations, sur son rapport avec l’argent, sur sa suprématie dans le monde automobile. Interrogé à son sujet, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a déclaré ce matin que sa situation fiscale en France ne contient aucune anomalie. Le Japon, en revanche, l’accuse d’avoir déclaré seulement la moitié de ses salaires entre 2011 et 2015 et d’avoir soustrait au fisc pas moins de 38 milliards d’euros. Cinq milliards de yen ! C’est pourquoi, en attendant d’en savoir plus et d’avoir des précisions ou des preuves des faits qu’il aurait commis, on est en droit de se demander s’il ne s’agit pas d’une cabale au sein de l’équipe de Nissan pour se débarrasser de lui. Après les démonstrations de gratitude japonaise, ont succédé un climat moins transparent,  des différences stratégiques entre Japonais et Français, et le désir de Nissan de recouvrer sa liberté.

Irremplaçable ?

Cependant cette thèse est contredite par la nature du Japon, État de droit où on ne manipule pas aussi aisément les déclarations au fisc. Il se peut que les accusateurs aient gonflé les manquements au droit constatés, il se peut que Carlos Ghosn ait cédé au sentiment de toute-puissance et au narcissisme, mais on comprend mal qu’une si grande intelligence ait pris de tels risques. Quels que soient son avenir et sa ligne de défense, le mal est fait. L’État français, disposant de quinze pour cent des parts dans l’alliance, aura son mot à dire et M. Le Maire s’est montré déterminé à protéger les intérêts français. Carlos Ghosn n’était pas un constructeur automobile parmi d’autres. Il a lancé Renault et Nissan dans la grande conquête de la voiture électrique. Il faut, en ces temps difficiles, protéger l’emploi chez Renault. Ce matin, un syndicaliste de Renault soulignait que M. Ghosn pratiquait énormément la délocalisation, de sorte que la part des ouvriers français dans la production totale se réduit comme peau de chagrin. Peut-être le départ du P-DG actuel favoriserait-il une restructuration qui augmenterait en France le nombre d’employés.

Il sera néanmoins difficile de remplacer Carlos Ghosn. Peu de capitaines d’industrie ont ses lettres de créances, peu sont capables de redresser aussi vite et aussi bien une société en perdition. Il y en a un dont le bilan est extrêmement positif, c’est Carlos Tavares, qui a redressé PSA après un investissement chinois d’un milliard d’euros, a développé la société et a acheté Opel en Allemagne. Il a été, chez Renault, le lieutenant de Ghosn, il a fait ses preuves et, s’il a quitté Renault, c’est parce qu’il avait l’ambition de devenir maître à bord. Il connaît parfaitement et a appliqué les techniques de gestion de son ancien mentor. Reste à savoir s’il faut déshabiller Pierre pour habiller Paul.

RICHARD LISCIA

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6 Responses to Renault : coup de tonnerre

  1. admin dit :

    LL(USA) dit :
    Nul n’est au-dessus de la loi. Bien joué, les Japonais. Maintenant, s’ils pouvaient appliquer la même rigueur à leurs P-DG nationaux …

  2. ostré dit :

    Comment peut-on soutenir cette personne avec ses salaires indécents, comme ces riches qui en veulent toujours plus et ne manquent pas de frauder aux dépens des contribuables ?

    • Michel de Guibert dit :

      J’entendais sur une radio ce matin le général Pierre de Villiers dire que dans l’armée les écarts de salaire allaient de 1 à 8, ce qui est raisonnable et juste.
      Dans le privé, c’était davantage, de 1 à 40, ce qui est déjà beaucoup.
      Mais maintenant on arrive à des écarts astronomiques de 1 à 130, voire pour certains comme Carlos Ghosn de 1 à 500, c’est indécent en effet et cela n’a même aucun sens tellement c’est disproportionné…

  3. Doumé dit :

    38 millions d’euros quand même….
    Finalement Cahuzac à côté , c’était un petit
    joueur !

  4. Picot François dit :

    Effectivement, cette opération semble suspecte. Il est difficile de croire que le Japon, après tant d’années, s’aperçoit soudain que ce monsieur fraude le fisc. Il est possible que cela soit une opération style Strauss-Kahn dans laquelle on utilise les fautes de celui qu’on veut perdre. Attendons, déjà, pour savoir si faute il y a.

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