Trump : le mur de la réalité

Trump et Kim à Hanoï
(Photo AFP)

Donald Trump a quitté le Vietnam, où il a eu une rencontre avec Kim Jong Un, le dictateur nord-coréen, sans avoir passé avec lui un accord sur la dénucléarisation de la Corée du Nord. Son échec relatif tranche avec les compliments abondants et excessifs qu’il a adressés à son interlocuteur.

AVEC la Corée du Nord, Trump a commencé comme Superman et termine en diplomate raffiné. Après avoir échangé avec Kim des tombereaux d’injures, il a décidé de ne voir en lui qu’un merveilleux partenaire pour la paix. D’où un premier sommet à Singapour il y a quelques mois, puis celui de Hanoi, qui s’est terminé hier sans que les deux parties aient réellement avancé sur le dossier nucléaire. Le bilan de Trump n’est pas négatif. En menaçant Kim avec des mots que celui-ci n’aurait pas désavoués, il a tout de même réussi à faire en sorte que la Corée du Nord cesse ses essais nucléaires et ses lancers de missiles au-dessus du Japon, et de menacer la côte ouest des États-Unis. Le président américain est donc bel et bien l’artisan d’une détente que les Américains apprécient.

La diplomatie du deal.

Toutefois, son objectif était d’aller beaucoup plus loin en obtenant de Pyongyang la destruction de ses bases nucléaires en échange de la levée des sanctions économiques frappant la Corée du Nord. Trump est allé très loin dans la description d’un avenir radieux où la Corée du Nord devenait un paradis touristique grâce aux opérations immobilières des États-Unis. Cette carte postale témoigne soit de la naïveté du président, soit de sa capacité illimitée à poursuivre sa diplomatie du deal, les intérêts des uns et des autres étant strictement considérés comme les instruments d’un échange gagnant-gagnant.  Il semble bien, aujourd’hui, que le chef de l’exécutif ait compris la nature de ses relations avec Kim : le dictateur n’est pas prêt pour l’instant à se priver de ses moyens nucléaires. Il réclame une levée des sanctions immédiate, ce qui lui laisserait tout le loisir de poursuivre ses essais, ou d’en diminuer le nombre, ou même d’y renoncer si la diplomatie faisait des progrès.  Le président des États-Unis, bien sûr, ne pouvait prendre ce risque. Tout ce qu’il fait avec la Corée du Nord est intégré dans sa stratégie électorale. De même qu’il se vante toujours d’avoir mis un terme à l’agressivité de Kim, il souhaitait rentrer à Washington avec un accord de paix durable comprenant la promesse formelle de Kim d’en finir avec l’arme atomique.

La prolifération continue.

Le résultat probable de sa diplomatie, c’est que Trump n’aura pas réussi à empêcher une nouvelle étape dans la prolifération. On ne voit pas comment la Corée du Nord ne deviendrait pas une puissance nucléaire à part entière, comme le Pakistan et l’Inde, pays dotés de la bombe et en conflit permanent, ni comment elle pourrait renoncer à ce statut qu’elle partage déjà avec un nombre limité de nations. L’échec, au moins provisoire,  de Trump, s’ajoute aux conséquences d’une politique iranienne qui, en dénonçant l’accord de dénucléarisation conclu par diverses grandes puissances avec Téhéran, a affaiblie le camp modéré en Iran et risque de relancer la course aux armements atomiques. De la même manière, Trump a déchiré un traité avec la Russie sur les missiles de portée moyenne, déclenchant en Russie un nouveau programme de réarmement.

Le problème vient de l’absence de confiance. Donald Trump a raison de ne faire confiance ni à Moscou, ni à Pyongyang ni à Téhéran. Mais justement, la diplomatie représente le seul moyen viable de retrouver cette confiance. Trump a réagi avec nervosité aux provocations auxquelles l’armée russe se livre aux confins des pays de l’OTAN. Ces provocations, toujours niées avec aplomb par Vladimir Poutine, sont effectivement inquiétantes, mais sonner le tocsin tout en brutalisant les alliés européens, en leur demandant d’augmenter le financement de leurs moyens de défense et en les menaçant de les abandonner à leur sort, ne fait qu’accroître leur inquiétude et rétablir en Europe un climat de guerre froide qui avait disparu au lendemain de la chute du mur de Berlin. Il existe effectivement un durcissement alarmant des positions diplomatiques de Moscou auquel les États-Unis devraient répondre par une reprise des négociations.

Le seul résultat tangible du sommet de Hanoï, c’est que Trump, qui rentre les mains vides à Washington, perd du même coup un argument pour sa candidature à un second mandat. On peut compter sur lui pour exagérer les effets positifs  de sa gouvernance, mais, face aux électeurs, il y aura un moment de vérité.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Trump : le mur de la réalité

  1. Michel de Guibert dit :

    La politique de Trump est incohérente, il fait des avances au régime de Séoul qui n’a rien cédé et dans le même temps il déchire unilatéralement des accords et des traités avec Téhéran et Moscou, multipliant ainsi les provocations et suscitant des réactions en retour.

  2. admin dit :

    LL dit :
    Le seul vrai mur dans la politique de Trump.

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