Macron : le baiser à l’Italie

Macron la semaine dernière
(Photo AFP)

Emmanuel Macron s’est efforcé de détendre les relations franco-italiennes en accordant hier à une émission très suivie de la télévision publique, « Che tempo fa », un entretien plus culturel que politique, pendant lequel il a tenté de montrer à l’opinion italienne que la France était son amie historique.

L’EFFORT du président était à la fois dangereux, parce qu’il pouvait être mal interprété par le pouvoir à Rome, compliqué, parce que le chef de l’État a décrit un jour la montée de l’extrême droite italienne comme une « lèpre »,  et pas forcément agréable pour M. Macron, qui s’était indigné de ce que Luigi di Maio vînt à Montargis pour y rencontrer des gilets jaunes. En l’occurrence, sa prestation télévisée pouvait, elle aussi, apparaître comme une ingérence dans les affaires italiennes. L’annonce de cette intervention, organisée par un journaliste romain très francophile, avait été mal accueillie en Italie. Mais, loin de poursuivre ses querelles avec l’exécutif italien , M. Macron s’est plutôt employé à apaiser les relations entre les deux pays, ce qui, à la veille des élections européennes, devenait indispensable.

Le président italien invité en France.

Dans l’Italie de Verdi, les déclarations d’amour sont toujours bien accueillies. Il est donc fort probable que nos amis italiens auront été plus satisfaits que rétifs et que le gouvernement de Rome aura compris que le président français lui tend la main. D’autant que, comprenant la langue de la péninsule, il n’a pas été nécessaire de lui traduire les questions. Il s’est placé presque uniquement sur le plan culturel, ce qui reste la bonne approche tant que le contentieux entre les deux pays n’aura pas été résolu. Ses téléspectateurs auront été émus par sa passion pour Eduardo de Filippo, auteur italien mort en 1984, qu’il a étudié sous la houlette de celle qui devenait devenir son épouse. Surtout, M. Macron a annoncé la visite le 2 mai à Amboise, du président italien, Sergio Mattarella, à l’occasion du cinquième centenaire de la mort de Léonard de Vinci. Cette célébration a donné lieu à une bataille entre Paris et Rome, la ministre italienne de la Culture refusant de prêter à la France des œuvres du maître, ce qui, admettons-le, est un acte mesquin, totalement en opposition avec l’universalité de la peinture et plus particulièrement du travail de l’immense Léonard.

Un fossé idéologique.

Nul doute que, peu à peu, les relations entre les deux pays seront renouées et que Léonard de Vinci prendra sa part dans ce début de réconciliation. D’autant que M. Macron, après avoir eu des mots très durs pour le comportement du nouveau gouvernement italien dans la crise migratoire, a tenu à dire hier soir que, effectivement,  les Européens n’ont pas suffisamment aidé les Italiens souvent placés devant des difficultés d’accueil insurmontables. Ce message ne peut que convenir à Matteo Salvini, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, qui, lui non plus, n’a pas mâché ses mots quand il lui a fallu riposter à Macron. La tentative de réconciliation lancée par le président français a de bonnes chances d’aboutir parce qu’il a donné quelques gages aux Italiens. Mais ce n’est pas en passant à la télévision italienne qu’il va régler les problèmes européens. Entre lui et le gouvernement de Rome, il y a un fossé idéologique. Il est profondément européen, Salvini et di Maio sont hostiles à l’Union européenne et font bande à part avec les régimes ou les partis d’extrême droite en Europe.

Une question de leadership.

En outre, l’Italie sait où Macron veut en venir. Elle sait qu’il souhaite s’approprier le leadership européen en imposant la République en marche comme le premier parti français. Tâche d’ailleurs ardue parce que Marine Le Pen a gagné les précédentes européennes et peut gagner celles du 26 mai prochain. Les Italiens d’aujourd’hui, en tout cas ceux qui sont aux commandes, exigent une Europe très différente de celle d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron. Toute le monde parle de réformer l’Union, mais chacun pense à l’orientation qu’il préconise. Les Italiens voudraient surtout se débarrasser des carcans disciplinaires imposés par Bruxelles en matière financière et monétaire. Les Français, eux, plaident pour un filet sécuritaire plus solide. Mais Paris et Rome commenceront par ce qui peut les rapprocher. Par exemple, le vieil axe franco-allemand a toujours exclu l’Italie, notamment lorsque Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se moquaient ouvertement de Silvio Berlusconi. C’est le moment de prendre les Italiens au sérieux, même s’ils sombrent dans le nationalisme.

Cette apparition de Macron à la télévision italienne annonce, quoi qu’il en soit, une nouvelle forme de réalisme politique : on ne renforcera pas l’Union européenne en clouant au pilori les peuples défaillants qui ont mis des populistes au pouvoir. Les « progressistes », eux, doivent chercher des compromis avec des interlocuteurs élus démocratiquement.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Macron : le baiser à l’Italie

  1. Michel de Guibert dit :

    Le réalisme en politique est toujours préférable à l’anathème…

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