Brexit : stop and go

A la chambre des communes
(Photo AFP)

Par 412 voix contre 202, les députés britanniques ont voté le report du Brexit, au 30 juin au plus tard, et réclament de nouvelles négociations pour un accord avec l’Union européenne. Si, au 30 juin, il n’y a toujours pas d’accord, les Britanniques éliront des députés au Parlement européen.

LA PENSEE politique des Anglais n’est pas très cohérente ces jours-ci et elle reste difficile à suivre. On peut dire cependant que les chevaux de la diligence qui les conduisait inexorablement vers l’abîme, ont refusé de sauter dans le vide. La signification des deux votes de mercredi et de jeudi, c’est qu’une majorité d’élus souhaite le Brexit, mais un Brexit ordonné. A quoi il faut ajouter que le second vote est plus important que le premier, que les élus ont conscience du chaos qu’ils risquent de déclencher. Or ils savent, parce que le négociateur de la Commission de Bruxelles, Michel Barnier, l’a dit, qu’un report n’a de sens que s’ils expliquent en même temps ce qu’ils veulent. M. Barnier n’a caché ni son agacement ni sa fermeté : il a fait un certain nombre de concessions, il ne croit pas pouvoir en faire d’autres et c’est au Royaume-Uni de se décider et peut-être de se poser la question de l’intérêt du Brexit.

Le « Remain » est de retour.

Le seul fait qu’ils envisagent de voter pour envoyer des députés au Parlement de Strasbourg souligne avec force que le « Remain », le maintien du royaume dans l’UE, n’est pas exclu. En d’autres termes, le report « court » n’est qu’une façade destinée à contenter les Brexiters fanatiques : personne ne peut dire aujourd’hui quand la Grande-Bretagne se détachera de l’Europe. De fait, elle est entrée dans une période probablement longue d’atermoiements et de déchirements. L’incertitude ne va pas apaiser la crise britannique, elle va l’aggraver. Certains des acteurs de cette immense affrontement entre Brexiters et Remainers devraient songer à faire table rase du passé et refaire le processus de séparation sur une autre base, par exemple des élections anticipées. Theresa May s’est battue avec un courage impressionnant dans une mission contradictoire : il lui fallait assurer le Brexit tout en préservant les avantages acquis par son pays au sein de l’Union européenne. Elle devrait maintenant démissionner, étant entendu que les élections anticipées seraient une vote pour ou contre le Brexit.

Une prise de conscience.

C’est ce que la Commission s’évertue à lui dire. Ce n’est tout simplement pas possible : la Grande-Bretagne ne peut pas larguer les amarres et rester un an ou deux dans l’union douanière. Un pays est dans l’Union ou il n’y est pas. L’Union n’est pas un buffet où l’on choisit ce qu’on aime et où l’on rejette ce qu’on n’aime pas. Si c’était possible, chacun des 27 disposerait d’un menu à la carte et l’Union n’existerait pas. En somme, ce que les Anglais demandent aux Européens, c’est de sacrifier l’Europe aux caprices britanniques. Toutefois, une chose est sûre : il y a au royaume une large prise de conscience du danger inouï que représente le Brexit. Le vote d’hier, que les médias français ont largement boudé, le montre. Tout à coup, quelque chose de raisonnable a traversé les esprits des élus britanniques.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Brexit : stop and go

  1. Michel de Guibert dit :

    Je suis moins optimiste que vous sur les élus britanniques qui ont montré leur irresponsabilité ces derniers jours avec l’alliance de fait des contraires, mais je vous rejoins sur la nécessité de nouvelles élections anticipées… sans être sûr pour autant qu’elles apporteront une solution à la crise actuelle, tant il y a comme en France une fracture territoriale entre la jeunesse et les élites de Londres d’un côté et l’Angleterre rurale ou industrielle en crise de l’autre.

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