Elections : l’arme fiscale

L’argent, nerf de la guerre
(Photo AFP)

Le gouvernement annonce une baisse de l’impôt sur le revenu qui concernera 95 % des foyers français. Il le fait à 18 jours des élections européennes. L’opposition dénigre son geste qu’elle considère comme « du vent » (Eric Ciotti, LR).

EMMANUEL MACRON s’inquiète d’une moyenne des sondages qui semble confirmer que le Rassemblement national arrivera en tête du scrutin. Il utilise donc tous les instruments dont il dispose pour obtenir les points de pourcentage qui assureront la victoire de la République en marche, laquelle aurait le double avantage de riposter à la morgue exubérante du RN et d’ouvrir, vers les municipales et les élections de 2022, une voie plus large à la REM. On note toutefois que, si elle n’est pas forcément le premier parti de France, la REM en est le second, ce qui est pratiquement un exploit après la crise déclenchée par les gilets jaunes et qui a plombé la popularité de M. Macron.

Comme d’habitude, on constate que la République en marche s’est engagée dans le plus parfait des désordres, désormais sa marque ; que le choix de Nathalie Loiseau comme tête de liste de la REM, n’est pas nécessairement le meilleur, que les alliés de M. Macron, par exemple Daniel Cohn-Bendit, habituellement plus loquaces, ne donnent pas beaucoup de la voix et que, si la galère des gilets jaunes (qui ne représentent rien sur le plan électoral, comme le montrent les enquêtes d’opinion) s’enfonce doucement dans le maelström qu’elle a délibérément déclenché, l’opposition continue à couvrir la majorité d’un tapis de bombes.

Des mesures coûteuses, donc sincères.

Ce qui conduit les adversaires de la majorité à commettre des erreurs : dans son effort de redistribution de l’argent aux foyers les moins nantis par le biais fiscal, le gouvernement est totalement sincère. Son premier geste, qui date du début de la crise sociale en décembre dernier, a eu un effet positif sur les ménages : le pouvoir d’achat a augmenté et il aura crû de 2 % de plus avec la baisse de l’impôt sur le revenu, la défiscalisation des heures supplémentaires, la suppression partielle de la taxe d’habitation, la suppression de la hausse de la CSG pour les pensions dont le montant ne dépasse pas 1 200 euros.

C’est d’autant plus absurde de le nier que la redistribution au total de quelque 17 milliards pose un problème aigu de financement et que, tout en demeurant largement hostiles au chef de l’État, les bénéficiaires de ses largesses ne pourront pas les discréditer, comme le fait M. Ciotti. Et que, pour être clair, le Premier ministre, Édouard Philippe, chiffre à 350 euros en moyenne le gain des foyers bénéficiaires de la diminution de l’impôt sur le revenu. Les Républicains n’ont cessé de penser qu’il leur fallait reconquérir les suffrages de ceux qui, en 2017, ont abandonné François Fillon pour voter Macron. Calcul logique mais qui a ses limites, les sondages indiquant que LR ne dépasse pas les 14 %, même si la droite a réussi à affaiblir suffisamment la REM pour offrir  un boulevard au RN.

Le paysage est identique à celui d’il y a deux ans.

Le défi lancé à Macron est donc le suivant : il lui reste à prouver que son mouvement, né d’une intuition remarquable en 2017, résiste à l’adversité, aux scandales, à la révolte des gilets jaunes, à la partialité de la majeure partie de la presse, aux tirs d’artillerie incessants de la droite et de la gauche. Jetez un coup œil au tableau et admettez que rien n’a vraiment changé en deux ans : la droite classique remonte péniblement, et si le choix de François-Xavier Bellamy pour diriger la liste LR est bon, la présence de Laurent Wauquiez à la tête du parti continue d’être vécue comme un handicap ; le scrutin européen a renforcé le sentiment que la déroute et les divisions de la gauche sont durables ; la France insoumise ne fera pas, le 26 mai, la moitié de son score en 2017 ; l’extraordinaire vigueur du RN continue de faire peser un danger sur la société française.

Dans ce contexte, le chef de l’État veut refroidir les têtes en ébullition qui ne voyaient plus que l’émeute comme recours ; il s’est rendu hier soir là où personne ne l’attendait, un dîner des candidats de la REM, auxquels il a apporté, bien sûr, son soutien. La démocratie est en feu et il reste un pompier encore efficace.

RICHARD LISCIA

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