Macron, chef de parti

Macron en Roumanie
(Photo AFP)

En visite en Roumanie hier, Emmanuel Macron a déclaré qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour battre le Rassemblement national aux élections européennes du 26 mai. Marine Le Pen a aussitôt rétorqué que, si la République en marche arrivait en second, le président devrait en tirer la leçon et démissionner.

LE PRÉSIDENT de la République a sans aucun doute pris un risque, mais rien ne le contraint à obtempérer aux instructions de Mme Le Pen, qui a cité le beau geste de Charles de Gaulle : il a quitté le pouvoir en 1969 après un référendum qu’il a perdu. De Gaulle ne risquait pas de laisser le pays aux mains d’un parti néo-fasciste. De la même manière, la constitution n’empêche pas le chef de l’État de participer à une campagne électorale. Mme Le Pen sait que, confrontée à M. Macron en 2022, elle serait battue tout aussi complètement  qu’en 2017. Elle rêve d’accéder à ce pouvoir, que tout scrutin lui interdit, par des intimidations ou des objurgations.

Non, le projet européen n’est pas abandonné.

La première analyse qui vient à l’esprit, et qui a été présentée sur tous les médias, c’est que, décidément Macron réduit l’enjeu européen à une bataille avec le RN, alors qu’il se présente comme un champion de l’Union. Il ne lui serait pas difficile de répliquer que,  pour engager la refondation de l’UE et pour engager un programme d’assainissement de l’environnement sur lequel il vient de mettre l’accent, il faut d’abord qu’il gagne la bataille des élections européennes. Mais c’est entendu, il a compris que la nomination de Nathalie Loiseau à la tête de la campagne de la REM n’a pas été un bon choix et, une fois de plus, le voilà au centre du débat, comme s’il n’avait pas été possible de trouver un homme ou une femme capable de faire le travail. On doit rester sensible à ces arguments mais ils ne suffisent pas à écarter le danger d’une victoire du RN qui lui ouvrirait la voie des municipales et des élections générales dans trois ans.

Le prix des péages.

Il est tout de même curieux que nous soyons si peu nombreux à signaler ce danger et que la droite classique participe à la curée lancée contre Macron et la REM. La droite et la gauche avaient saisi le Conseil constitutionnel au sujet de la privatisation d’Aéroports de Paris, et le Conseil a donné le feu vert à un référendum sur la question. Il reste à trouver quatre millions et demi de citoyens pour signer un texte exigeant le référendum. Il n’est pas sûr que les censeurs parlementaires de la majorité obtiennent autant de voix. Mais peu importe, pour le moment, ils célèbrent une première et indéniable victoire. Personnellement, je suis hostile à la privatisation des aéroports, car celle des autoroutes a enrichi de grosses sociétés pendant que le prix des péages ne cesse d’augmenter et devient inabordable sur certaines courtes distances.

Ils sont quittes.

Mais il ne faut pas être dupe. C’est sous la gouvernance de la droite que les autoroutes ont été privatisées. Ceux qui ont réussi cet exploit se découvrent maintenant une vive hostilité à de nouvelles privatisations, celles-là même qu’un François Fillon n’eût pas hésité à accomplir s’il avait été élu président. On feindra donc d’ignorer l’hypocrisie des Républicains (LR), qui retournent leur veste chaque fois que l’occasion se présente de porter un coup au macronisme. Ils y mettent une ardeur indécente quand, au moment de la victoire constitutionnelle, ils pactisent avec l’extrême gauche et l’extrême droite dont ils ont embrassé les représentants dans les couloirs de l’Assemblée. Si Emmanuel Macron met l’Europe au service de ses ambitions, LR met le rapprochement tactique et conjoncturel avec les extrêmes au service de son unique projet, la destruction de la Macronie. Ils sont quittes.

Mais la majorité fait tout ce qu’elle peut pour écarter le RN du pouvoir alors que les Républicains, certes en moins bonne forme, n’hésitent jamais, pour leur part, à trahir leurs électeurs, qui ne leur demandent pas tant de hargne anti-Macron, afin de grappiller quelques points de pourcentage. Trahir ? Peut-être ont-ils plutôt le sentiment que les affinités entre LR et RN sont telles qu’ils peuvent faire un bout de chemin avec l’extrême droite, sans trop soucier de la déroute ultérieure à laquelle ils s’exposent avec une coupable inconscience.

RICHARD LISCIA

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One Response to Macron, chef de parti

  1. Michel de Guibert dit :

    Cela fait plus de 30 ans que la gauche, et aujourd’hui Emmanuel Macron, agite le spectre du danger de la victoire du FN, puis du RN pour se maintenir au pouvoir… et cela n’a abouti qu’à affaiblir la droite et à faire progresser le FN, puis le RN considérés comme l’unique opposition à battre.
    Dans l’autre sens, Marine Le Pen exige la démission d’Emmanuel Macron en cas de victoire de sa liste aux élections européennes, ce qui contribue à accentuer le caractère d’un duel entre les seules RN et LREM.
    Cette cristallisation du débat entre ces deux seules formations finit par réduire à néant tout débat démocratique.

    Réponse
    Mais c’est comme ça : oui, ça fait trente ans, mais aujourd’hui non seulement le RN est ce qu’il est mais il peut gagner les élections présidentielle et législatives. Alors de deux choses l’une : ou bien on estime que le RN est un parti comme un autre, ou bien on pense qu’il réduira nos libertés. Je le crois profondément, je le dis et je le répète et s’il est vrai que de le dire n’empêche pas le RN de progresser, je ne vois pas comment on l’empêcherait de progresser en ne disant rien.
    R. L.

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