Rugy disculpé ?

François de Rugy
(Photo AFP)

Une enquête gouvernementale, conduite par Virginie Aubard, contrôleuse générale des Armées, estime que les travaux auxquels François de Rugy a fait procéder à l’Hôtel de Lassay n’ont pas coûté une somme prohibitive et que ses dîners étaient « professionnels ».

LE PREMIER  ministre, Édouard Philippe, a tenu à publier le rapport gouvernemental, pour faire toute la transparence.  Ses conclusions ont déjà été rejetés par l’opposition et par Médiapart, qui a publié toute une série d’articles à charge contre M. de Rugy. Il est vrai que l’ancien président de l’Assemblée nationale a demandé des travaux dont la finition a considérablement augmenté la facture. Il s’est d’ailleurs engagé à rembourser sou pour sou les dîners dont le prix paraîtrait trop élevé pour les enquêteurs. Médiapart, lorsqu’il a asséné son coup de grâce à François de Rugy, a indiqué qu’il avait payé ses cotisations à son parti (Europe Écologie les Verts) avec son indemnité parlementaire en 2013 et 2014, ce qui est interdit puisque cela revient à défiscaliser deux fois la même somme. Il se peut donc qu’il n’en ait pas fini avec ses soucis.

Un objectif politique.

L’attitude de Médiapart, depuis le début de l’affaire, indique que ses révélations avaient un objectif politique qui a été atteint quand M. de Rugy a démissionné de ses fonctions de ministre. Il n’est donc pas surprenant que le site valide une fois encore sa propre version des faits et dénonce, mais il n’est pas le seul, les complaisances des enquêteurs. Dans l’affaire Benalla, l’enquête de la commission de l’Assemblée a été littéralement bloquée par les élus de la République en marche. De sorte que François de Rugy n’échappe pas à la suspicion née de la publication des informations de Médiapart, même s’il y a, dans la manière avec laquelle elles ont été diffusées, la volonté évidente de porter un coup à la réputation.  Coup qui a été porté et qui a entraîné sa chute. On aurait tort, si on voulait se faire une opinion, d'(entrer dans le labyrinthe des chiffres, des personnes invitées et des dorures refaites. Comme l’ont souligné plusieurs intervenants sans doute intègres, le problème n’est peut-être pas judiciaire, mais il est sûrement éthique. La question n’est pas de savoir si l’ancien président de l’Assemblée doit passer en correctionnelle, mais s’il a dépensé les deniers de l’État d’une façon avisée. L’enquête gouvernementale ne l’accable guère mais elle mentionne des frais qui semblent somptuaires. Enfin, ce qui vaut pour Médiapart et pour l’opposition vaut pour la majorité. À attaque politique de l’opposition, contra-attaque politique du pouvoir.

Tous les observateurs rappellent, ce qui est facile, comment le général de Gaulle comptabilisait ses dépenses personnelles d’électricité à l’Élysée et les payait de sa poche. Sans parvenir à ce degré de sobriété monacale, tout responsable politique doit être beaucoup plus exigeant que ne le fut M. de Rugy. C’est parce qu’il avait du pouvoir, et en tout cas celui de décider lui-même si son appartement à l’Hôtel de Lassay méritait une réfection, qu’il aurait dû exiger la facture la moins élevée. Il aurait même pu continuer à vivre dans un logement que son prédécesseur n’avait pas jugé utile de réaménager. Personne ne le soupçonne d’avoir commis une manipulation comptable, mais dès lors qu’il était maître à bord, il aurait dû se souvenir que ce statut lui donnait plus de devoirs que de droits.

Oui, c’est vrai, ce pays, comme d’autre,s donne des leçons à tout le monde et devant la moindre dépense, il est facile, et quelque peu démagogique, de rappeler les petites retraites, les indemnités de chômage (toujours insuffisantes) et la pauvreté à laquelle sont soumis 14 % des Français. À partir de là, on a vite fait de percevoir un élu comme une personne qui paie rarement ce qu’il consomme. Et on voudrait même que tous, comme Christiane Taubira, se rendent à vélocipède à leur ministère. Mais nous croulons sous les dettes et n’avons pas besoin qu’un président de quoi que ce soit se paie sur nos impôts ou pis, sur notre dette. Voilà pourquoi le Premier ministre garde ses distances à l’égard de ce « scandale » et pourquoi il va publier un nouveau texte pour rappeler à tous les élus qu’ils doivent être exemplaires dans la sobriété.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Rugy disculpé ?

  1. Raymond dit :

    Que voilà un papier non polémique et auquel j’adhère pleinement.

  2. Dr.Daniele Presles . dit :

    Excellent article

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