Ferrand face à la justice

Fidèle au poste
(Photo AFP)

Président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand a été mis en examen par un magistrat de Lille, au terme de quinze heures d’interrogatoire,  dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne. M. Ferrand refuse de démissionner. Il a obtenu le soutien du président Macron et de tous les élus d’En marche.

C’EST une affaire curieuse car elle a été déjà jugée en 2017, la justice ayant prononcé un non-lieu. M. Ferrand, alors dirigeant des Mutuelles de Bretagne, a loué des locaux à sa compagne à un prix avantageux. L’association Anticor, très active dans le domaine de la corruption en politique a mené l’enquête, apporté vraisemblablement des éléments nouveaux et obtenu la mise en examen de M. Ferrand. Lequel, avec le soutien du chef de l’État, refuse d’appliquer la tradition dite « Balladur » : tout élu mis en examen quitte son poste. Ce matin la macronie disait, comme un seul homme, que rien, dans la loi, n’oblige M. Ferrand à démissionner. On conviendra toutefois que, dans cette époque où la haine entre adversaires politiques est plus forte que la règle, le président de l’Assemblée va avoir beaucoup de difficultés à exercer ses fonctions. On ne voit pas pourquoi il ne démissionnerait pas, quitte, plus tard, à revenir après avoir été innocenté une seconde fois.

Majorité contre oppositions.

La clameur anti-Ferrand est étouffée par l’embarras du monde politique, de la gauche et de l’extrême gauche à la droite et à l’extrême droite, comme si l’enjeu de cette affaire où Anticor joue un rôle certes essentiel mais extraordinairement partial (la macronie n’a pas le monopole de la corruption) était vraiment de nature à changer le rapport de forces politique dans la perspective des échéances électorales.  Jean-Luc Mélenchon et quelques membres de son entourage doivent comparaître devant la justice à cause de leur comportement violent à l’égard des juges et de la police pendant la perquisition de leurs bureaux. Tant et si bien que M. Mélenchon, conscient de ses propres avanies, prend la défense de M. Ferrand.  Du côté du MoDem, François Bayrou et quelques-uns de ses proches viennent d’être entendus par la justice dans l’affaire des emplois européens fictifs (des salariés payés en tant qu’assistants de députés européens mais qui se consacraient à un autre travail. M. Bayrou n’est pas inquiet, il est heureux d’avoir pu enfin s’expliquer.

Le cas de Sylvie Goulard.

On se souvient, à ce sujet, que, membre du MoDem, Sylvie Goulard avait estimé que, inquiétée par la justice, elle ne pouvait rester à son poste de ministre des Armées. Or elle vient d’être désignée comme commissaire européenne au Marché intérieur. Voilà qui accroît la confusion : elle a démissionné du gouvernement pour des raisons judiciaires qu’elle a ignorées quand le gouvernement lui a proposé son poste à la commission de Bruxelles. Le moins que l’on puisse dire, c’est, effectivement, qu’il n’y a aucune règle en la matière, sinon que le temps politique va plus vite que le temps judiciaire, mais que celui-ci rattrape toujours celui-là. Peut-être Mme Goulard s’estime -t-elle si innocente qu’elle ne craint plus du tout d’être mise en examen.

Un troisième tour.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il n’existe aucun parti en France qui soit en mesure de dénoncer la corruption des autres partis car il n’en existe pas un seul qui n’ait pas de démêlés avec la justice. La sévérité pour la majorité de Marine Le Pen, elle aussi plongée dans une affaire d’emplois fictifs européens et qui n’a toujours pas remboursé le prêt de plusieurs millions que lui a fait une banque tchèque, relève à la fois de l’imposture et de l’hypocrisie. Elle ferait mieux de se taire. De même que les socialistes qui prennent l’air grave de censeurs inspirés, comme s’ils avaient oublié l’affaire Cahuzac (et les autres), comme Mélenchon, qui se croit au-dessus des lois, sans doute parce qu’il est à gauche et que, à gauche, on est toujours innocent. Enfin, s’il faut saluer les lanceurs d’alerte, médias ou associations, sans lesquels beaucoup de boue ne serait pas remontée à la surface, il n’est pas souhaitable que leur activité confine au harcèlement ou qu’elle soit dictée par des motivations partisanes. La mise en examen de M. Ferrand relève d’une procédure où la justice semble vouloir faire aujourd’hui ce qu’elle n’a pas voulu faire il y a deux ans. Cette relation perverse entre juges et élus est dangereuse pour la démocratie. Le parquet ne doit pas être considéré comme un troisième tour de scrutin.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Ferrand face à la justice

  1. Blacklisté dit :

    « la justice ayant prononcé un non-lieu. »
    Donc la justice est coupable et dépendante, car Richard Ferrand parait indéfendable tant la prévarication, le délit d’initié et le compérage semblent évidents.

  2. Moutel dit :

    Vous dîtes : »le parquet ne doit pas être considéré comme un troisième
    tour de scrutin « ; je suis 100% d’accord avec cette conclusion , mais j’ajouterai
    que cela doit être vrai également pour un premier tour. Ce qui n’avait
    manifestement pas été le cas en 2017 vu le zèle et la précipitation du parquet pour
    que Fillon soit mis en examen avant le premier tour.

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