La réforme bat en retraite

Jean-Paul Delevoye
(AFP)

Le projet de réforme des retraites est fort mal engagé. Le gouvernement, même s’il jure qu’il n’y a pas renoncé, hésite à annoncer des mesures sévères au moment où se prépare un affrontement entre l’exécutif et les oppositions politiques ou syndicales.

EMMANUEL MACRON ne serait qu’humain si, face à la vague très haute du mécontentement social, il décidait de renoncer à engager la réforme en 2020. La confusion règne sur ses intentions, sur la faisabilité de la réforme, sur les pistes choisies. Un différend a opposé le Haut-Commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, au Premier ministre, Édouard Philippe, sur l’étendue duprojet. Le chef du gouvernement a suggéré une « clause du grand-père ». Il s’agit de n’appliquer les nouvelles mesures d’économie qu’à partir de la génération de Français née en 1963. M. Delevoye s’est indigné : le compte n’est pas bon.

Déficit promis par le COR.

La-dessus, le COR (Conseil d’orientation des retraites) y va de ses propres suggestions. Il constate que les pensions ne pourront être financées en 2025 que si l’État apporte une contribution comprise entre 8 et 17 milliards d’euros. Ce constat alarmant coule de source. Toute l’idée de la réforme vient ce qu’il devient indispensable de grossir les recettes. Cela ne peut être accompli que de trois façons : en diminuant le niveau des pensions (tollé général), en augmentant les cotisations (idem) ou en prolongeant les carrières de deux à trois ans. Bien entendu, les Français, qui ne sont pas les meilleurs comptables du monde, rejettent ces trois propositions, sans remarquer que différer l’âge de la retraite, c’est diminuer la masse des pensions et augmenter leurs recettes, sans pour autant nuire de quelque manière que ce soit au niveau de vie de nos concitoyens.

Or tout concourt à ce choix historique : nous vivons plus longtemps et en bonne santé. Les seniors ont une qualité de vie remarquable, généralement parlant. La pénibilité au travail diminue grâce à la modernisation de l’outil de travail, à l’usine ou au bureau. Nous avons collectivement pris la mauvaise habitude de travailler moins pendant la semaine, pendant le mois et pendant l’année et de travailler encore moins depuis qu’un gouvernement de Mitterrand a décidé de ramener l’âge de la retraite à 60 ans, au lieu de 65. Qui a payé pour cet exploit sans précédent ? Toute la France. Nicolas Sarkozy est parvenu, malgré les hurlements de rage de la population, à prolonger les carrières jusqu’à 62 ans. Emmanuel Macron lui-même a jugé qu’il était trop dangereux de les prolonger encore de deux ans, ce qui se fait pourtant dans toute l’Europe.

Pourquoi la réforme est indispensable.

M. Macron peut aussi ne rien faire, c’est-à-dire oublier la réforme. Le laisser-aller garantit un effondrement du système dans cinq à six ans, de sorte que les pensionnés ne toucheront plus leur pécule, tandis que les actifs n’auront plus à cotiser. Mais ne rien faire, c’est tomber dans le tout-privé, dans une inégalité absolue. Ceux qui gagnent un salaire susceptible de leur permettre de faire des économies, s’en sortiront, les autres affronteront la vieillesse avec des dettes. Est-ce possible ?

C’est impossible si les syndicats ont un peu de bon sens et s’ils arrêtent de se livrer à la surenchère. Certes, plus d’un métier est désagréable, certes, la hiérarchisation des emplois est injuste, certes, on n’a pas une bonne fin de vie si on a marné pendant toute sa jeunesse, mais le pire, c’est d’arriver au bout de sa vie active sans avoir une protection. En ce sens, la réforme est indispensable. J’ajoute qu’elle doit être permanente. Elle n’est pas que l’affaire du gouvernement actuel, elle sera l’affaire de tous ses successeurs. Il faudra sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier si on veut que les comptes des retraites soient tout le temps équilibrés. Le degré de croissance, la conjoncture démographique, le taux de naissances par couple, tous ces facteurs influeront sur les recettes qui doivent s’adapter, par exemple, à une récession, à la désertification de certaines régions, au manque éventuel de main d’œuvre, donc de cotisants. Ça tombe sous le sens, mais j’entends déjà les cris de ceux qui ne sont pas d’accord.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to La réforme bat en retraite

  1. Michel de Guibert dit :

    Oui, il est clair que la seule réforme vraiment adéquate des retraites est de retarder l’âge de la retraite à 65 ans.

  2. PICOT dit :

    Tout à fait exact. Il n’y a que ces trois moyens pour tenter d’équilibrer les comptes. Merci Mitterrand, effectivement. Mais ce n’est pas la réforme de Macron (dictée par l’UE, ne l’oublions pas) qui va arranger les choses, il serait préférable de mettre en place un système de répartition avec capitalisation supplémentaire. Cette soi-disant réforme va mettre tout le monde sous la coupe de l’État puisqu’il aura la main sur la valeur du point de retraite que, bien entendu, il n’augmentera jamais (voyez le taux du livret A). Ce qui veut dire qu’il s’agit, en fait, de faire les poches des retraités et ce dans tous les régimes sans exception. Pratiquement tout le monde a compris ce piège grossier. En outre il n’y a aucune raison qui tienne la route de supprimer les caisses indépendantes des professions libérales comme celles des médecins et des avocats qui, non seulement sont à l’équilibre, mais ont fait, de plus, 24 milliards de provisions pour les coups durs avec les cotisations des professionnels, et ceci sans le moindre sou d’argent public. De plus les dits cotisants, tout au long de leur vie active versent, avec leur cotisation, des fonds (dits de compensation) aux autres caisses en difficulté. Ajoutons, ce que les avocats ont compris les premiers, que la main mise de l’État sur les retraites des professions libérales accélérera leur disparition.

    Réponse
    Rien n’est encore décidé. L’État va faire les poches des cotisants ? Vous n’en savez rien. La réforme bat en retraite, ça veut bien dire qu’elle n’est pas encore appliquée. risque de ne pas avoir lieu. Avant de juger, il faut connaître les modalités d’une réforme qui n’est pas entrée en vigueur. C’est une manie populaire à laquelle vous n’échappez pas : on crie au loup, ce qui provoque des tensions inutiles. On n’en est pas encore au point où les poches sont vides.
    R.L.

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