États-Unis : la scission

 

Le Congrès applaudit debout
(Photo AFP)

Donald Trump a ridiculisé le fiasco des primaires démocrates dans l’Iowa, comme si cette terrible pantalonnade n’était pas le symptôme d’un grave échec de la démocratie. Il jubile depuis que le Sénat, à majorité républicaine, donc à sa botte, l’a acquitté de l’impeachment voté par les représentants démocrates. Peut-être sera-t-il réélu en novembre prochain, mais pour gouverner quel pays ?

Mardi, le président des États-Unis a prononcé son discours sur l’état de l’Union devant le Congrès réuni en séance solennelle. Peut-être s’agit-il d’un rite ou d’une tradition, mais c’est aussi le moyen de déployer les splendeurs de la république. En arrivant au Capitole, M. Trump a tendu le texte de son discours à Nancy Pelosi, présidente de la majorité démocrate à la chambre des représentants. Elle a voulu lui serrer la main, il a feint de l’ignorer. Quand il a fini son oraison, longuette et toute à sa gloire, elle s’est levée et a déchiré les feuillets du discours. Jamais l’Amérique n’a été aussi divisée. Jamais l’hostilité entre les deux camps, entre majorité et minorité, entre républicains et démocrates, n’a été aussi profonde et aussi irrémédiable. En 2017, des millions d’Américains ont manifesté dans les rues pour crier que Trump n’était pas leur président. La connivence entre Trump et les élus républicains qui, après l’avoir boudé, ont cru comprendre que leur destin dépendait de lui, rend sa défaite à l’élection présidentielle pratiquement impossible.

L’erreur des démocrates.

Ce n’est pas que les démocrates soient des anges ou qu’ils soient parés de toutes les vertus dont le camp adverse serait dépourvu. M. Trump, par d’énormes largesses fiscales, a revigoré l’économie de son pays et a vaincu le chômage. La question concerne moins les perspectives d’un second mandat que quatre années supplémentaires de projets ahurissants et de démarches diplomatiques incompréhensibles, quatre années pendant lesquelles sera appliquée la loi du plus fort, seront utilisés les instruments du cynisme et du mensonge et seront mises en œuvre des politiques sociales de plus en plus inégalitaires et des programmes économiques dangereux pour la stabilité monétaire de la planète.

À ce jour, les démocrates n’ont pas su se donner un chef, un homme ou une femme qui réunisse les qualités d’un président, sang-froid, sens de la stabilité, respect des institutions, défense de l’environnement, diplomatie équilibrée. Qu’un bug informatique ait retardé de deux jours les résultats de l’Iowa n’est pas grave. Ce qui semble infiniment plus sérieux, c’est que les électeurs n’aient pas la possibilité de voter pour un candidat ou une candidate qui soit ardemment centriste, c’est-à-dire à l’écart des dogmes et des simplifications. Joe Biden semblait faire l’affaire, mais le voilà déjà à bout de souffle, dépassé par Bernie Sanders et par un jeune homme, Pete Butigieg, charmeur et dynamique, mais privé d’expérience et qui, en outre, ne risque pas d’attirer les franges républicaines dont Trump n’est pas la tasse de thé.

Une importance pour le monde.

L’ai-je suffisamment répété ? Une élection présidentielle aux États-Unis a une importance énorme pour le monde entier. Nous ne pouvons pas élire le président dont la politique aura un effet direct sur chacun d’entre nous et nous devrons subir le choix des Américains, quel qu’il soit. M. Trump a sans aucun doute revigoré l’économie américaine, d’où un taux de popularité insolent. Mais il a dévasté le commerce mondial, il a lancé, du côté de l’Iran et de la Corée du Nord, des démarches qui ont abouti à un échec complet. Il a mis un plan de paix pour le Proche-Orient qui laissent indifférents ou hostiles les gens les plus concernés, c’est-à-dire les Palestiniens.

Il apparaît comme le défenseur intransigeant des Israéliens, mais si on se souvient de ce qu’il a fait aux Kurdes, on ne croira pas que ce spécialiste du renversement des alliances protègera Israël sans y trouver son intérêt. Il s’associe plus aisément avec des dictatures qu’avec des régimes démocratiques. Il ne poursuit pas Poutine de sa colère et pour cause : il sait trop combien il lui en coûterait si sa connivence avec Moscou était révélée et documentée. Il n’a d’ailleurs échappé à une sanction du Sénat que parce que les sénateurs républicains ont refusé d’entendre les témoins à charge. C’est un immense manipulateur.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to États-Unis : la scission

  1. Doriel pebin dit :

    Merci pour vos commentaires. La réussite de Trump est que pour le monde quasi entier les USA apparaissent désormais comme une allié non fiable et une pseudo démocratie puisqu’on risque de voir deux milliardaires de New York aller  » en finale  » parce qu’ils sont richissimes. Drôle de pays et d’exemple ! Il ne faut pas oublier non plus qu’une bonne part de la soi-disante réussite économique de Trump avait déjà commencé avec Obama et surtout du fait que les USA sont devenus le premier producteur mondial de pétrole. Cela n’est jamais mentionné curieusement.

  2. JMB dit :

    Dans sa démarche impériale, Rome a accordé la citoyenneté romaine à tout les hommes libres de son empire, qui conservaient leurs droits locaux (édit de Caracalla). Une politique en adéquation avec son ambition.
    Dès le rejet de sa destitution, Trump a licencié le lieutenant-colonel Vindman et Gordon Sondland, ambassadeur auprès de l’Union européenne qui avaient témoigné au cours de l’enquête préalable. Le jumeau de Vindman a aussi été licencié du Conseil de sécurité nationale.
    La vengeance n’est pas toujours un plat qui se mange froid.

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