Deux motions de censure

Solitude de Macron
(Photo AFP)

Deux motions de censure contre le gouvernement ont été déposées par Les Républicains et par la gauche (LFI et PS). On en débattra toute la journée, puis le gouvernement engagera sa responsabilité devant l’Assemblée nationale, assuré qu’il est de faire adopter le projet de loi sur la refonte des retraites sans coup férir.

IL EST logique que les oppositions se manifestent pour exprimer leur mécontentement face à une disposition, l’application de l’article 49/3 de la Constitution, qu’elles réprouvent avec colère.  Il est moins logique qu’elles espèrent réussir dans leur démarche. La République en marche a perdu plusieurs députés qui estiment qu’elle penche trop à droite et ne fait nullement la synthèse entre la droite et la gauche, jugement tout à fait sensé. Mais le gouvernement d’Édouard Philippe dispose encore d’une majorité de 300 voix, auxquelles le MoDem apporte ses propres suffrages. L’exécutif ne courait donc aucun risque à se jeter dans l’aventure, sinon que deux syndicats, et pas des moindres, FO, puis la CGT, ont quitté la conférence pour le financement des retraites et qu’un appel a été lancé pour une journée de mobilisation aujourd’hui, avec un résultat qui sera sans doute modeste.

La machine à diffamer.

Il n’y a pas convergence des deux motions de censure, mais concurrence. Marine Le Pen, dont le parti, le Rassemblement national, ne peut pas déposer une motion parce qu’il n’appartient pas à un groupe parlementaire, dit qu’elle votera les deux textes, même s’ils ne disent pas la même chose et sont même en contradiction, l’essentiel étant, n’est-ce pas, que l’on discrédite Macron jusqu’au dernier souffle. Est-ce qu’au bout du compte, après la tempête, on parviendra au calme plat ? Non. L’affaire lassera des traces, non parce que le gouvernement aurait pris une décision inique, mais parce que la machine à diffamer le pouvoir, qui marche à plein régime, y compris les samedis et les dimanches, ne doit jamais ralentir sa tâche. Le plus curieux, c’est peut-être le fossé entre la dénonciation d’une mesure  inscrite dans la Loi fondamentale et les manœuvres d’une opposition fort peu préoccupée de la légalité de ses démarches mais acharnée à démontrer ce qui est faux, à savoir que le gouvernement trahit la loi. On aura tout entendu, qu’une réunion au plus haut niveau sur le coronavirus a abouti à la décision d’appliquer le 49/3, que l’exécutif a agi dans la confidence et le secret, que le Premier ministre a annoncé en catimini qu’il engageait la responsabilité du gouvernement. En catimini ? Il est allé le dire aux élus du peuple dans l’hémicycle ! Mais quel nouveau procès va-t-on lui faire ?

Conjonction des haines.

Dans cet hiver démocratique, on essaiera quand même de discerner les bourgeons du printemps. Le projet ne restera pas en l’état, il va être examiné au Sénat et amendé en fonction des convictions de la droite (qui veut porter l’âge de départ à la retraite à 64 ou 65 ans). Il reviendra à l’Assemblée où les éléments d’En marche venus de la gauche tenteront de lui donner des teintes pastel. La fond de l’histoire, c’est que le gouvernement veut en finir et adopter une refonte des retraites même si, pour y parvenir, il devra faire des concessions. Les oppositions, comme presque tous les syndicats, ne veulent d’aucune réforme et souhaitent affaiblir Macron. Ils y sont parvenus au point que son avenir politique en ce mois de mars est beaucoup moins rose et qu’il le sera encore moins au soir du 22 mars, terme des élections municipales. Plutôt que de nous abreuver de paroles et de démarches interminables, pourquoi ne disent-ils pas la vérité, à savoir que cinq ans de mandat, c’est encore trop long à leurs yeux ? Ce qui est bon pour ceux qui aspirent au pouvoir ne l’est pas pour ceux qui le possèdent. Les deux censures représentent le parfait exemple de deux positions irréconciliables, celle de l’extrême droite et celle de l’extrême gauche, la totale contradiction entre leurs convictions affichées, et la synthèse que produit non pas la vision politique ou le projet républicain, mais la conjonction des haines.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Deux motions de censure

  1. PICOT dit :

    Dans l’esprit de la 5e République le 49/3 sert surtout en cas d’urgence. Or il n’y a ici aucune urgence, et rien n’impose une telle précipitation sur un sujet aussi important que les régimes des retraites, tant pis s’il y a une foule d’amendements. Il est donc impératif de prendre tout le temps qu’il faut. La majorité des Français est contre cette réforme? Aucune importance. Référendum? Ils n’en veulent pas, bien sûr. C’est donc un passage en force contre la volonté des Français. Et pourquoi démolir en même temps les caisses des professions libérales qui fonctionnent parfaitement et versent, par dessus le marché, des millions d’euros au secteur public? Réponse du gouvernement, en tout cas aux avocats : ils seront bénéficiaires ! C’est archi faux et la démonstration est ainsi faite que soit il ment, soit il n’y connaît rien, et c’est grave dans les deux cas. Il s’agit là d’une attaque sans précédent contre les professions libérales (normal, ils n’aiment pas la liberté). Nous sommes donc en présence de politiciens qui gouvernent contre leur propre peuple. Ce n’est pas nouveau mais cela ne pourra pas durer longtemps et finira tôt ou tard par une grosse explosion. Les Français se sont fait avoir en 2005, cette fois il n’est pas sûr que ça marche.

    • D.S. dit :

      Pourquoi dites vous que la majorité est contre cette réforme? Macron a bien été élu à la majorité et la réforme figurait clairement dans son programme. Les sondages auxquels vous faites allusion ne seraient crédibles qu’en l’absence de tout conflit d’intérêt. Il est évident que 100 % des Français seraient d’accord avec une réforme qui les avantageraient personnellement. Le gouvernement n’avait donc pas d’autre choix que d’utiliser le fameux 49-3 et confirmer ainsi le plus petit dénominateur commun.

      • PICOT dit :

        En réponse à D.S.
        Passons sur la façon dont Macron a été élu. Il a bien parlé d’une réforme des retraites mais avec une imprécision remarquable. Les Français ont très bien compris que, pour la plupart, les pensions vont baisser et les cotisations augmenter avec cette soi-disant réforme. Le flou artistique sur la fixation future de la valeur du point de retraite est anormal et inquiétant. Et si, devant la colère de la population, il pouvait, et même devait, faire un référendum, il avait parfaitement le choix. La seule chose gênante pour lui était le risque de perdre presque à coup sûr. Il y a aussi une chose à noter que les médias passent sous silence : les Grecs sont actuellement dans la rue pour protester, alors qu’ils sont déjà en situation très difficile, contre une « réforme » des retraites du même genre. Curieux, non ? En réalité les gouvernants, sans le dire, obéissent à l’UE, et celle-ci est tout ce qu’on veut sauf démocratique (dixit Jean-Claude Juncker). Donc pas de référendum.

        Réponse
        La réforme est une réforme et le référendum un instrument destructeur de la démocratie. M. Macron n’est obligé par aucune loi de procéder à un référendum, sauf s’il lui venait à l’esprit de satisfaire les exigences de l’extrême droite et des vôtres. Je ne crois pas qu’en inondant cet espace de vos écrits, vous parviendrez à le convaincre.
        R. L.

        • Num dit :

          Vous dites n’importe quoi :
          Les Français sont contre cette réforme ? Tous les sondages ont montré que c’était 50/50 et souvent même une légère majorité de soutien
          Les pensions vont baisser et les cotisations augmenter ? Le budget total des retraites va rester le même et même légèrement augmenter avec la réforme donc ça ne tient pas la route. Et ne dites pas que ce sont les plus riches qui vont en bénéficier puisqu’avec le plafonnement des cotisations, c’est même le contraire.
          Et le référendum n’est pas plus démocratique que le vote à l’assemblée : c’est une question de démocratie directe ou indirecte.
          Vous colportez des fake news avec une assertivité qui n’est pas un gage de vérité.

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