La santé d’abord

Macron hier soir
(Photo AFP)

Emmanuel Macron a annoncé hier soir un tir groupé de mesures draconiennes, toutes destinées à limiter aussi vite que  possible la propagation du coronavirus.

CES mesures sont à la fois médicales, hospitalières, économiques et sociales. Toutes les écoles et facultés seront fermées à partir de lundi, ce qui laisse peu de temps aux parents pour organiser la garde des enfants, d’autant qu’il est recommandé de ne pas les confier aux grands parents : les enfants sont parfois des porteurs sains du virus et risquent de contaminer les personnes âgées, bien plus vulnérables qu’eux. L’État paiera immédiatement les salariés que les entreprises, petites ou grandes, mettront au chômage technique, sans baisse du pouvoir d’achat pour les personnes concernées, notamment celles qui sont au Smic. Le gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir pour ralentir l’épidémie, et il est fondé à le croire dès lors que le pays le plus touché, la Chine, a atteint un pic et se trouve aujourd’hui sur la pente descendante.

Cent milliards ?

Le pouvoir a été contraint de jeter aux orties nombre d’éléments qui ont construit sa gouvernance. Il a admis le principe d’une dépense publique augmentée de plusieurs dizaines de milliards (peut-être cent), alors que les critères bruxellois exigeaient pour 2020 une baisse sensible du déficit budgétaire ; il réinvestit largement dans les hôpitaux, fait appel aux jeunes retraités de la médecine, embauche des infirmiers ; il déclenche une sorte de plan Orsec qui garantit les revenus des personnes mises au chômage technique ; il reporte les cotisations sociales du patronat ; il galvanise la population en exigeant d’elle qu’elle se plie aux recommandations du corps médical.

Il en appelle aussi à l’unité nationale, principe que la journée d’hier a infirmé. Il est bien possible que l’exécutif ait envisagé jeudi de reporter d’un an la tenue des élections municipales. La rumeur était telle hier après -midi que les chaînes d’information ont consacré des heures à ce sujet qui n’en était pas un. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, expliquait ce matin que M. Macron avait consulté les experts médicaux, lesquels ont confirmé que le scrutin pouvait se dérouler sans dommages, surtout si les électeurs se conforment aux gestes d’hygiène qui leur sont demandés. L’ajournement des municipales n’aurait pas été un crime et il y a un précédent. On a rejoué la crise du 49/3. Les partis d’opposition y ont vu un geste politique et ont exercé alors sur l’Élysée une pression énorme à laquelle le président a cédé. Il a bien fait. Mais nous pouvions nous épargner cet épisode qui fait de l’épidémie une contrainte secondaire. Or il est bon et utile que le gouvernement, abandonnant ses calculs budgétaires et l’axe réformiste de sa politique générale, ait pensé au scrutin des 15 et 22 mars. Il a en effet sacrifié beaucoup d’acquis réformistes à la lutte contre l’épidémie, considérant, à juste titre,  que la France sera paralysé esi la contagion s’étend à l’ensemble de la population. Si les médias en ont fait des tonnes, les oppositions se sont aussitôt calmées : elles ont compris que le gouvernement mettait le paquet mais que, sensible à ses critiques, il ne voulait pas ajouter le désordre politique à l’épidémie. La vigueur des décisions du président est proportionnelle à sa volonté de ne pas alarmer les Français outre mesure.

Frontières intra-familiales.

Ce qui implique qu’ils le prennent au sérieux et respecteront la discipline qu’il leur impose. Certes, on ne peut pas écarter les manœuvres politiques d’un drame national aussi spectaculaire. Il est logique que l’opposition donne son avis et, à la vérité, le report des municipales aurait créé un casse-tête très difficile à résoudre. Il est vrai aussi que si Macron parvient à juguler la maladie, il en retirera des bienfaits personnels, à commencer par la gratitude d’un peuple qui ne l’a guère ménagé ces derniers mois. Mais le président de la République n’a pas inventé le coronavirus, il n’a pas souhaité la contamination de la France, et il a tiré très vite la leçon de ce qui s’est passé en Chine et en Italie. Le résultat est que nous avons maintenant de bonnes chances de nous en sortir, peut-être plus vite que d’autres pays qui croient que, en fermant leurs frontières, il seront à l’abri. La frontière à établir est entre les hommes, à l’intérieur des familles, entre jeunes et vieux, entre malades et personnes indemnes.

Il est impossible de dire aujourd’hui comment la France va résoudre l’énorme problème financier qu’elle s’est volontairement infligé. La plongée de la Bourse hier était due à la décision de Christine Lagarde, directrice de la Banque centrale européenne, de ne pas baisser ses taux directeurs. Mme Lagarde a eu raison sur le plan technique : cela fait des années que son prédécesseur a inondé les marchés d’argent en rachetant de la dette publique. Elle est venue à la BCE pour mettre un terme à ce programme. Voilà qu’on la sollicite pour qu’elle s’en tienne au quantitative easing, qui certes n’a pas été accompagné d’inflation mais a permis aux États européens de dépenser sans compter. Cependant, l’Europe doit prendre une décision politique majeure, celle d’ouvrir d’immenses crédits pour voler à la rescousse de pays comme l’Italie et la France, menacés de récession. Compte tenu de la frilosité des Allemands, décidément peu excités par la pandémie, ce ne sera pas facile.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to La santé d’abord

  1. Laurent Liscia dit :

    La réponse la plus efficace à l’épidémie vient de la Corée du Sud qui teste 15 000 personnes par jour ; ce qui lui permet d’isoler les vecteurs sains et de traiter les malades sans pour autant fermer les portes des usines, des bureaux et des écoles. Les mesures sociales annoncées par Macron sont d’autant meilleures qu’elles sont nécessaires. On peut être absolument certain qu’elles n’auront pas leur pendant aux US, où le président annoncera dans quelques minutes des mesures de stimulus et de « répression »; ce qui n’empêchera nullement l’économie locale de s’effondrer. Sous la férule de ce pitre, les États-Unis sont devenus le pays le plus bête du monde. Un exemple, je reviens à peine du supermarché à Berkeley. J’ai du abandonner mon chariot parce qu’il y avait trop de monde. Les écoles sont maintenant fermées et c’est la panique générale. Mais quand j’observe ce que les gens mettent dans leur caddies, je vois énormément d’eau minérale. De l’eau minérale! L’eau potable dans notre région est l’une des plus saines du monde. De plus, quel rapport entre le coronavirus et l’eau potable ? Autre anecdote hallucinante qui démontre à quel point l’épidémie a été politisée. Sur Fox News, le média bien connu pour sa ré-interprétation ultra-conservatrice de la réalité, un reporter interroge une femme qui a le coronavirus, et ne porte pas de masque. « Oui, j’ai le coronavirus, mais ça n’est vraiment pas une grosse affaire. Vous voyez bien que je me porte a merveille. » Du coup, le « reporter » de Fox News nous explique que les médias de gauche font tout un foin d’une crise qui n’existe pas, et ce pour couler Trump. (Je n’exagère pas). En attendant cette femme va contaminer toute sa famille et son entourage (et peut-être ce reporter optimiste), et sera peut-être la cause directe d’un certain nombre de décès qui pourraient être prévenus. Mieux vaut être en France en ce moment.

  2. A.M. Baron dit :

    Mais chez nous, on maintient les élections municipales, exposant des millions de personnes à un réel danger. Car les écoles ne seront désinfectées qu’après. Il va falloir choisir entre un vote nécessaire et sa santé! Crucial!

    • Michel de Guibert dit :

      … et pendant ce temps des millions de personnes qui n’iront pas voter se ruent dans les supermarchés ! Cherchez l’erreur !

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