» Nous sommes en guerre « 

Macron hier
(Photo AFP)

Il y avait, dans le discours d’Emmanuel Macron hier soir, une forte dramatisation de la crise due au coronavirus et un appel du président au peuple pour que celui-ci, de gré ou de force, contribue à l’application de la méthode de confinement mise en œuvre  par l’État pour juguler la contagion  générale.

LA POLITIQUE en France va faire une longue pause, sans doute jusqu’à la fin du printemps et peut-être au-delà. Toute l’énergie de l’exécutif va être consacrée à la « guerre » contre la maladie, la coercition, l’information, les moyens financiers (le président a parlé de 300 milliards pour soutenir l’économie, notamment pour payer les salaires des travailleurs qui, affirme-t-il, ne doivent pas être licenciés, et financer les retards consentis au paiement des charges sociales et aux impôts exigés des entreprises). La question épineuse des élections municipales a été réglée par un consensus entre la majorité et tous les partis : les acquis du premier tour de dimanche dernier seront conservés : sur les 35 000 communes françaises, 30 000 ont déjà élu leur maire et le second tour, qui a été reporté et n’aura pas lieu avant le mois de juin, élira les maires actuellement en ballottage.

Des militaires dans les rues.

« Nous sommes en guerre », a réaffirmé le président de la République à plusieurs reprises. Il ne l’a pas fait pour épouvanter la population mais pour la discipliner, car elle semble avoir largement ignoré le contenu du discours qu’il a prononcé jeudi dernier, 12 mars, et qui est resté sans effet. Agacé par la nonchalance d’un public qui s’est promené dans les rues des grandes villes dimanche dernier sans respecter aucune des consignes des pouvoirs publics, il a indiqué que des militaires seraient chargés de surveiller les passants qui n’ont rien à faire dehors et  n’auront pas, au préalable, rédigé leur propre attestation de sortie pour de bonnes raisons (s’approvisionner, allez chez le médecin ou le pharmacien, travailler dans un bureau qui ne recourt pas au télétravail). En gros, il leur a fait comprendre que tout ce qui est fait dans le sens de la prévention concerne la protection des indisciplinés et ceux qu’ils mettent en danger en s’approchant d’eux.

Une ambiance irréelle.

La France a aussi conclu un accord européen qui referme les frontières de l’espace de Schengen. La plupart des voyages en France et hors de France seront supprimés s’ils ne sont pas indispensables. On aurait pu obtenir davantage de mesures de l’Europe, forte seulement quand elle est unie et active, mais nous n’avons pas une seule seconde à perdre : nous devons juguler la pandémie le plus vite possible alors que nous ne disposons ni d’un vaccin ni d’un traitement. Dans ces conditions, il n’est pas utile d’évoquer avec nostalgie le rôle de l’Union européenne. Chacun des pays qui la composent doit, de toute façon, fournir les efforts de prévention que personne ne peut faire à sa place. La solennité du discours, la fermeté calme avec laquelle le chef de l’État l’a prononcé, l’ambiance irréelle qui a entraîné le passage du pays de la contestation politique à l’union contre le mal, tout cela a contribué à une prise de conscience populaire qui aurait dû avoir lieu dès vendredi dernier. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, s’attend à une baisse de 1 % du PIB cette année et à une dette publique qui dépassera les 100 % du PIB et va jusqu’à envisager une nationalisation des entreprises proches de la faillite.

Un peu de sérénité.

Il ne reste plus qu’à croiser les doigts et à nous retrouver le plus vite possible sur le versant descendant de l’épidémie, comme cela a été le cas pour la Chine, où le confinement a été imposé par la force. Mais l’intervention télévisée du président semblait indiquer que le coronavirus a influencé le destin politique du pays. La consultation systématique des partis, de leurs chefs, des médecins et des chercheurs montre que, en cas de crise grave, aucune décision ne sera acceptée si elle ne résulte pas d’un accord entre majorité et oppositions. En outre, une telle décision sera d’autant plus efficace qu’elle ne pourra pas être contestée. Il est d’ailleurs significatif que M. Macron ait gelé la réforme des retraites. Pendant quelques mois, le temps d’en finir avec la menace infectieuse, le gouvernement évitera à tout prix de semer la colère dans le public. Nous nous serions bien passés de cette épreuve qui nous empêche de vivre librement, de produire et de voyager. Mais il faut reconnaître qu’elle a au moins un effet positif : en réduisant le nombre de nos querelles internes et en nous dédiant à un effort unique, elle nous aura conduits, gouvernants et gouvernés, à un peu de sérénité.

RICHARD LISCIA

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9 Responses to  » Nous sommes en guerre « 

  1. Michel de Guibert dit :

    La fermeture des frontières cela me rappelle quelqu’un outre-Atlantique…

    Réponse
    Quelqu’un qui continue à nier la gravité de la pandémie. Nous avons seulement fermé la frontière de Schengen et nous pouvons circuler en Europe.
    R.L.

  2. Laurent Liscia dit :

    Michel de Guibert a raison d’evoquer ce parallele – mais la ou Macron est beaucoup plus fort que Trump, a mon sens, c’est qu’il a compris qu’il faut soutenir les gens plutôt que les banques: il ne faut pas que cette crise conduise a la paupérisation des plus démunis.

    • Michel de Guibert dit :

      Oui, c’était une petite pique humoristique, mais, vous l’avez bien compris, la comparaison s’arrête là bien sûr !

  3. Picot dit :

    Beaucoup trop tard, cela aurait dû être fait il y a 15 jours. Et il n’y a pas de masques : erreur de prévision impardonnable. En Corée du Sud, interdiction de sortir sans masque et ils sont arrivés à ralentir très sérieusement la progression de l’épidémie. Nous devrions tous porter un masque, au moins chirurgical. Et Buzin qui disait que ce virus n’arriverait pas en France! Nous le savions déjà mais là c’est lumineux : nous sommes dirigés par de dangereux rigolos.
    Réponse
    Buzyn a averti Macron dès janvier de la dangerosité du virus. Corée du Sud : rien à voir avec les masques et tout à voir avec les milliers de tests effectués sur la populatrionIl y a même une polémique à ce sujet. Manque de masques : impardonnable ? Non, tant que nous aurons des citoyens qui savent tout et devraient gouverner à la place de nos dirigeants. Les dangereux rigolos qui nous gouvernent n’arriveront jamais au degré de rigolade qu’inspirent les il n’y a qu’à.
    R.L.

    • D.S. dit :

      Je pense que c’était le bon moment. Vue l’incrédulité de nombreux Français, y compris médecins, un confinement plus précoce aurait été inapplicable. Le maintien du vote était sans doute une petite erreur, mais j’ai plus que jamais confiance dans l’équipe qui nous gouverne. Et je regrette d’être obligé de dire que le changement in extremis de ministre de la Santé a sûrement été une excellente chose.

      • Michel de Guibert dit :

        Oui, mais le maintien du vote était une grosse erreur car cela a envoyé des messages contradictoires à la population.

        Réponse
        Sans aucun doute et comment en être surpris ? On a accusé ce gouvernement d’être autoritaire, arbitraire, arrogant, oui ou non ? Voilà qu’il semble contradictoire de lancer un cri d’alarme et de maintenir le premier tour des municipales. Bon, alors reportons les deux tours. Quoi ? s’exclament M. Larcher et M. Baroin, pas vraiment des extrémistes avec le couteau entre les dents. Mais ce serait une faute historique ! Ce serait une atteinte aux libertés, la fin de la démocratie, de la République ! Bon, dit Macron, donc on maintient le premier tour. Dimanche soir, les mêmes qui avaient exigé au nom de la Constitution, de l’Histoire, du Destin de la Patrie qu’eût lieu le premier tour contre vents, marées et coronavirus, les mêmes ont exigé que le second tour fût ajourné. Donnez-moi un seul cas, dans cette affaire, où il n’y a pas 67 millions d’avis différents. Dites-moi d’où vient la contradiction et comment, selon vous, elle peut être réduite à néant.
        R.L.

        • Michel de Guibert dit :

          Oui, Richard Liscia, tous les partis ont réclamé le maintien des élections, il n’y en a pas un pour racheter l’autre, et pour certains, l’hypocrisie en plus.

    • Michel de Guibert dit :

      « Le risque d’importation depuis Wuhan est quasi nul, le risque de propagation du coronavirus dans la population est très faible » Agnès Buzyn, 24 janvier 2020, à la sortie du Conseil des ministres.

  4. Laurent Liscia dit :

    Je retire partiellement ce que j’ai dit: Trump a adopté le plan Romney, qui consiste à mettre $1000 dans la poche de chaque adulte américain. Mais cela demeure une mesure ponctuelle plutôt que le programme d’accompagnement tout au long de la crise proposé par Macron.

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