Le pouvoir à l’épreuve du virus

Macron « en guerre »
(Photo AFP)

La curiosité, dans ce long moment de désarroi public face au coronavirus, incite à se demander s’il influe sur la popularité des gouvernements. Selon que des progrès ont été ou non accomplis pendant la bataille, les résultats sont positifs, négatifs ou mitigés.

ÉDOUARD PHILIPPE, hier encore, se trouvait sur TF1 pour annoncer la prolongation du confinement, s’expliquer sur la pénurie de masques et apaiser les questions sur le traitement, que d’aucuns croient avoir trouvé, mais qui doit faire l’objet d’études plus poussées. Les masques ont déclenché une vague de mécontentement, dans le public bien sûr, mais aussi chez les soignants, ainsi exposés à l’épidémie, alors qu’il est indispensable de maintenir leurs effectifs utiles. Quant au recours à l’hydroxychloroquine, vantée par le Pr Didier Raoult de Marseille, il n’est pas certain que la crainte des effets secondaires éventuels ait convaincu les patients qu’il comportait des risques. Le sacrifice collectif des soignants (cinq médecins sont décédés) leur vaut l’admiration et l’enthousiasme de leurs concitoyens, un peu comme ceux-ci avaient adoré la police après la vague d’attentats des djihadistes. Cela ne signifie pas pour autant que cet enthousiasme s’étende au président de la République ou à la majorité, accusés d’avoir « pris du retard » et d’« impréparation ». En revanche, la solidité du système de santé national est perçue comme un avantage très important, dont ne bénéficient pas tous nos voisins et d’autres pays où la sécurité sociale ne couvre pas les soins les plus coûteux.

Omerta russe.

Dans les pays à régime autoritaire, la question ne se pose pas : la Chine, elle aussi, a perdu du temps quand l’épidémie s’est déclarée, allant jusqu’à stigmatiser le jeune médecin qui a lancé l’alerte et est mort du virus au bout de quelques semaines. Cependant, la vigueur avec laquelle le confinement a été imposé en Chine, commence à donner des résultats et le parti communiste ne manquera pas de faire remarquer que l’empire du Milieu aura été le premier à se relever de la catastrophe. La Russie a choisi l’omerta, de sorte que tous les Russes ne savent pas nécessairement ce qui les menace. Vladimir Poutine a fait modifier la Constitution pour obtenir de la Douma, l’Assemblée, une sorte de présidence à vie (il sera en mesure de gouverner jusqu’en 2036), ce qui lui permet de ne rendre aucun compte à la population, d’autant que sa propagande insiste en permanence sur le « complot » dont son pays ferait l’objet, le virus ayant été créé et disséminé pour affaiblir le merveilleux régime qu’il pilote.

Trump sur la sellette.

De ce genre de protection, les régimes parlementaires sont démunis, de sorte que, lorsque le Premier ministre britannique, Boris Johnson, se laisse provisoirement séduire par  le laisser-faire sous le prétexte que le coronavirus ne tue pas tout le monde mais seulement quelques-uns, l’opposition et le public britannique le somment de changer d’avis, ce qu’il a fait. Tel n’est pas exactement le cas de Donald Trump qui, au début de la crise, s’est contenté de dire que la chaleur du printemps aurait raison du virus pour ensuite mettre de l’eau dans son vin et préconiser la « guerre » dont M. Macron nous a parlé. Cependant les États-Unis sont une nation décentralisée, de sorte que les précautions nécessaires ne sont pas partagées par tous les États, les uns décrétant le confinement, les autres non. Les Américains n’en sont pas moins bouleversés parce que M. Trump, qui n’investit pas beaucoup d’argent dans les besoins de la population, a laissé filer l’affaiblissement du système de santé, de plus en plus coûteux pour les patients et de moins en moins efficace, malgré la qualité des chercheurs américains, l’existence de publications scientifiques de haut niveau et une liberté d’expression qui met Trump sur la sellette. Le plus menacé par le virus (politiquement parlant), c’est lui. Tout dépendra des conséquences de l’épidémie : si le nombre de morts est élevé malgré la belle saison, il n’obtiendra pas de second mandat, la vague portant son rival démocrate Joe Biden à la tête de l’opposition se chargeant de démettre le candidat républicain.

D’un point de vue général, les nations se demanderont toutes, au terme d’une crise sanitaire sans précédent, si la lutte contre les épidémies, dans un monde gagné par une démographie galopante, ne doit pas devenir une priorité vitale et si un bon président n’est pas celui qui dispose d’un système universel d’assurance-maladie ou qui est prêt à en créer un.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Le pouvoir à l’épreuve du virus

  1. Laurent Liscia dit :

    En meme temps Joe Biden a disparu completement de l’actualite.

  2. danielle Passebois-Paya dit :

    Je voudrais répondre à Alain Basle. J’ai compâti à cet homme plongé dans un grand désespoir devant le prolongement du confinement Je voulais lui dire qu’il y a de nombreuses solutions légales pour y échapper :
    1) Le bénévolat , toutes les organisations humanitaire demandent de l’aide , restos du coeur etc ..
    2) Nombre de chefs d’entreprises réclament de la main d’oeuvre : cueillette des récoltes , caissières dans les grandes surfaces …
    Alors , vraiment , est-ce que ça vaut la peine de se jeter par la fenêtre ?

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