Macron : l’ombre d’un doute

Macron pointe un doigt vengeur sur Léa Salamé
(Photo AFP)

On ne niera pas qu’il y avait dans les propos d’Emmanuel Macron ce 14 juillet un soupçon de mélancolie, notamment quand il s’est exprimé sur la haine excessive et systématique dont il est victime. Il a principalement maintenu des propos antérieurs sur ce qu’il va faire d’ici à la fin de son mandat et n’a pas voulu se prononcer sur son éventuelle réélection.

NOUS NE sommes plus dans un monde, en effet, où il est licite de disserter sur sa propre carrière. D’ailleurs, pourquoi poser la question ? Tout le monde sait que le président est candidat à un second mandat. Il  l’a même avoué quand il n’a pu donner d’autre explication au départ d’Édouard Philippe que ces quatre mots : « Une page est tournée ». On ne pouvait mieux dire que, pour une campagne électorale axée sur le renouveau, il fallait forcément un autre homme. Et on ne peut rendre meilleur hommage au précédent Premier ministre que de souligner combien son successeur lui ressemble, sinon physiquement, du moins sur le plan des idées, sur la loyauté au président et sur la fermeté de son action. Je n’ai pas trouvé le président Macron triste, mais réaliste. Il n’a pas perdu son optimisme, il reste un prodigieux activiste. Et s’il est accueilli par un concert de sarcasmes, c’est encore une fois parce que les plus hostiles de mes confrères se croient obligés de ne rien lui concéder. Dans cette interview, si fiévreusement attendue, il n’y a eu, en vérité, que ces deux moments : celui où il a laissé libre cours à une forme d’humilité et celui où il a refusé de dire ce qu’il ferait au terme de son mandat actuel. Et tant pis pour ses deux interlocuteurs.

Une taxe injuste.

Le chef de l’État ne prendrait pas la chloroquine s’il était contaminé ; il ne rétablira pas l’ISF (pourquoi n’arrête-t-on pas de lui poser cette question, comme si à la millième il finirait par céder ?) ; il envisage d’ajourner la fin de la taxe d’habitation pour exiger des plus riches une contribution au traitement social de la crise : je l’aurais parié. La suppression de la taxe d’habitation est un serpent de mer : on ne la verra que dans une ou deux décennies. Elle est pourtant très injuste dans la mesure où celui qui achète une maison doit pouvoir compter sur le toit qui l’abrite quel que soit sa fortune ou son revers de fortune. Mais on n’en fera pas une maladie. Il ne faut pas être grand clerc pour savoir qu’en période de crise économique et sociale, il vaut mieux mettre de l’argent dans la poche du consommateur plutôt que lui en chiper. Par ailleurs, les propos du chef de l’État comprenaient deux annonces : port du masque obligatoire à partir du 1er août et plan de relance de 100 milliards. Tout le monde lui reproche de n’avoir pas apporté une « vision » nouvelle du monde post-pandémique, mais n’est-ce pas un peu prématuré de décrire l’avenir avant de panser les plaies du présent ?

C’était le bon temps.

La plupart de mes confrères tirent déjà de vastes leçons de cet entretien avec le chef de l’État. Mais il n’a pas changé et il s’est livré à un ravalement plutôt qu’à une reconstruction. Non seulement Jean Castex est aussi bon qu’Édouard Philippe, mais sa simplicité représente un instrument efficace. Son agenda n’est pas un mystère : tout l’été, il s’efforcera de limiter les dégâts économiques et sociaux causés par le virus. Le plan de relance, comme les autres prodigieux efforts financiers du gouvernement, n’a été conçu que dans ce but. De même l’accord conclu entre la France et l’Allemagne sur un plan européen de soutien aux 27 économies. Dans le bilan rapide de ce qui a été fait par son premier gouvernement avant la pandémie, on a bien perçu la nostalgie qu’il garde d’une période relativement faste, malgré les gilets jaunes et les manifestations violentes : chômage en régression, réformes adoptées, budget tenu. Par rapport à aujourd’hui, cé’tait le bon temps.

Les Français ont le choix.

C’est seulement l’année prochaine que l’exécutif donnera la pleine mesure de son action, avec un rebondissement que l’on espère aussi fort que possible, un taux de chômage en baisse, le retour à l’ordre sanitaire, en France sinon partout dans le monde. Ce n’est pas le sort du président qui importe, c’est celui du pays. Le moment venu, nous verrons si les Français préfèreront l’aventure promise par ceux qui n’ont guère fait leurs preuves ou la continuité. M. Macron dit non sans sincérité que le Covid a changé la donne et changé son état d’esprit. On apprend toujours d’un événement tragique et imprévisible à la fois. Le président de la République a donc gagné en maturité, en réalisme, en sobriété, sans être découragé par la détestation qu’il inspire dans une partie irréductible de la population. Sur ce point, il a entièrement raison : on ne demande pas aux gens de vous aimer, ils sont libres de vous haïr, mais la haine blesse ses victimes autant qu’une lame effilée. Macron en discerne fort bien les facteurs, notamment l’accumulation des erreurs qui finissent par exaspérer les plus mal lotis.  Il est trop intelligent pour ne pas comprendre les raisons de cette exaspération. Souvent, aujourd’hui, il s’est contenté de répondre, mais il a beaucoup mieux à dire sur son rapport avec les Français.

RICHARD LISCIA

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