Castex s’impose

Castex à l’Assemblée
(Photo AFP)

Quoi qu’en disent ses opposants, le Premier ministre, Jean Castex, a présenté hier à l’Assemblée et aujourd’hui au Sénat un plan sérieux et convaincant.

C’EST une liste d’actions nationales chiffrées qui ne laissera indifférents que ceux qui n’en bénéficient pas. M. Castex a fait un pas immense vers la décentralisation : il a mentionné 25 fois le mot de territoire comme pour mettre fin, une fois pour toutes, au centralisme étatique. L’effort du nouveau gouvernement ira en direction des jeunes : une prime de 4 000 euros sera versée à l’employeur qui embauche un jeune. Le plan de relance est abondé de 100 milliards, pris en partie dans les fonds créés par l’Europe, 20 milliards sont réservés à l’industrie. Sur les 450 quartiers dits difficiles, 300 feront l’objet d’une rénovation. La prime de rentrée scolaire sera augmentée de 100 euros. Les étudiants boursiers auront droit à un repas pour un euro seulement. Les impôts dits de production, ceux que l’entreprise paie avant même d’avoir gagné un centime, seront diminué de 20 milliards et finiront sans doute par disparaître. Un projet de loi contre les séparatismes, destiné à lutter contre le communautarisme, sera rédigé. En revanche la taxe d’habitation, qui est encore réclamée à 20 % des ménages, ne sera pas supprimée avant plusieurs années. Le port du masque dans les lieux publics deviendra obligatoire à partir du 1er août. La lutte contre les minorités ultra-violentes sera renforcée, notamment par des juges de proximité.

Majorité absolue.

Les orateurs de l’opposition ont tous mis en pièces les propositions du Premier ministre et un seul LR a voté pour. M. Castex a néanmoins réuni, à l’Assemblée, une majorité de 345 voix, certes inférieure de 25 voix à celle d’Édouard Philippe en 2017, mais largement supérieure à la majorité absolue. Au-delà des performances pro forma des oppositions de convenance, les commentaires de presse de ce matin sont favorables au plan Castex. Il est clair que nous ne pouvons nous en offrir un autre et que les mécontents s’abandonnent au réflexe pavlovien de la critique, tout en défendant un bout de leur idéologie sans grande conviction. La crise pandémique et la crise économique qu’elle a engendrée est dans toutes les têtes. Il ne serait facile pour aucun gouvernement de gérer les deux chocs simultanés. C’est tout le pays qui se prépare, muscles tendus, à résister à l’éventuelle deuxième vague épidémique et au chômage des jeunes qui arriveront sur le marché en septembre. Cependant, d’une façon générale, le pessimisme est peut-être excessif : d’abord le pays est prêt, techniquement et scientifiquement, à se battre avec acharnement contre le virus ; ensuite, si la chute de la croissance est vertigineuse cette année, on a le droit d’espérer, sans trop se faire d’illusions, un rebond de croissance égal ou supérieur à 10 % du PIB l’année prochaine. Ce qui n’est pas une vue de l’esprit : on perçoit déjà les prémices de ce rebond et sa conséquence, c’est que nous parviendrons peut-être à juguler la hausse du taux de chômage.

La démission de Gilles Le Gendre.

Sur un autre plan, Gilles Le Gendre, chef de la majorité REM à l’Assemblée, annonce qu’il démissionnera d’ici à la rentrée. Ce n’est pas une grande surprise. Pendant trois ans, il n’a pas vraiment géré ses troupes. Il a assisté sans broncher à la défection de plusieurs députés, de sorte que la majorité absolue s’est transformée en une majorité relative qui a besoin du MoDem pour les scrutins de l’Assemblée. Il a aussi commis l’erreur d’envoyer ses suggestions pour le remaniement gouvernemental, ce qui ne relève pas de son rôle. La leçon de toute cette séquence quelque peu étourdissante, c’est surtout que Jean Castex s’est imposé comme la pièce centrale de la macronie. Il n’y a certes rien qu’il fasse et qu’Édouard Philippe n’aurait pu faire, sinon, peut-être, cette fièvre décentralisatrice, mais ce n’est déjà plus le moment de la nostalgie. Le pays a un cap tourmenté à franchir. Il est debout et il est, malgré tout, assez uni dans la mesure où, en dépit des remarques assassines, pas un seul élu, hier et aujourd’hui, n’aurait risqué de présenter un plan alternatif à celui de la majorité. Je mets les Verts au défi de nous expliquer comment ils appliqueraient leur propre programme en moment d’une crise économique et sociale sans précédent. Le pouvoir n’a que six cent jours pour agir mais il agira assurément.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 Responses to Castex s’impose

  1. Laurent Liscia dit :

    L’opinion publique semble vouloir de nouvelles outres même si le vin est le même. Je suis d’accord pour dire que le pays est en bien meilleure position que les Etats-Unis pour faire face a la deuxième vague – qui aux US a déjà lieu … en fait c’est la première qui continue indéfiniment. La macronie : bien mieux que la trumperie. Ou que le bolsonarisme.
    Courage …

  2. Michel de Guibert dit :

    Jean Castex a eu la sagesse de revenir sur la décision absurde de différer au 1er août l’obligation de porter un masque dans les lieux clos..
    C’est du bon sens quand trop de gens prennent les choses à la légère de façon irresponsable !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.