États-Unis : campagne irréelle

Joe Biden
(Photo AFP)

À cent jours de l’élection présidentielle du mardi 3 novembre, la campagne électorale américaine est entrée dans une phase irréelle qui résulte à la fois de la pandémie et du comportement personnel de Donald Trump.

M. TRUMP a refusé de dire clairement s’il contesterait devant les tribunaux le résultat du scrutin au cas où il serait battu. Cela dépendra, on l’imagine, du résultat :  soit sa défaite est une déroute, soit elle joue sur quelques centaines de milliers de suffrages seulement. Rien, dans le droit, ne lui permet de choisir une telle procédure. En 2016, Hillary Clinton avait remporté le vote populaire de près de deux millions de voix, elle avait perdu celui des grands électeurs, le seul qui compte et elle a aussitôt reconnu la victoire de M. Trump. Ce qui met en relief l’absence complète de fair play et de scrupules chez le président-candidat. La tentation de se soustraire au verdict de l’électorat est visible et même tangible chez Donald Trump. Les nouvelles ne sont pas bonnes pour lui pour deux raisons : sa gestion de la pandémie a été désastreuse, ce qui a accentué sa perte de crédibilité depuis  trois ans, et les conséquences du virus sur l’économie et l’emploi lui ont fait perdre le seul atout qu’il avait dans cette campagne.

Une campagne silencieuse.

Celle-ci sera pleine de rebondissements, liés principalement aux mensonges, accusations diffamatoires, recours à la propagande qui ne manqueront pas dans la campagne républicaine, alors que le candidat démocrate, Joe Biden, reste plutôt silencieux et rejette de tels procédés. Le Covid a modifié une tradition électorale qui date de la création des États-Unis : les conventions rassemblent des électeurs de tous les États dans leur diversité rurale et urbaine, de classes, de revenus, avec des différences profondes mais qui finissent toujours par l’unité autour d’un seul nom. Nous serons privés de ce spectacle cette année. Les conventions de 2020 seront des formalités. Celle du parti républicain est censée avoir lieu du 24 au 27 août. Le choix de Jacksonville, en Floride, a été annulé, et remplacé par celui de Charlotte, en Caroline du Nord, mais l’ensemble des événements prévus sera très limité. Quant à la convention démocrate, elle sera virtuelle à Milwaukee, dans le Wisconsin du 17 au 20 août, mais Joe Biden acceptera d’être candidat après s’être rendu sur place.

Une colistière issue des minorités.

Trump, pour sa part, est en retard dans les sondages. Il lutte non seulement contre les défections de son électorat dit naturel, mais contre la sécession d’une frange de républicains qui estiment qu’il ne doit pas être réélu et que l’Amérique ne peut pas se permettre de lui accorder un second mandat capable de la déchirer comme n’importe quelle république bananière. Civisme ou trahison ? On peut dire que Joe Biden est âgé, qu’à 77 ans, il ne pourra accomplir qu’un seul mandat si tout va bien et qu’il offre le flanc aux pires attaques sur son âge, son apathie apparente, et son unique qualification : il a été le vice-président d’Obama. Pire : on l’accuse d’être dominé par les forces stridentes du gauchisme, souvent incarné par des femmes issues des minorités. Mais si Biden ne fait pas vraiment campagne, il travaille. Il veut être un candidat du rassemblement de la gauche et négocie avec les élus des minorités la rédaction d’un projet . Il a déjà dit que la première chose qu’il ferait s’il était élu serait de rejoindre l’organisation mondiale de lutte contre le réchauffement climatique.  Il ne sera pas homme à accepter les ingérences russes dans la vie politique intérieure des Américains. Il n’abandonnera pas les Hongkongais à leur sort. Il revigorera l’OTAN, si mal en point et pourtant si nécessaire. Enfin, il s’est engagé à prendre une colistière qui sera une femme, noire ou latina.

Biden, en conséquence, ne se contente pas de jouer la carte du « Tout sauf Trump ». Il a un plan qui sera prêt le 20 janvier, premier jour de son mandat, s’il l’emporte. Il mesure parfaitement les difficultés économiques et sociales qui l’attendent, les divisions profondes entre partisans de l’État de droit et partisans de la révolution ultra-conservatrice, raciste et favorable aux violences policières qui représentent l’un des fléaux du pays. Si on y réfléchit bien, Biden est l’Américain qui peut le mieux faire la synthèse entre centristes (son camp) et l’ultra-gauche qui n’a pas d’autre moyen que lui pour se débarrasser de Trump une fois pour toutes.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to États-Unis : campagne irréelle

  1. Laurent Liscia dit :

    Notons quand même que Condoleeza Rice serait candidate à la vice-présidence. Je comprends la nécessité électorale mais j’ai du mal à suivre quand même. Une femme qui a justifié les pires erreurs de George W. Bush … Voici donc une élection où il va falloir avaler des couleuvres.
    Réponse
    Elle n’est pas encore désignée. On verra bien.
    R. L.

  2. mathieu dit :

    En France où l’on souhaite le départ du président dès qu’on l’a élu, un Trump serait déjà en train de préparer ses bagages. Les Américains nous sont diamétralement opposés: les présidents non réélus, en plus de deux siècles, se comptent sur une main. L’Américain est un toutou fidèle, et révérencieux de son maître !

    Réponse
    Non. Les Américains ne sont guère dociles.
    R. L.

  3. Laurent Liscia dit :

    Erreur de ma part: ca n’est pas Condoleeza Rice, mais Susan Rice, qui fut la conseillère d’Obama et de Hillary Clinton pendant l’affaire Benghazi. Et effectivement, elle n’est pas désignée.

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